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Johannes Schmidt

Biologiste danois (Sjaelland 1877-Copenhague 1933).

Johannes Schmidt étudie les sciences naturelles à l'université de Copenhague. Il s'intéresse alors surtout à la botanique, et ses premières publications ont trait aux plantes microscopiques. En 1899 – il n'a que 22 ans –, il est déjà coauteur d'un traité sur les bactéries. Il participe ensuite à une mission scientifique au Siam (aujourd'hui la Thaïlande). Sa thèse de doctorat en 1903 porte sur les palétuviers, ces arbres singuliers qui, sur le littoral des pays tropicaux, vivent les racines à moitié immergées dans les eaux.

Devenu assistant à la Station biologique danoise, il effectue chaque année, entre 1903 et 1911, une croisière de plusieurs mois à bord du Thor, bateau aménagé pour les recherches océanographiques. Son objectif est de parvenir à déterminer le lieu et l'époque de la ponte de divers poissons d'un grand intérêt économique pour le Danemark. En fait, c'est surtout l'anguille qui fait l'objet des recherches de Johannes Schmidt à partir de 1904. Cette année-là, en effet, le Thor recueille au large des îles Féroé (au nord de l'Écosse) le premier leptocéphale, ou larve d'anguille, trouvé dans l'Atlantique. Jusqu'alors, de telles larves n'avaient été repérées qu'en Méditerranée, dans le détroit de Messine, que l'on croyait être, par conséquent, le centre de la reproduction de l'anguille. Cette hypothèse se trouvant ruinée, il fallait repartir de zéro et essayer de découvrir le véritable lieu de ponte.

Partant de l'unique échantillon de leptocéphale des Féroé, Johannes Schmidt estime que l'animal, dépourvu de moyens de natation puissants, ne peut, livré à ses seules forces, faire un long voyage ; il faut, par conséquent, qu'il soit véhiculé par quelque courant. Or, dans la région des Féroé, on ne connaît qu'un seul courant, et il vient de l'ouest, c'est-à-dire de la direction de l'Amérique. Schmidt recherche donc des anguilles le long de ce courant, en remontant des îles Féroé pour parvenir à leur lieu de naissance. Mais, au fur et à mesure que l'on s'approche de ce lieu, les larves sont de plus en plus petites, car de plus en plus jeunes, et, partant, difficilement repérables : à leur naissance, elles ne mesurent que quelques centimètres. On imagine quelle somme de patience il a fallu au naturaliste danois pour les rechercher et les collecter en assez grand nombre.

En 1922, sa persévérance est récompensée. Il trouve de toutes petites larves fraîchement écloses dans la mer des Sargasses, c'est-à-dire dans la partie occidentale de l'Atlantique nord. De la mer des Sargasses, les leptocéphales sont transportés par le Gulf Stream jusqu'aux côtes européennes, en un voyage qui dure de deux à trois ans. À l'approche du littoral, ils entament leur métamorphose et, devenus de jeunes anguilles, ou civelles, les poissons remontent les fleuves où ils se nourriront et grandiront, avant de revenir vers la mer des Sargasses pour y frayer et y mourir.

Johannes Schmidt montre également que l'anguille d'Amérique – qui se distingue de sa cousine européenne par son nombre de vertèbres – se reproduit, elle aussi, dans la mer des Sargasses. Il effectue des recherches sur les autres espèces d'anguilles et sur divers poissons, parmi lesquels figurent la morue, le flétan et le merlu.

On lui doit encore de nombreux travaux sur l'hydrographie, les courants, les températures, la salinité de l'eau, le plancton, ainsi que des recherches d'ordre génétique sur le houblon, pour le compte de la fondation Carlsberg de Copenhague, dont il dirigeait l'un des laboratoires. Usé avant l'âge par l'énorme travail qu'il a accompli et par ses voyages prolongés dans des pays au climat éprouvant, il meurt à 56 ans, mais laisse une œuvre durable.

Une énigme deux fois millénaire

Une énigme deux fois millénaire



Aristote, au IVe siècle avant J.-C., se préoccupe déjà de la question de la reproduction de l'anguille, qui l'intrigue. Au XVIIe siècle, le Toscan Francesco Redi émet l'hypothèse que les adultes vont vers la mer pour y frayer et que les jeunes individus remontent les fleuves. À la fin du XIXe siècle, deux naturalistes italiens, Battista Grassi et Salvatore Calandruccio, montrent que l'espèce de poisson baptisée « leptocéphale » est en réalité une larve d'anguille : comme le leptocéphale a été trouvé dans le détroit de Messine, ils pensent que l'anguille fraie à cet endroit. Au début du XXe siècle, il faut à Johannes Schmidt une vingtaine d'années d'explorations et d'investigations pour situer dans la mer des Sargasses le berceau des anguilles d'Europe et d'Amérique.