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Jean Rostand

Biologiste et écrivain français (Paris 1894-Ville-d'Avray 1977), fils d'Edmond Rostand et de Rosemonde Gérard.

« Je n'aime ni la musique, ni la peinture, ni l'architecture, ni le théâtre, ni le cinéma... Je me désintéresse des plus hautes créations de l'art... Je ne suis qu'un naturaliste. » Ainsi s'exprimait Jean Rostand, fils d'Edmond Rostand, l'auteur de Cyrano de Bergerac, et de Rosemonde Gérard, poète elle aussi. Enfant, il se passionne pour les animaux, les insectes surtout, depuis qu'il a lu, à neuf ans, les Souvenirs entomologiques de Fabre. Adolescent, il réalise ses premières expériences sur les grenouilles. Il obtient d'installer un petit laboratoire près de la maison où vit sa famille, à Cambo, au Pays basque ; il s'y livre à des recherches qui paraissent étranges à ses proches, essayant par exemple de provoquer des naissances exclusivement mâles à l'aide d'injections d'hormones sur les lapines. Ses études sont discontinues, à cause de l'existence mouvementée de son père. Il n'ira pas au-delà de la licence ès sciences, passée en 1914. Durant les années de guerre, il suit les cours du zoologiste Maurice Caullery et participe, à l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris, à des recherches sur le vaccin antityphique. Après la mort de son père (1918), il décide de travailler seul, « loin des facultés et des laboratoires officiels ». Il s'installe en 1920 à Ville-d'Avray, près de Paris, où il partagera désormais son temps entre l'écriture, la lecture et l'expérimentation.

Ses deux premières publications scientifiques, en 1920 et en 1922, se rapportent à des insectes diptères, mais rapidement il va s'orienter vers un nouveau matériau, les amphibiens, ou batraciens (grenouilles, crapauds, rainettes...), dont les œufs, très nombreux, conviennent particulièrement bien pour les recherches qu'il veut mener sur la reproduction, la fécondation et le développement embryonnaire. Il commence en 1933 une étude sur le refroidissement de l'œuf fécondé. Il invente la méthode du bain glacé, qui consiste à plonger dans de l'eau à 0 °C environ des œufs hybrides, résultant de la fécondation des œufs de crapaude par du sperme de grenouille rousse. Alors que normalement la combinaison hybride est abortive, il obtient, par cette méthode, des larves viables et robustes. Les œufs se sont développés par gynogenèse (parthénogenèse par l'ovule), c'est-à-dire sans participation héréditaire du noyau mâle. En 1946, Jean Rostand fait une autre découverte très importante, celle de l'action antigel de la glycérine, qui permettra de conserver le sperme pour l'insémination artificielle, le sang humain pour les transfusions, des tissus variés pour les greffes. Il effectue aussi, entre autres, des recherches sur les anomalies des batraciens, notamment sur la mystérieuse « anomalie P », qui atteint exclusivement la grenouille verte.

Parallèlement à ces contributions aux progrès de la biologie, Jean Rostand travaille à la diffusion de la connaissance scientifique. Son ouvrage intitulé les Chromosomes, artisans de l'hérédité (1928) a fait découvrir au grand public une science nouvelle, celle de l'hérédité. Par la suite, il va écrire de nombreux articles et livres de vulgarisation, des biographies de savants, des œuvres de réflexion (Carnet d'un biologiste, 1954). Entré à l'Académie française en 1959, il a l'art d'initier le profane aux questions difficiles en employant les mots de tous les jours. Il s'exprime avec beaucoup de rigueur, de concision et d'élégance ; il use de formules bien frappées telles que « La fourmi ne se doute pas qu'elle n'est que la fourmi ; mais l'homme sait qu'il n'est que l'homme », ou bien « La nature a fait de nous des dieux avant que nous soyons dignes d'être des hommes. »

L'énigme des étangs à monstres

L'énigme des étangs à monstres



Ses travaux sur la reproduction sans mâle des batraciens conduisent Jean Rostand à effectuer des recherches sur les tares héréditaires ou acquises de ces animaux. Le savant examine d'abord quelque 100 000 crapauds d'âges variés et provenant de régions diverses ; il ne trouve que 8 sujets présentant des anomalies. En revanche, en 1949, parmi 49 grenouilles vertes provenant de l'étang de Trévignon, près de Concarneau, en Bretagne, il en trouve 9 qui possèdent de 6 à 8 orteils au lieu de 4 ou 5. Dans cet étang et dans d'autres, surnommés par lui « les étangs à monstres », il observe aussi de nombreuses anomalies chez les têtards de grenouilles : protubérances, petits membres surnuméraires et même excroissances rappelant des tumeurs. Par des expériences variées, il tente de déceler les facteurs responsables de l'« anomalie P », comme il l'appelle. Ses recherches resteront longtemps vaines, car aucun agent, ni physique, ni chimique, ne semble en cause. Il en vient à penser que l'anomalie P pourrait être due à un virus présent dans les déjections de poissons absorbées par les têtards.