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Martin Luther King

Pasteur américain (Atlanta, Géorgie, 1929-Memphis 1968).

Leader pacifique de la lutte pour la reconnaissance des droits civiques des Noirs aux États-Unis, Martin Luther King paya de sa vie son « rêve » d’égalité politique et économique. À ce titre, il reste une figure mythique de l’Amérique des années 1950 et 1960.

L'arme de la désobéissance civile

À 18 ans, Martin Luther King décide de devenir pasteur de l’Église baptiste, comme son père. En 1948, il termine ses études au Morehouse College, l’université noire de sa ville natale, et, en 1951, il entre au séminaire Crozer à Chester (Pennsylvanie). Ses origines bourgeoises l’ont protégé de la pauvreté, mais il a très tôt fait l’expérience de la discrimination raciale. Il subit deux influences : celle du théologien Walter Rauschenbusch (1861-1918), dont les œuvres le persuadent qu’il faut appliquer les principes chrétiens aux problèmes sociaux et se préoccuper des âmes autant que des conditions socio-économiques qui agissent sur elles ; celle de Gandhi, dont il a dès son adolescence admiré la philosophie politique.

En 1954, King prend la direction d’une paroisse à Montgomery, ville de 120 000 habitants (dont 50 000 Noirs), dans l’Alabama, et, en 1955, il obtient son doctorat à l’université de Boston. Cette même année, une femme noire voyageant à bord d’un autobus de Montgomery refuse de se plier aux règles de la ségrégation ; elle est arrêtée. La population noire s’émeut et, pour la première fois, décide de réagir en boycottant les transports en commun. Le mouvement porte à sa tête le pasteur King. Non seulement les Noirs de la ville vont à pied, ou mettent en place leurs propres moyens de transport, mais ils refusent de s’approvisionner chez les commerçants qui leur sont hostiles – le tout en évitant de répondre aux provocations du Ku Klux Klan.

Le boycottage dure 381 jours. Les tribunaux fédéraux y mettent un terme en déclarant illégale la ségrégation dans les transports. La non-violence a fait la preuve de son efficacité. La victoire a été acquise avec l’appui des libéraux de la population blanche.

La lutte pour les droits civiques

Dès 1957, le pasteur King fonde la Conférence des leaders chrétiens du Sud – qui inspire la plupart des sit-in (manifestations non violentes) de l’époque –, tout en faisant partie de l’Association nationale pour la promotion des peuples de couleur. Peu à peu, la Cour suprême impose l’ouverture à tous des églises, des piscines, des plages, des cafétérias. En 1963, King mène une dure campagne contre la ségrégation à Birmingham, dans l’Alabama. Le 28 août de cette même année, il prend la tête d’une marche sur Washington pour inciter le Congrès à voter la loi sur les droits civiques. S’adressant à plus de 200 000 personnes, devant le Lincoln Memorial, et à des millions de téléspectateurs, il prononce son célèbre discours I have a dream : « Je fais le rêve qu’un jour, jusqu’au fin fond de la Géorgie, du Mississippi et de l’Alabama, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront vivre ensemble comme des frères. » Son éloquence bouleverse un grand nombre d’Américains, et King atteint le sommet de sa popularité quand, en 1964, il reçoit le prix Nobel de la paix.

Mais deux menaces pèsent sur le mouvement de la non-violence. La première vient de la communauté noire elle-même. L’émeute qui éclate en 1965 dans un ghetto de Los Angeles montre que la jeunesse noire veut tout obtenir tout de suite. Auprès des Black Panthers, adeptes de la violence, King fait figure d’apôtre de la modération. La seconde menace est liée à la guerre du Viêt Nam. Dès 1966, manifestant son opposition, King radicalise son action ; la bourgeoisie noire, qui a toujours affiché son patriotisme, ne se reconnaît plus en lui.

L'assassinat d'une conscience

Le 4 avril 1968, Martin Luther King se trouve à Memphis, dans l’État du Tennessee, pour préparer une marche des pauvres sur Washington et soutenir une grève des éboueurs, en majorité noirs. En fin d’après-midi, il sort prendre l’air sur le balcon qui domine le parking de son motel. Plusieurs coups de feu retentissent. Grièvement blessé, le pasteur est admis à l’hôpital Saint-Joseph, où il meurt dans la soirée.

Survenant un peu plus de quatre ans après l’assassinat du président John Fitzgerald Kennedy, la disparition du défenseur charismatique des droits civiques des Noirs américains provoque une vive émotion et suscite des émeutes dans les ghettos, apportant une ultime preuve de sa popularité mais aussi de la fragile influence de sa doctrine. Cent mille personnes assistent à ses obsèques, et le président Lyndon Johnson décrète un deuil national. L’enquête permettra d’arrêter, deux mois plus tard à Londres, le principal suspect : James Earl Ray (1928-1998), évadé d’un pénitencier du Missouri, militant ségrégationniste présumé.

Pour en savoir plus, voir l'article États-Unis : vie politique depuis 1945.