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Abu Abd Allah Muhammad ibn Abd Allah Ibn Battuta ou Abu Abd Allah Muhammad ibn Abd Allah Ibn Batouta

Voyageur arabe (Tanger 1304-au Maroc entre 1368 et 1377).

Introduction

Né dans une honorable famille de Tanger et très aidé sans doute par sa fortune personnelle, il commence ses voyages à vingt et un ans. Mais la publication de ses récits ne trouve son origine que lorsque les périples seront complètement achevés, et seulement par l'intermédiaire d'un lettré, ibn Djuzayy, qui écrira sous la dictée d'ibn Battuta. Il est certain que, pour se conformer à ce que le public attendait, le rédacteur a ajouté des éléments pittoresques ou merveilleux, des citations poétiques qui ne sont pas sans altérer la valeur documentaire des innombrables renseignements donnés par son informateur. En outre, pour en simplifier l'exposé, certains itinéraires ont pu être regroupés géographiquement sans tenir compte de leur véritable succession chronologique. Il n'en reste pas moins que le « journal de route » du grand voyageur constitue un véritable panorama de l'univers au xive s.

Le pèlerin

Comme il se doit à un jeune diplômé en théologie, ibn Battuta commence par le pèlerinage de La Mecque. Parti en 1325, il parcourt l'Afrique du Nord en longeant le littoral. Parvenu au Nil, il fait un détour qui le conduit aux premières cataractes du grand fleuve. Il visite ensuite Damas et Alep, avant de prendre enfin la route des lieux saints : La Mecque d'abord (1326), puis Mechhed et le tombeau d'Ali al-Rida. Les dévotions accomplies, il se rend en Perse et à Bagdad, et revient ensuite en Arabie (1327), où il séjourne trois années. Puis il gagne les confins de l'islam par la mer Rouge et les côtes orientales de l'Afrique, et fait escale dans les divers comptoirs arabes, jusqu'à Kilwa. Il revient à La Mecque, de nouveau en pèlerin, mais après un large détour par le golfe Persique et la Perse (1332).

Le Nord

L'Arabie visitée et revisitée, les grandes aventures vont commencer. Ibn Battuta s'attaque d'abord aux régions septentrionales : il traverse l'Asie Mineure et, à Sinope, s'embarque pour la Crimée et Kaffa (aujourd'hui Feodossia), comptoir sous la domination génoise. C'est le premier contact avec une terre chrétienne : les cloches des églises agacent fort le pieux voyageur, qui organise une petite contre-manifestation en jouant au muezzin depuis le minaret de la mosquée. Puis c'est la visite, en charrette, aux territoires de la Horde d'Or et aux Tatars de Kiptchak : leur khan reçoit le voyageur au milieu d'un luxe étonnant et lui fait l'honneur de partager quelques-unes de ses épouses. Ibn Battuta lance ensuite une pointe vers les mystérieux pays du Nord, dans les steppes glacées où l'on se procure les peaux d'hermine et de zibeline. Il accompagne enfin à Constantinople une des femmes du khan, princesse grecque, en suivant le littoral de la mer Noire : il faut encore affronter une terre chrétienne. L'accueil impérial est pourtant fort courtois. Revenu chez le khan, ibn Battuta entreprend le grand périple oriental.

L'Inde

Par la Volga et les steppes aralo-caspiennes, le voyageur atteint l'Afghanistan et traverse péniblement l'Hindu Kuch. Arrivé en Inde en 1333, il gagne Delhi, où il va faire une pause de près de neuf années en se mettant au service du sultan.

Cependant, ses vœux sont comblés lorsqu'il peut abandonner cette vie sédentaire, au demeurant semée d'intrigues : en 1342, il est, en effet, chargé d'une ambassade dans la lointaine Chine.

Mais les navires de sa petite expédition sont détruits à Calicut par un ouragan : ibn Battuta doit reprendre le voyage à son compte, et il effectue d'abord un séjour paradisiaque de plus d'un an aux îles Maldives, où il fait fonction de juge. À Ceylan, il escalade la célèbre montagne où l'on peut voir les traces de pas d'un géant, Adam selon les uns, Bouddha pour les autres. Puis, dépouillé par des pirates, il revient à Calicut, repart encore, visite le Bengale et touche à Sumatra, où le roi, musulman, lui trouve une place sur une jonque en partance pour la Chine.

La Chine et le retour

Une longue navigation conduit ibn Battuta à Zaiton (aujourd'hui Quanzhou, dans le Fujian). Il effectue alors de nombreuses randonnées dans l'immense pays qui s'ouvre à lui, mais il ne semble pas qu'il ait atteint réellement Pékin, et il regrettera de n'avoir pu contempler la Grande Muraille. Il n'en dressera pas moins un remarquable tableau de l'Empire du Milieu : il s'étonne d'une civilisation étrange, de ses fêtes magnifiques, mais il décrit aussi le fonctionnement d'une administration tatillonne, d'une justice exemplaire, d'une économie complexe.

Le voyageur doit rentrer en Occident, plus vite qu'il ne l'aurait désiré, en raison de troubles politiques (1347) ; par Sumatra et l'Inde, il gagne de nouveau le golfe Persique, puis la Syrie et, une fois encore, La Mecque. En 1349, il est en Égypte, d'où il s'embarque pour Tunis. Après un crochet par la Sardaigne, il touche enfin à sa terre natale, l'Afrique du Nord-Ouest, pour lui, sans conteste, le plus beau pays du monde.

L'Afrique noire

Le dernier périple d'ibn Battuta effectué pour le compte du sultan du Maroc, n'est pas, et de loin, plus lointain que les précédents ; il présente pourtant un grand intérêt pour la connaissance géographique de son temps : le grand voyageur, en effet, a parcouru le premier, avec sa méticuleuse curiosité, une partie des mystérieux pays des Noirs, sur lesquels, pendant encore des siècles, on ne saura guère plus que ce qu'il en a dit.

Parti de Sidjilmasa, la principale « porte du Désert », en 1352, avec une caravane de marchands, il traverse le Sahara en deux mois, après avoir observé ce qui fait l'essentiel du trafic commercial de la région, l'échange du sel gemme de Taghasa contre l'or du Soudan. Le contact du monde noir, bien frugal pour celui qui a connu les splendeurs de l'Orient, le déçoit ; les cas d'anthropophagie le consternent ; ce vieil habitué des sérails bien clos juge les femmes « impudiques ». Après avoir atteint le Niger, il descend le grand fleuve, qu'il imagine être un affluent du Nil, visite Tombouctou et Gao, et atteint « Taccada » (sans doute l'actuelle Agadès). Il revient à Sidjilmasa par l'Aïr et le Hoggar à la fin de 1353.

Ibn Battuta commencera à dicter ses souvenirs peu de temps après, sur l'ordre du sultan. Le travail sera terminé en 1356.