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André Du Bouchet

Poète français (Paris 1924-Crest, Drôme, 2001).

Depuis Air (1950-1953) et le Moteur blanc (1956), André Du Bouchet marque la poésie française de cette seconde partie du xxe s. C'est Dans la chaleur vacante (1961) qui l'a fait largement connaître ; il y définit d'emblée l'orgueilleuse ambition de son projet (« j'anime le lien des routes ») et s'installe dans l'élémentaire, aux sources brûlantes de la vie (« je m'alimente d'un feu de pierres »). Il est pleinement le vrai continuateur de Mallarmé, par l'exigence absolue de sa démarche et par sa signification, qui fait de la poésie non le poème, mais la tension même vers une parole. La poésie est donc à la fois pour lui valeur et jamais objet fini ; le poème est le lieu d'un passage, traces, éboulis ; et, comme tel, non terminé ; toujours repris (par réduction ou « pulvérisation »). Par là, il est proche aussi, malgré l'apparence, de Francis Ponge ou de Giacometti (« Tout cela n'est pas grand-chose, toute la peinture, sculpture, dessin, écriture ou plutôt littérature, tout cela à sa place, et pas plus. Les essais, c'est tout, oh merveille ! »). Un des livres-sommes s'intitule l'Incohérence (1979) : s'y marque cette mobilité à travers une tension qui est en même temps une dérive vers un livre, vers une « cohérence », qu'on n'étreint pas, mais qui est une exigence. Les livres de Du Bouchet ne sont pas paginés, ils disposent une parole contre la parole, d'où le blanc, si caractéristique de son rythme, qui « transparaît comme la ponctuation de ce qui, dans l'instant même où elle s'énonce, fait violence à la parole, la dépossède du mouvement machinal qui est le sien ». Ouvrier du « pouvoir rudimentaire », Du Bouchet est aussi le traducteur de Joyce, de Hölderlin et de Paul Celan, l'intercesseur de Bram Van Velde et de Giacometti, de Michel Haas ou de Pierre Tal-Coat (Peinture, 1984). Il se situe donc du côté de l'obscurité éblouissante : « la liberté des mots, une obscurité la ponctue », « il faut articuler l'aveuglement » (l'Avril précédé de fraîchir, 1984 ; l'Emportement du muet, 2000).