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Abraham Lincoln

Abraham Lincoln
Abraham Lincoln

Homme d'État américain (près de Hodgenville, Kentucky, 1809-Washington 1865).

1. Membre influent du parti whig

En 1816, sa famille s'installe dans l'Indiana ; en 1830, elle se fixe en Illinois. Lincoln est donc, à sa manière, un homme de l'Ouest qui a subi l'empreinte de la démocratie jacksonienne (→ Andrew Jackson). Il exerce plusieurs métiers, mais n'en poursuit pas moins des études de droit qui lui permettent de s'inscrire au barreau. En 1837, il ouvre un cabinet à Springfield, dont il parviendra à faire la capitale de l'Illinois. Grand, robuste, le visage ingrat, peu soucieux d'élégance, Lincoln est simple, voire humble. Il ne déteste d'ailleurs pas accentuer sa simplicité et son humilité.

Pourtant, il n'a pas manqué d'amis puissants. Par son mariage, il s'est allié à une riche famille. Les affaires dont il s'occupe sont celles des maisons de commerce et des sociétés de transport. Dès 1834, il fait son entrée dans la vie politique : élu à l'assemblée législative de l'Illinois, il y siégera huit ans. En 1846, il accède au Congrès. Il n'est pas candidat en 1848 et retourne à son cabinet d'avocat, tout en participant à la campagne électorale de 1852.

Admirateur du président Jackson, Lincoln n'en est pas moins un membre influent du parti whig, dont il suit fidèlement la ligne générale, qu'il s'agisse des questions financières, des travaux d'aménagement du territoire national, des tarifs douaniers ou de la guerre contre le Mexique (→ guerre du Mexique, 1846-1847). Bref, il n'a rien d'un révolutionnaire. À cette époque, le débat sur l'esclavage bouleverse les États-Unis et détruit en 1852 le parti whig. Lincoln reparaît sur la scène politique et condamne, dans son discours de Peoria, la loi d'organisation des territoires du Kansas et du Nebraska (Kansas-Nebraska Bill, 1854).

En 1856, il fait campagne en faveur de John C. Frémont, le candidat du nouveau parti républicain (formé en 1854) ; il a même été question de le choisir comme candidat à la vice-présidence. Deux ans plus tard, l'Illinois doit élire l'un de ses deux sénateurs. Lincoln se présente ; son adversaire, le démocrate Stephen A. Douglas, est l'un des principaux responsables de la politique fédérale en matière d'esclavage. Sept débats opposent les deux candidats : Lincoln perd l'élection, mais devient un leader national.

2. Abolitionniste modéré

Quelles sont les conceptions de Lincoln ? Il est hostile à l'esclavage, bien qu'il ait conservé le silence jusqu'en 1854. « L'esclavage, déclare-t-il, se fonde sur l'égoïsme de la nature humaine. S'opposer à son existence, c'est s'appuyer sur l'amour de la justice. » Il croit qu'à longue échéance le problème peut entraîner la destruction de la République et se refuse à envisager l'extension de l'institution particulière : « Ou bien les adversaires de l'esclavage l'empêcheront de s'étendre davantage et apaiseront l'esprit du peuple en le persuadant que cette institution est vouée à une disparition prochaine. Ou bien les défenseurs de l'esclavage l'aideront à se répandre jusqu'à ce qu'il devienne légal dans tous les États, anciens ou nouveaux, du Nord et du Sud. » Si le Sud veut conserver le travail servile, c'est son affaire, il lui appartient de décider quand et comment il changera son organisation sociale. Mais les nouveaux territoires doivent rester libres. « Nous voulons, avait-il dit à Peoria, que les Blancs libres puissent y trouver une patrie. Or, la chose ne sera en aucune manière possible si l'esclavage s'y installe. »

Toutefois, Lincoln n'éprouve aucune sympathie pour les Noirs. Comme ses concitoyens de l'Illinois, il est modérément abolitionniste et nettement négrophobe. « Je dirai donc que je ne suis pas, et que je n'ai jamais été, en faveur de l'égalité politique et sociale de la race noire et de la race blanche, que je ne veux pas, et que je n'ai jamais voulu, que les Noirs deviennent jurés ou électeurs ou qu'ils soient autorisés à détenir des charges politiques, ou qu'il leur soit permis de se marier avec des Blancs. […] Dans la mesure où les deux races ne peuvent vivre ainsi, il doit y avoir, tant qu'elles resteront ensemble, une position inférieure et une position supérieure. Je désire, tout autant qu'un autre, que la race blanche occupe la position supérieure. »

Pour Lincoln, la Déclaration d'indépendance, qui affirme l'égalité des hommes, définit l'objectif à atteindre ; la Constitution, qui transige sur l'esclavage, fixe les principes de l'action. Et, si la Convention républicaine de 1860 choisit ce modéré comme le candidat du parti à la présidence, c'est qu'il est en mesure de rassembler sur son nom un vaste électorat. Mais le parti républicain repose sur des forces sectionnelles, sur l'alliance de l'Ouest et du Nord-Est. Aussi Lincoln n'est-il élu qu'avec 38 % des voix. Dans le Sud, on s'imagine qu'un extrémiste va entrer à la Maison-Blanche, preuve supplémentaire, s'il en était besoin, de l'exaltation des esprits.

Lorsqu'il prend ses fonctions, le 4 mars 1861, le président Lincoln doit faire face à la sécession de sept États du Sud, qui seront rejoints par quatre autres. Un mois plus tard, la guerre civile éclate.

3. La défense de l'Union

Pour Lincoln, les États sont indissolublement unis. Il le déclare avec force dès le premier jour de son administration. Il se refuse jusqu'au dernier moment à accepter le recours aux armes : s'il ordonne le ravitaillement de Fort Sumter, fort fédéral en Caroline du Sud, il attend l'attaque du général Pierre T. de Beauregard, le 12 avril 1861, pour riposter. Il n'encourage pas les esclaves du Sud à se révolter contre leurs maîtres. Son but n'est pas d'émanciper les Noirs. En 1861, le général Frémont lance une proclamation d'émancipation dans le Missouri ; Lincoln le désavoue. En mai 1862, le général David Hunter déclare libres les esclaves de Géorgie, de Floride et de Caroline du Sud ; Lincoln annule sa décision et précise, toujours en 1862 : « Mon objectif essentiel dans ce conflit est de sauver l'Union ; ce n'est pas de sauver ou de détruire l'esclavage. Si je pouvais sauver l'Union sans libérer aucun esclave, je le ferais ; si je le pouvais en en libérant tous les esclaves, je le ferais ; et si je le pouvais en libérant quelques-uns sans toucher au sort des autres, je ferais cela aussi. »

Mais, comme il faut satisfaire l'opinion britannique, le président lance le 22 septembre 1862 une proclamation préliminaire, qui deviendra, le 1er janvier 1863, la proclamation d'émancipation. Tous les esclaves qui vivent dans les États rebelles sont émancipés, ce qui signifie que le gouvernement fédéral libère les esclaves là où il n'exerce aucun contrôle ! Certes, Lincoln finira par reconnaître que l'émancipation est inévitable, mais le treizième amendement qui interdit l'esclavage sur le territoire de tous les États n'entrera en application que huit mois après la fin des combats. Si la sauvegarde de l'Union reste pour lui l'objectif primordial, c'est qu'elle est aussi la meilleure garantie de la souveraineté populaire. « Notre pays, s'écrie-t-il à Gettysburg le 19 novembre 1863, renaîtra sous la protection de Dieu à la liberté, et le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ne disparaîtra pas de cette terre. »

4. Le président chef de guerre

Dans la conduite de la guerre, Lincoln se porte vite à la hauteur de sa tâche. Les chefs militaires du Nord manquent d'imagination et d'énergie : le général Winfield Scott a beaucoup vieilli ; le général George Brinton McClellan mène une guerre livresque ; ses successeurs sont timorés.

Aussi Lincoln impose-t-il sa stratégie. Les combats se dérouleront sur deux fronts : en Virginie, les armées de l'Union tenteront de prendre Richmond, la capitale des rebelles ; à l'ouest, elles s'efforceront de remonter le Tennessee pour couper en deux la Confédération. Partout, elles l'emporteront sur l'adversaire moins par la qualité de l'armement et du commandement que par la quantité des effectifs envoyés au combat. Lincoln sait bien que les sudistes se battent sur leur sol, défendent sur place leurs familles et leurs biens. Seule, la guerre d'usure, dans laquelle le Nord utilisera tous ses atouts, pourra réduire la résistance des confédérés et permettre de sauver l'Union.

En 1863, Lincoln a enfin trouvé l'homme de la situation : le général Ulysses Simpson Grant, qui vient de s'illustrer à Vicksburg (4 juillet), prend le commandement en chef. Ses succès en 1864 à la Wilderness, à Spottsylvania Court House et Cold Harbor ainsi que la marche dévastatrice du général William Tecumseh Sherman à travers la Géorgie épuisent le Sud, que le blocus des côtes a coupé du monde extérieur.

Pour en savoir plus, voir l'article guerre de Sécession.

5. La volonté de l'homme d'État

Lincoln impose un nouveau style de gouvernement. Sur son cabinet, composé de démocrates unionistes, d'anciens whigs, de républicains modérés et radicaux, il exerce une autorité inébranlable. Chef incontesté de son parti, il réalise l'essentiel du programme (tarif protectionniste, système bancaire national, attribution gratuite de 160 acres de terres dans l'Ouest, mise en construction d'un transcontinental).

Avec le Congrès, deux sources de frictions apparaissent. D'une part, les législateurs veulent contrôler la conduite de la guerre. D'autre part, ils s'efforcent d'élaborer la politique de l'après-guerre à l'égard des rebelles. En décembre 1863, le président propose une amnistie pour les sudistes qui prêteront un serment de loyauté et la reconnaissance des gouvernements d'État qui s'appuieront sur 10 % de citoyens loyaux et accepteront l'émancipation. Le Congrès est plus exigeant, et sa proposition de loi se heurte en 1864 au veto de Lincoln. À mesure que la fin des combats s'approche, l'influence des radicaux augmente, et l'amertume du Congrès à l'égard de l'extension des pouvoirs présidentiels grandit.

Professionnel de la politique, abolitionniste modéré, Lincoln n'en fut pas moins un grand homme d'État, dont les qualités s'affirmèrent d'année en année. Cinq jours après la capitulation du général Robert E. Lee (9 avril 1865), qui marque la fin des hostilités entre sudistes et nordistes, Lincoln est assassiné dans un théâtre de Washington par un acteur fanatique, John Wilkes Booth (1839-1865). Il disparaît de la scène politique au moment où le conflit entre le législatif et l'exécutif paraissait inévitable, où les profits tirés de la guerre allaient accélérer le développement industriel du Nord. Ses successeurs, faibles, hésitants, entourés quelquefois de personnages douteux, contribueront encore à rehausser sa forte personnalité.

Pour en savoir plus, voir les articles esclavage, Histoire des États-Unis.