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Santorio Santorio

connu également sous son nom latin Sanctorius

Médecin et physiologiste italien (Capodistria [aujourd'hui Koper, Slovénie], 1561-1636).

Issu d'une famille noble du Frioul au service de la République de Venise, il étudia dans sa ville natale puis à Venise, avant d'entrer à l'université de Padoue où il obtint son doctorat en 1582. Après avoir exercé quelques années en Istrie, il revint en 1599 s'établir à Venise, où il fit aussitôt partie du milieu scientifique qui réunissait alors notamment fra Paolo Sarpi, Girolamo Fabrici, Giambattista Della Porta, Giovan Francesco Sagredo et Galilée. En 1611, il fut nommé professeur de théorie médicale à l'université de Padoue, où il enseigna jusqu'en 1624. Il se retira ensuite à Venise, dont le Sénat lui maintint son salaire jusqu'à sa mort.

Le premier, Santorio s'efforça de fonder la physiologie et la médecine sur l'observation expérimentale et le raisonnement, et non sur l'autorité, fût-ce celle d'Aristote ou de Galien : « Aujourd'hui, dans la plupart des facultés européennes, règne cette folie de croire plus à Aristote, à Galien, à Hippocrate qu'à ses propres sens. […] Il faut croire d'abord à ses sens et à l'expérience, ensuite au raisonnement, et seulement en troisième lieu à l'autorité d'Hippocrate, de Galien, d'Aristote et d'autres excellents philosophes. » (Methodus vitandorum errorum omnium qui in arte medica contingunt, 1602)

Aussi, délaissant la description du corps et de ses fonctions en termes aristotéliciens de qualité, de substance, d'essence ou d'accident, il consacra ses travaux à définir les propriétés mathématiques des éléments dont le fonctionnement détermine la santé ou la maladie. Fondateur de l'école dite du iatromécanisme, doctrine médicale qui s'efforce de ramener l'analyse des processus vitaux à la mesure de phénomènes physiques (mécaniques), Santorio chercha à décrire le fonctionnement du corps à travers les propriétés (volume, poids, forme, position, etc.) et les relations des divers éléments dont il est constitué ; ce faisant, il plaça au cœur même de la théorie médicale l'analyse des propriétés qui étaient précisément considérées comme « accidentelles » dans la philosophie naturelle aristotélicienne, car elles ne renseignent pas sur l'essence de l'objet. Anticipant sur la théorie cartésienne de l'homme-machine, Santorio fonda sa recherche sur une métaphore du corps comme horloge, dont il s'agit de comprendre le fonctionnement à l'aide des lois de la physique mathématique.

Dans son effort pour décrire les phénomènes physiologiques en termes de nombres, et leur appliquer les connaissances issues de la physique, Santorio fut amené à inventer ou perfectionner divers instruments de mesure : il inventa des hygromètres, un pulsomètre (« pulsologium »), ancêtre du sphygmomètre, pour mesurer la fréquence des battements du pouls et comparer le pouls de la santé avec celui de la maladie ; du thermoscope (dont l'invention est généralement attribuée à Galilée seul, mais qui trouve peut-être son origine dans ses conversations érudites avec Santorio, Sarpi et Sagredo), il fit, en lui ajoutant une échelle graduée, un thermomètre qui lui permettait de mesurer les variations de la température du patient : « instrument en verre pour connaître la température chaude ou froide. »

Commentaria in artem medicinalem Galeni, 1612). « Sans ces instruments, déclare-t-il, on se trompe lourdement dans ses affirmations, et on n'arrive qu'à des à-peu près. » Il inventa aussi un appareil pour donner un bain aux malades alités, un appareil pour fumigations, des trocarts, des canules, etc.

Son étude la plus fameuse porta sur les variations du poids corporel ; se prenant lui-même comme sujet d'étude, Santorio se fit construire une sorte de plate-forme suspendue au bras d'une énorme balance ; ayant placé sur cette plate-forme sa chaise et sa table, il se livra à une longue et minutieuse série de pesées de sa nourriture et de ses boissons quotidiennes, de ses urines et de ses excréments. Notant avec précision ses diverses activités, les variations de la température ambiante, la quantité de nourriture absorbée, etc., il put ainsi mesurer à l'once près les variations de son poids corporel et mettre en évidence que la plus grande partie du poids de la nourriture absorbée se dissipait de manière invisible, à travers la respiration, par ce qu'il appela une perspiratio insensibilis « perspiration, ou transpiration, invisible » : « La perspiration insensible est d'ordinaire plus abondante que toutes les perspirations sensibles rassemblées. » Le petit ouvrage dans lequel il publia en 1614 le résultat de ces expériences (De statica medicina aphorismorum sectiones septem), curieusement présenté, à l'imitation d'Hippocrate, sous forme d'aphorismes, fut aussitôt traduit en plusieurs langues et lui valut une immense renommée à travers toute l'Europe.