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Thomas Jefferson

Thomas Jefferson
Thomas Jefferson

Homme d'État américain (Shadwell, Virginie, 1743-Monticello, Virginie, 1826).

Les débuts

Sa famille est aisée, et lui-même possédera plusieurs milliers d'hectares et jusqu'à 240 esclaves. Il poursuit ses études au collège de William and Mary et devient avocat en 1767. Mais, très vite, son entourage, la situation politique et son amour pour la Virginie le poussent vers les affaires politiques. Dans la querelle qui sépare de plus en plus la métropole et ses colonies, Jefferson n'hésite pas. Il a lu les philosophes, Locke en particulier, qui a glorifié la révolution anglaise de 1688 ; aussi s'affirme-t-il un farouche défenseur de la liberté contre la tyrannie britannique. De 1769 à 1775, il siège à la Chambre des bourgeois de Virginie et rédige en 1774 A Summary View of the Rights of British America pour proclamer que le Parlement de Londres ne peut en aucun cas gouverner les colonies d'Amérique. L'année suivante, il est délégué au Congrès continental : ses talents littéraires, la vigueur de sa pensée et son immense culture expliquent qu'il fasse partie de la commission chargée de rédiger la Déclaration d'indépendance. Il y met toutes ses idées, à l'exception toutefois de l'abolition de l'esclavage, que le Congrès rejette. Il participe également à l'élaboration de la Constitution de Virginie, dans laquelle il fait inscrire la suppression du droit d'aînesse, la séparation de l'Église anglicane et de l'État et l'établissement d'un enseignement public.

En 1779, Jefferson devient gouverneur de l'État, puis retourne en 1781 au Congrès. Il y préconise avec succès l'adoption du système décimal pour la monnaie nationale. Il est surtout l'auteur de l'ordonnance de 1784 qui organise à l'ouest des Appalaches des territoires sans esclaves et disposant des mêmes droits que les États fondateurs. L'année suivante, il succède à Franklin au poste d'ambassadeur des États-Unis en France. Il y noue des contacts avec tous les milieux ; les patriotes qui admirent la révolution américaine viennent lui demander des conseils. Pour répondre à la curiosité de beaucoup, il publie ses Notes sur l'État de Virginie (Notes on the State of Virginia). De son séjour en France, Jefferson tirera une indéfectible amitié pour ce pays et l'espoir que les réformistes l'emporteront. En revanche, son absence des États-Unis ne lui a pas permis de participer aux travaux de la Convention de Philadelphie ; il se déclare, pourtant, favorable à la nouvelle Constitution, tout en exprimant quelques réserves, et soutient les efforts de son ami, James Madison (1751-1836).

Il rentre aux États-Unis à la fin de 1789. Le président Washington lui propose alors d'occuper le poste de secrétaire d'État. Jefferson accepte. Mais il ne tarde pas à se heurter au secrétaire au Trésor, Alexander Hamilton (1757-1804). Celui-ci veut élargir les pouvoirs du gouvernement central et créer une banque qui contrôlerait la vie économique ; il rêve d'industrialiser le pays, d'établir des droits de douane élevés, de faire évoluer les institutions vers une sorte de monarchie à l'anglaise. Pour Jefferson, de tels projets sont fondamentalement mauvais et anticonstitutionnels. Il défend les droits des États, dans lesquels il voit un rempart contre la tyrannie. Trouvant son inspiration dans la pensée physiocratique, il accorde à l'agriculture toutes les vertus : elle est à ses yeux la seule source réelle de production. « Ceux qui travaillent le sol sont le peuple élu de Dieu. » Les États-Unis doivent demeurer une nation agraire, reposant sur de petits fermiers, indépendants et vertueux. Ils seront ainsi « le meilleur espoir du monde ». Pour combattre la pensée fédéraliste de Hamilton, Jefferson fonde, avec Madison, le parti républicain, que ses adversaires baptisent avec mépris « démocrate ». Quand, en 1792, la guerre éclate en Europe, Jefferson souhaite que son pays vienne au secours de la France, conformément au traité de 1778 ; Hamilton penche pour la neutralité, et Washington lui donne son appui. Jefferson démissionne en 1793. Il rassemble dans son parti des planteurs, favorables aux droits des États, des pionniers de la Frontière, partisans de la démocratie, des artisans du Nord-Est, hostiles aux riches fédéralistes ; un journal expose ses idées. Aux élections présidentielles de 1796, Jefferson arrive en deuxième position, et le système électoral en vigueur veut qu'il devienne vice-président, alors que le président, John Adams (1735-1826), est fédéraliste. Le conflit entre les deux hommes, et entre les deux partis, est très vif ; les étrangers, Français et Britanniques, émigrés en Amérique, apportent leur appui à Jefferson, tandis que la majorité fédéraliste du Congrès recourt à des lois d'exception. Mais, en 1800, Jefferson, qui a soigneusement préparé les élections, devient le troisième président des États-Unis.

Le président des États-Unis

Dès son accession à la magistrature suprême, il se proclame l'élu de tous : « Nous sommes tous des républicains, nous sommes tous des fédéralistes », s'écrie-t-il. Le pouvoir présidentiel s'affirme. Certes, le gouvernement est frugal et simple, non sans ostentation. Le président respecte l'indépendance des législateurs ; il accepte avec irritation l'interprétation fédéraliste de la Constitution que donne le Chief Justice de la Cour suprême. Mais l'entourage de Jefferson met au point les principaux projets de loi, prépare les débats et en assure la réussite. Dans la vie politique, en particulier au niveau des partis, l'idéologie passe au second plan : un véritable parti présidentiel s'efforce de réunir une majorité sur un programme modéré. Bref, Jefferson a contribué à créer le système américain des partis et à renforcer le gouvernement fédéral.

Sur le plan économique, le président n'innove pas. Les dettes fédérales sont remboursées ; le principe de la libre entreprise dans l'agriculture comme dans l'industrie ou le commerce n'est pas contesté ; la banque créée pour vingt ans en 1791 n'est pas menacée, et Madison, qui succède à Jefferson, fondera même une deuxième banque en 1816. C'est encore Jefferson qui est responsable d'une considérable extension du territoire national, contrairement – stricto sensu – à la Constitution. En 1803, il achète à la France la Louisiane, qui couvre toute la rive occidentale du Mississippi ; il envoie Lewis et William Clark à la découverte d'une route terrestre et fluviale jusqu'au Pacifique (1803-1806), puis Zebulon Pike jusqu'au Colorado (1806-1807) ; il s'intéresse aux Florides espagnoles. Enfin, s'il éprouve des sympathies pour les idéologues français, il méprise le régime dictatorial de Napoléon. Au cours des guerres de l'Empire, il s'efforce de rester neutre et doit, pour répondre aux pratiques abusives de la marine britannique et à l'établissement du Blocus continental, arrêter le commerce américain avec l'étranger. L'acte d'embargo de 1807 crée aux États-Unis un profond mécontentement et sera abrogé en 1809.

Ainsi, le républicain président n'a pas été un président républicain ; il a réalisé une partie importante du programme fédéraliste. Retiré dans sa maison de Monticello, il consacre ses loisirs à fonder l'université de Virginie, entretient avec ses amis et ses anciens ennemis, comme Adams, une volumineuse correspondance, donne à ses successeurs les conseils qu'ils lui demandent ou ne lui demandent pas. Architecte, savant passionné par les terres à découvrir, grand amateur de littérature classique et moderne, Jefferson fut plus qu'un homme politique : il incarne l'élite américaine de la fin du xviiie s.

Jefferson architecte

Libre penseur, partisan des principes naturels, Jefferson, qui avait étudié le dessin en même temps que la philosophie, devait rechercher une solution architecturale à sa conception du monde. Plus épris de raison que de sentiment, il demeura fidèle au néopalladianisme anglo-saxon et, à l'heure où les artistes découvraient la Grèce, il trouva dans l'art romain une réponse suffisante.

Architecte amateur, il réalise à trente-six ans, en style palladien, sa propre maison sur une colline de Monticello. Trop absorbé dans la suite pour continuer à bâtir, il reçoit néanmoins, étant en France, la commande des plans du Capitole de l'État de Virginie. Sa visite de la Maison carrée de Nîmes, en compagnie de Charles Louis Clérisseau, lui inspire un monument (achevé à Richmond en 1796) qui servira de modèle à l'architecture officielle de la première moitié du xixe s.

Devenu président des États-Unis, Jefferson crée l'office de contrôleur des bâtiments et en charge en 1803 Benjamin Latrobe (1764-1820). Il établira avec celui-ci, en 1817, les plans de l'université de Virginie, réalisant, dans un ensemble de pavillons réunis par des colonnades et dominés par un panthéon, ses conceptions d'éducateur.