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Charles Bonnet

Philosophe et naturaliste suisse (Genève 1720-Genthod, près de Genève, 1793).

Issu d'une famille de protestants ayant quitté la France après les massacres de la Saint-Barthélemy en 1572, il entreprend et mène à bien des études de droit comme le souhaite son père. Mais, parallèlement, il effectue des recherches sur les insectes qui l'intéressent plus. Le physicien et naturaliste Réaumur l'encourage à étudier la reproduction du puceron. À vingt ans, en 1740, il découvre ainsi la parthénogenèse, reproduction au sein d'une espèce sans l'intervention du mâle, alors que l'espèce comprend des mâles et des femelles. Rendu célèbre par cette découverte, il s'intéresse ensuite aux facultés régénératrices de certains vers d'eau douce et montre que, si l'on coupe l'un de ces vers en 26 morceaux, on obtient 26 vers parfaitement constitués. Plus tard, il étudiera aussi la régénération des tritons, ou salamandres d'eau. Entre-temps, il met en évidence le fait que les chenilles et les papillons respirent à travers des spores qu'il nomme « stigmates ». Il s'occupe aussi de botanique et effectue des recherches notamment sur la circulation de la sève, la transpiration des feuilles, les mouvements des tiges et l'étiolement des plantes. En 1754 est publié son ouvrage intitulé Recherches sur l'usage des feuilles dans les plantes.

À cette époque, sa vue, fatiguée par les observations qu'il a faites des insectes, l'oblige à renoncer presque complètement à la recherche biologique. Il s'oriente alors vers la psychologie et, surtout, vers la philosophie. Dans ses Considérations sur les corps organisés (1762), il se montre partisan de la préformation, théorie selon laquelle chaque organisme contient en lui-même une série d'individus préformés. Par la suite, la théorie chromosomique ôtera toute vraisemblance à la préformation, en introduisant la notion de programme codé d'origine biparentale. Cependant, le préformisme de Bonnet est assez nuancé, et ses idées concernant la nature même du germe préfigurent la notion de cellule. Pour lui, le terme de « germe » désigne « un corps organisé réduit en petit », mais aussi « toute espèce de préformation originelle dont un tout organique peut résulter, comme de son principe immédiat ».

Comme il ne peut plus faire lui-même de la biologie expérimentale, il communique les idées qui lui viennent à certains de ses nombreux correspondants (il envoyait plus de 700 lettres par an). Ainsi suggère-t-il à son ami et disciple Spallanzani des recherches sur l'insémination artificielle : « Ne pourriez-vous pas essayer de féconder des œufs de grenouille sans l'intervention du mâle ? », lui écrit-il en 1767. Spallanzani réalisera avec succès cette expérience sur le crapaud, dix ans plus tard seulement.

Bonnet souhaite que l'on tente des essais d'hybridation sur des insectes. Il propose de pratiquer des mutilations sur les embryons de poulet pour étudier leurs facultés de régénération. Il recommande l'étude approfondie des mœurs des grands singes pour en tirer des informations utiles sur la psychologie de l'homme. Il imagine même une mesure de l'intelligence, basée sur « le nombre de conséquences justes que différents esprits tirent du même principe ».

Ce chercheur fécond, ce penseur novateur était dans la vie quotidienne le plus routinier des hommes : il se déplaçait le moins possible. Son existence était, selon ses propres dires, « presque aussi uniforme que le cours des astres ». Une crise d'asthme y mit fin au printemps de 1793.