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Normand Chaurette

Dramaturge et romancier canadien de langue française (Montréal 1954).

À partir de Rêve d’une nuit d’hôpital, pièce radiophonique diffusée en 1977 et portée à la scène en 1980, il se fait connaître au sein du jeune théâtre québécois par une inspiration très différente de celle des auteurs qui l’ont précédé, tels que Michel Tremblay ou Réjean Ducharme soucieux d’affirmer un répertoire nourri de la culture et de la vie quotidienne du Canada français. Chaurette est, lui, tourné vers le monde international et explore la vie intérieure et la douleur mentale, en familier de la recherche psychiatrique. Dans Provincetown Playhouse, juillet 1919, j’avais 19 ans (1981), il représente, revu à travers le prisme du souvenir des personnages, un rituel d’« immolation de la Beauté » qui a abouti au meurtre d’un enfant enfermé dans un sac. À partir de cette pièce, il obtient un véritable succès que confirmeront, peu à peu, de nombreux prix et de nombreuses traductions de ses textes à travers le monde occidental.

La France le découvre quand Gabriel Garran monte en 1990 Fragments d’une lettre d’adieu lus par des géologues : ce texte énigmatique fait se succéder les explications d’une commission d’enquête sur la mort d’un ingénieur lors d’une expédition au Cambodge ; cette prolifération de constats semble vouloir montrer combien un langage scientifique et « objectif » éloigne la vérité au lieu de la saisir. Avec son œuvre suivante, les Reines, Chaurette poursuit sa quête de l’insaisissable en opérant un détour par le patrimoine et les références culturelles : il réunit dans une même action et fait dialoguer six femmes monarques empruntées au théâtre de Shakespeare ; créée à Montréal en 1991, cette tragédie est montée à Paris, à la Comédie-Française, en 1997. Il est ensuite l’un des auteurs affectionnés par le Festival d’Avignon : le metteur en scène québécois Denis Marleau y crée en 1996 le Passage de l’Indiana, sur un étrange cas de plagiat, et en 2000 le Petit Köchel, pièce troublante où, sous une trompeuse référence mozartienne, est abordé le thème du cannibalisme.

Dédaigné ensuite par les théâtres français, il poursuit son œuvre à Montréal en revenant sans cesse aux thèmes des blessures intimes, de l’expression de la souffrance et du caractère inéluctable des drames sacrificiels (Stabat mater I, 1996 ; Stabat mater II, 1999 ; Ce qui meurt en dernier, 2007). Partagé entre la passion des humiliés et la hantise de la cruauté, il revient régulièrement aux archétypes du malheur et de l’interdit qui provoquent fascination et rejet au sein de nos sociétés. Auteur d’un roman (Scènes d’enfants, 1988) et de traductions de grandes pièces classiques (de Shakespeare surtout), il s’est récemment orienté vers le cinéma, écrivant notamment le scénario de Roméo et Juliette d'Yves Desgagné (2005).