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Jacques Brel

Auteur-compositeur et chanteur belge (Bruxelles 1929-Bobigny, Seine-Saint-Denis,1978).

Grand solitaire et écorché vif de la chanson, Jacques Brel est cependant entré en étroite communion avec son public en se servant de sa voix prenante tour à tour pour attendrir, amuser ou fustiger, et toujours pour émouvoir.

La vocation de chanteur

Né le 8 avril 1929, Brel est fils d’industriel. Élevé dans un milieu très catholique, il est surtout proche de sa mère, mais, selon son propre aveu, il passe une enfance morose dans un Bruxelles qui s’habitue mal à la guerre. Sa voie d’adulte est toute tracée : il doit reprendre la direction de la cartonnerie familiale. Au début, il joue le jeu, mais la vie petite-bourgeoise n’est pas faite pour lui. La chanson, c’est cela qui répond à son goût à la fois pour la littérature et pour la musique. Il s’y essaie en diverses occasions et se met lui-même à composer. Marié à « Miche » en 1950, il décide trois ans plus tard d’aller s’établir à Paris, qu’il ne connaît pas.

Accueilli sur la scène du cabaret les Trois-Baudets, Brel ne fait la conquête du public qu’avec la parution du disque Quand on n’a que l’amour, en 1956, et, en 1958, il passe en vedette pour la première fois à l’Olympia. Avec ses chefs-d’œuvre de l’année 1959 (la Valse à mille temps, les Flamandes, Ne me quitte pas), l’« abbé Brel » – comme le surnomme Georges Brassens – se situe résolument à part. Triomphant aussi dans sa Belgique natale, il enchaîne les tournées qui font de lui une vedette internationale. Aux États-Unis, la grande chanteuse Nina Simone donne une version en anglais de Ne me quitte pas.

L'artiste-vérité

Jacques Brel compose lui-même la plupart de ses musiques et de ses textes. Toute sa vie, il est resté sur cette idée : « Quand j’étais petit, on a oublié de m’avertir que le Far West et l’amour n’étaient que des farces. » L’amour, pourtant, il le chante, soit à la manière du romantique qui en a rêvé (Il peut pleuvoir, 1955 ; Je t’aime, 1959 ; Clara, 1961 ; Mathilde, 1964), soit à la manière de l’écorché vif qui ne peut séduire les femmes (la Haine, 1955 ; Madeleine, 1962 ; Au suivant, 1964 ; les Bonbons, 1964/1967). Sa sincérité, il la met aussi dans l’évocation des lieux qui l’ont marqué (le Plat Pays, 1962 ; Bruxelles, id. ; Amsterdam, 1964) et dans l’expression de sentiments comme ceux de la solitude (Il pleut [les Carreaux], 1955 ; On n’oublie rien, 1961), de la vieillesse (le Moribond, 1961 ; les Vieux, 1964) ou de la mort (Fernand, 1966). Il excelle dans son rôle de pourfendeur du conformisme bourgeois (Grand Jacques [C’est trop facile], 1955 ; les Bourgeois, 1962 ; les Bigotes, 1963 ; Ces gens-là, 1965), mais n’oublie pas non plus la tendre moquerie (Rosa, 1962 ; Vesoul, 1968). Sa langue est celle de tous les jours, mais parfois dans ce qu’elle a de brutal. Il lui arrive de mêler le français et le flamand (Marieke, 1961).

Sur scène aussi, entouré de musiciens de premier ordre, Brel est un géant, jouant de ses gestes comme il le fait avec les mots, dans le but, peut-être, d’exorciser les angoisses qui l’assaillent. En pleine gloire, pourtant, il décide de renoncer aux récitals.« Écrire, je ne pourrais plus m'en passer, mais chanter, je vous jure que j'arrêterai le jour où je l'aurai décidé », déclare-t-il en 1964. Du 6 octobre au 1er novembre a effectivement lieu son dernier tour de chant à l’Olympia. Le Tout-Paris s’y rend dès le premier soir. L’émotion est à son comble, et le nombre de rappels est tel que le « Grand Jacques » doit revenir sur scène en peignoir et chaussettes.

Pour autant, Brel ne quitte pas complètement la scène, puisqu’il monte, dirige et joue l’Homme de la Mancha (1968), dont il a aussi écrit la musique ; il y incarne un Don Quichotte pathétique de vérité. En province aussi, il honore ses contrats pendant un an encore.

Acteur aussi

C'est désormais au métier d'acteur, découvert en 1967 (les Risques du métier, André Cayatte), que Brel va consacrer son énergie : les Anarchistes ou la Bande à Bonnot (Philippe Fourastié, 1968) ; les Assassins de l’ordre (Marcel Carné, 1971) ; l’Aventure, c’est l’aventure (Claude Lelouch, 1972) ; l’Emmerdeur (Édouard Molinaro, 1973).

L’homme, qui se sait atteint d’un cancer du poumon, va chercher un semblant de quiétude sous le soleil de Polynésie. En 1977, il publie encore les Marquises, son album testament, avant de s’éteindre le 9 octobre 1978. Il repose sur l’île d’Hiva-Oa, à côté du peintre Gauguin.