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Gertrude Elizabeth Margaret Anscombe, dite Elizabeth Anscombe

Philosophe britannique (Limerick, Irlande, 1919-Cambridge, Angleterre, 2001).

D'abord researchfellow au Somerville College à Oxford, puis professeur à l'université de Cambridge de 1970 à 1986, Elizabeth Anscombe est considérée par beaucoup comme l'un des plus grands philosophes de sa génération, et comme l'un des esprits les plus critiques, originaux et créatifs de la philosophie britannique au xxe siècle. Elle contribua à donner une nouvelle orientation à la philosophie morale de son époque, et ses recherches pionnières sur la théorie de l'action renouvelèrent une bonne part de la philosophie actuelle de l'esprit.

L'engagement religieux d'Elizabeth Anscombe, qui se convertit au catholicisme romain dès l'âge de 15 ans, constitue une part importante de sa personnalité philosophique. Elle fit de brillantes études à Oxford, mais, déçue par ce qu'elle considérait être la stérilité de la philosophie du langage alors dominante dans cette université, elle fit à Cambridge la connaissance de Ludwig Wittgenstein dont elle devint rapidement une amie proche et une disciple, allant même jusqu'à adopter certaines de ses manières : longs silences, sourcils froncés, tête rageusement posée entre les mains… et même une pointe d'accent autrichien. Après la mort de Wittgenstein, qu'elle assista jusque dans ses derniers moments, elle devint l'un de ses exécuteurs testamentaires, détenant ainsi la lourde responsabilité d'éditer et de faire traduire la plupart des textes qui firent l'objet des publications posthumes du philosophe de Cambridge. Elle traduisit elle-même les Investigations philosophiques de manière si inventive et fidèle qu'on tend à parler, à propos de ce travail, d'un verbatim de Wittgenstein plutôt que d'une traduction. Avec Peter Geach, Philippa Foot et Iris Murdoch, elle anima le courant wittgensteinien en philosophie, et l'un de ses premiers livres, une Introduction au Tractatus de Wittgenstein, fit connaître la profondeur de la philosophie du « premier Wittgenstein ».

En 1957, elle publia un court essai, Intention, qui reste l'un des livres fondateurs de la philosophie de l'action. Elle y présente une discussion détaillée de l'action intentionnelle et de son explication. Critiquant tous les philosophes qui, depuis Descartes, considèrent l'action intentionnelle de manière « incorrigiblement contemplative », passive et spéculative, elle voulut réhabiliter l'aspect pratique du raisonnement lié à l'action. Dans son œuvre métaphysique et dans la philosophie de l'esprit, Elizabeth Anscombe a toujours adopté une attitude critique à l'égard de l'empirisme et de la définition traditionnelle de la causalité.

Elizabeth Anscombe s'est rendue fameuse pour ses nombreux et brefs articles où, sans révérence ni soumission à l'égard de la pensée dominante, elle attire l'attention sur un problème philosophique négligé et en révèle les aspects inaperçus. Le plus fameux de ces essais, publié en 1958, qui réveilla la philosophie morale britannique de son sommeil linguistique, s'intitule Modern Moral Philosophy. Elizabeth Anscombe y établit d'abord que les notions d'« obligation morale », de « moralement bon » ou de « moralement mauvais », dont se servent la quasi totalité des philosophes de la morale, kantiens ou utilitaristes, proviennent d'une conception théologique du monde qui est aujourd'hui dépassée. Selon elle, il faut donc renoncer à ces notions désormais sans contenu véritable, et leur substituer des concepts éthiques qui soient plus directement liés à la psychologie, ou à la philosophie de l'esprit, comme par exemple les concepts d'action, de plaisir, d'intention, à condition de les considérer dans leur sens non moral.

Elizabeth Anscombe s'est toujours fortement opposée à toutes les philosophies d'inspiration conséquentialiste. En 1956, lorsque l'université d'Oxford décida de donner au président Truman un « honorary degree », elle mena une campagne d'opinion, à l'aide d'essais philosophiques et de pamphlets, mettant en cause le président américain pour sa responsabilité dans les bombardements d'Hiroshima et de Nagasaki. Les interventions publiques d'Elizabeth Anscombe furent innombrables. Elle y alliait la technicité philosophique au goût de la provocation. Ses écrits éthiques furent de plus en plus marqués par son allégeance au catholicisme romain. Elle n'hésitait jamais à défendre les causes qui lui paraissaient justes, aussi impopulaires fussent-elles, s'opposant ainsi à l'avortement, à la contraception ou à l'homosexualité. La plupart de ses essais furent publiés en 1983, dans son œuvre majeure, les Collected Philosophical Papers, en 3 volumes ; ils abordent des questions d'épistémologie, de métaphysique, d'histoire de la philosophie et de philosophie de la religion.

Portant un monocle, fumant le cigare ou la pipe, cultivant un style de langage sans détours, celle qu'on surnomma parfois la « Dragon Lady » fut l'un des philosophes les plus excentriques de Cambridge. Ses tutorials pouvaient durer des heures, laissant tous les participants épuisés. Ses étudiants passaient à tous moments chez elle pour parler de philosophie au milieu de biberons et des couches, car elle eut sept enfants. Mariée au philosophe anglais Peter Geach, catholique lui aussi, elle se fit toujours appeler « Miss Anscombe ». Elle portait des pantalons, ce qui n'était guère commun à Oxford dans les années 1950 et, lorsqu'entrant un jour dans un restaurant de Boston on lui fit observer que les femmes n'étaient pas admises en pantalon, elle se contenta d'enlever le sien de bonne grâce.