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Guigues de Saint-Romain

Cinquième prieur de Chartreuse (1109-1136) [château de Saint-Romain, Ardèche, 1083-la Chartreuse 1136].

Il entra en 1106 à la Grande-Chartreuse, dont il fut élu le prieur en 1109. Doté d'une très forte personnalité, il fut lié aux plus célèbres personnages religieux de son temps. Pierre le Vénérable, l'abbé de Cluny et saint Bernard de Clairvaux furent de ses amis, et il échangea avec eux une belle correspondance ; Bernard rendit d'ailleurs visite à la Chartreuse en 1123.

Écrivain à la sensibilité très aiguisée, Guigues est l'auteur d'une suite de quatre cent soixante-seize « Méditations » où la finesse de jugement, la pensée religieuse, la force dans l'introspection mais aussi l'expérience de la souffrance – Guigues fut en effet touché très tôt par la maladie – s'allient à un style très sûr, incisif même, qui font de ces textes un témoignage littéraire de premier ordre. Outre une lettre qui est un véritable traité sur la vie solitaire, soucieux d'une meilleure qualité dans la connaissance des Pères, il réalisa une des premières éditions critiques des lettres de saint Jérôme. Il mit encore en valeur cette expérience littéraire quand, sur la demande du pape Innocent II, il rédigea la Vie de saint Hugues de Grenoble, qui avait accueilli Bruno, le fondateur de l'ordre, et ses compagnons.

C'est à lui que l'on doit les Coutumes des chartreux, qui en ordonnent la vie et les activités. Bruno n'ayant pas rédigé de règle monastique pour ses compagnons, c'est Guigues qui, répondant aux sollicitations des moines de Portes, dans l'Ain, mit par écrit ce qui constitue le fondement tant matériel que spirituel des solitaires de Chartreuse ; à côté de recommandations très concrètes relatives au quotidien des moines comme les horaires d'une journée, les instruments que peut posséder le chartreux pour la copie des manuscrits ou encore les mesures de nourriture, Guigues exprime très fortement le sens et la tradition de la vie au désert :
« Et maintenant, considérez vous-mêmes ces Pères saints et vénérables : Paul, Antoine, Hilarion, Benoît, et tant d'autres dont nous ignorons le nombre ; voyez le profit spirituel qu'ils ont recueilli dans la solitude, et vous reconnaîtrez que la douceur des psalmodies, l'application à la lecture, la ferveur de la prière, la profondeur de la méditation, le ravissement de la contemplation, le baptême des larmes n'ont pas d'aide plus puissante que la solitude. » (Coutumes des Chartreux, chap. 80).

Enfin, sous son priorat, l'expérience cartusienne connut son premier rayonnement. Tout d'abord, la chartreuse de Portes, en 1115. Puis, un an après, les Écouges et Sylve Bénite, toutes deux dans l'Isère ; la même année toujours, Meyriat, dans l'Ain, et Durbon, dans les Hautes-Alpes. En 1120, Saint-Sulpice dans le Bugey. Arvières, dans l'Ain, est fondée en 1132, et, deux ans plus tard, Montrieux, dans le Var. Enfin au terme de la vie de Guigues, en 1136, la lointaine chartreuse du Mont-Dieu, dans les Ardennes. En outre, quand une avalanche détruisit entièrement le premier ermitage de la Chartreuse, en 1132, Guigues, faisant preuve d'une réelle capacité de bâtisseur, reconstruisit le monastère en retrait du site précédent, plus à l'abri des menaces naturelles, et y apporta de profondes modifications.

Certainement moins intellectuel que Bruno, n'ayant pas sa formation universitaire, Guigues apparaît comme un homme au tempérament d'énergie, conciliant les exigences d'une vie consacrée au silence et à la contemplation avec les préoccupations matérielles et les renoncements qui réclame la direction d'une communauté religieuse qui, rapidement, connut un grand développement. Il mourut le 27 juillet 1136 à l'âge de 53 ans.