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salon

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Exposition périodique, annuelle ou bisannuelle, d'œuvres d'artistes vivants qui se tint au Louvre du xviie au début du xixe s. Le terme de Salon fut utilisé lorsque l'exposition eut lieu dans le salon Carré du Louvre.

L'exposition de l'Académie royale, instituée en 1663, est organisée pour la première fois en 1667. Son ouverture commémore la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture, dont seuls les membres et les agréés sont admis à exposer. Prévus pour être bisannuels, les Salons ultérieurs ont lieu en 1669 ( ?), 1671 ( ?), 1673, 1675 ( ?). À partir de cette date, ils sont moins réguliers, car trop coûteux, et n'ouvrent qu'en 1699 et 1704 (un seul jour en 1706). Peu de renseignements nous sont parvenus sur ces premières expositions officielles, sauf pour les Salons de 1673, 1699 et 1704, qui eurent un livret officiel. Ordonnées par Colbert, puis par Mansart, elles sont inaugurées en grande pompe le jour de la Saint-Louis, fête du roi, jusqu'en 1791, après une assemblée à l'Académie. D'abord situées dans la galerie du Palais-Royal et dans la cour de l'hôtel Richelieu, elles se tiennent, en 1699 et 1704, dans la Grande Galerie du Louvre, puis, au xviiie s., dans le salon Carré. Le premier " livret ", ou catalogue des œuvres présentées, que nous connaissions date de 1673 ; les livrets étaient payants, alors que l'entrée du Salon était libre.

Au xviiie s., le Salon devient un événement considérable : il est l'objet d'une critique spécialisée et de jugements de mérite ; il est aussi l'occasion pour les amateurs, de plus en plus nombreux, d'accéder aux collections royales, exceptionnellement ouvertes au public durant une journée. Interrompu par les guerres de 1704 à 1725, il a lieu à partir de cette date dans le salon Carré du Louvre, débordant parfois dans la galerie d'Apollon. De 1737 à 1748 (l'année 1744 exceptée), l'exposition est annuelle, puis redevient bisannuelle de 1748 à 1791. Dans la seconde moitié du siècle, le nombre des œuvres exposées augmente d'année en année ; il passe de 220 en 1763 à 432 en 1765 et à 800 à l'exposition ordonnée en 1791 par l'Assemblée nationale. Chaque artiste, en effet, peut, comme au xviie s., envoyer le nombre de tableaux qu'il désire : de plus, aux exposants académiciens et agréés s'ajoutent quelques privilégiés. Seule une commission académique, instituée en 1748, est chargée d'exercer un contrôle sur la moralité des œuvres proposées et de sauvegarder la tradition de la " grande peinture ". Cette première forme de jury s'avérera de plus en plus difficile. Les expositions sont ordonnées par le directeur des Bâtiments du roi (successivement : le duc d'Antin, Le Normant de Tournehem, le marquis de Marigny, le comte d'Angiviller), dont la fonction de commanditaire royal permet d'influer sur le " goût " présenté au Salon ; ainsi, d'Angiviller, à la veille de la Révolution, tente de soutenir la peinture d'histoire face à la multiplication spontanée des sujets de genre et du tableau de chevalet. C'est également au directeur des Bâtiments qu'est soumis le livret rédigé par le " concierge " de l'Académie. Les livrets eurent généralement 2 ou 3 éditions ; celui de 1755 fut tiré à 8 000 exemplaires, et celui de 1783 à 20 000. Dès l'origine des Salons de peinture, un artiste, dit " le Tapissier " ou " le Décorateur ", fut chargé par ses confrères de veiller aux questions matérielles, à l'accrochage et à la disposition des œuvres dans la salle d'exposition. Ce fut Chapuis, dont Diderot dans ses Salons souligne l'honnêteté et le travail, qui remplit cet office de 1761 à 1773 ; ce furent ensuite Vien, puis Lagrenée, Amédée Van Loo en 1783 et 1785 et enfin Durameau. La Révolution apporte un certain nombre de modifications au règlement. En 1791, le Salon devient libre, c'est-à-dire accessible à tous. Puis, à partir de 1798, est instauré un jury d'admission élu au suffrage universel ; 9 expositions annuelles se tiennent de 1793 à 1802.

Rivales du Salon de l'Académie royale, quelques expositions périodiques sont organisées dans le courant du xviiie s. Remontant déjà au début du siècle, l'exposition de la Jeunesse, se tenant place Dauphine, le jour de la Fête-Dieu, est connue par les comptes rendus donnés dans le Mercure de France. Mais ce n'est qu'une sorte de foire où les jeunes peintres sont mêlés aux artisans et aux peintres d'enseignes. C'est là pourtant que Chardin expose la Raie en 1728. L'Académie de Saint-Luc ouvre, de 1751 à 1774, un Salon accueillant les jeunes qui n'ont pas encore la possibilité d'être admis par l'Académie royale ou qui sont dédaignés par elle. On connaît 7 livrets de ce Salon, réimprimés dans la Revue universelle des arts. L'année même de la suppression des maîtrises et des communautés, l'éphémère exposition du Colisée tente en vain, en 1776, de renouveler les Salons de la communauté de Saint-Luc. Trop menaçante pour l'Académie royale, cette tentative est vite enrayée. Enfin, le Salon de la Correspondance, créé en 1778 à l'initiative de Pahin de La Blancherie, s'organise autour du cercle international intitulé " Rendez-vous de la république des lettres et des arts ", qui en publie le catalogue. Assez important pour qu'un peintre tel que Fragonard y envoie une œuvre, il est toléré quelque temps, puis dissous par d'Angiviller en 1783. Pahin de La Blancherie parvient cependant à le maintenir jusqu'en 1787.

À l'étranger, la Royal Academy de Londres tient, comme l'Académie royale de France, un Salon officiel. Ouvert depuis 1769, ce Salon compte des œuvres de plus en plus nombreuses au cours des xviiie et xixe s.

Au xixe s., l'exposition périodique d'œuvres récentes prend une dimension culturelle des plus importantes. Bastion des principes esthétiques de l'Académie des beaux-arts, le Salon officiel provoque peu à peu une véritable opposition et donne ainsi naissance à la notion d'Académisme — évolution qui va de pair avec celle de l'image de la création et de la fonction de l'artiste dans la société. Le jury d'admission, institué en 1798, se manifeste très vite comme une autorité. Sous l'Empire, il est composé de 3 artistes et de 2 amateurs, présidés par Denon. Supprimé en 1848, mais rétabli dès l'année suivante, il se montre de plus en plus sévère sous la Restauration. Il refuse systématiquement toute œuvre non conforme à l'orthodoxie de l'Académie, excluant les candidats en masse, plus particulièrement au temps du ministre Nieuwerkerke. Depuis la première moitié du siècle déjà, plusieurs tentatives d'expositions parallèles s'étaient fait jour, celle de Courbet, par exemple, à l'exposition universelle de 1855. Mais, en 1863, sur 5 000 œuvres présentées, plus de 3 000 sont refusées. Cette majorité de mécontents, parmi lesquels Courbet, Manet, Jongkind, Pissarro, Whistler, entraîne la création du Salon des refusés. Ouvert dès le 15 mai 1863, à l'initiative de Napoléon III lui-même, semble-t-il, il se tient, comme le Salon officiel, au palais de l'Industrie. Les expositions impressionnistes qui ont lieu après 1874 chez le photographe Nadar sont aussi une réaction contre le Salon officiel.

En 1881, Jules Ferry tente de dégager le Salon de l'emprise réglementaire de l'Académie des beaux-arts en instituant la Société des artistes français, comité de 90 membres élus par les artistes précédemment admis. Le nouveau jury se montrant tout aussi sévère, une première scission est réalisée en 1884 par le Salon de la Société des artistes indépendants, qui regroupe spontanément les refusés dans une baraque du jardin des Tuileries. Ce salon a pour maxime " Ni jury ni récompense ". Seurat, Signac, C. E. Cross, Pissarro y exposent. De nombreuses expositions rétrospectives sont par la suite organisées par les Indépendants, expositions où sont présentées des œuvres de Van Gogh, de Toulouse-Lautrec, des Nabis, de Cézanne et, de 1910 à 1914, des cubistes. Une nouvelle scission se produit en 1889 : les dissidents, conduits par Meissonier, Rodin et Puvis de Chavannes, fondent la Société nationale des beaux-arts, qui donne, à partir de 1890, un Salon annuel sur le Champs-de-Mars, auquel Maillol, Sisley, Lebourg participent.

Depuis lors, les Salons se sont multipliés, les uns pour défendre des positions de principe, d'autres pour rassembler éclectiquement un très grand nombre de personnes pratiquant, le plus souvent à titre de second métier, peinture, sculpture, gravure et arts décoratifs.

Le Salon d'automne, fondé en 1903 par l'architecte Frantz Jourdain, se propose d'admettre, par un choix plus rigoureux que celui du Salon des indépendants, des artistes appartenant à un courant plus homogène. Des salles sont, en outre, réservées aux grands novateurs : Cézanne, Renoir, Odilon Redon, Lautrec, encore peu appréciés du public. En 1905 s'y retrouvent les fauves, plus tard les cubistes ou des artistes de tendance indépendante, comme Picabia.

Le Salon des Tuileries, en 1923, est fondé, contre les tendances du Salon d'automne, par Charles Dufresne, Albert Besnard et Bourdelle. Les peintres qui s'y côtoient — Henri de Waroquier, Louise Hervieu, René Seyssaud — se situent essentiellement par opposition au Cubisme.

Le Salon de mai, fondé en 1945 par Le Moal, Soulages, Zao Wou-ki entre autres, a pour objectif de regrouper toutes les tendances de la peinture, figurative ou non, de tradition française.

Le Salon des Surindépendants, crée en 1934, par Laure Garcin et Camille Bryen eut pour devise : indépendance et discipline.

Le Salon des réalités nouvelles, créé en 1939 et qui reprend son activité en 1946, réunit essentiellement les non-figuratifs : Picabia, Herbin, Fautrier, Piaubert, Vasarely, Mathieu, Istrati.

Les Peintres témoins de leur temps, Salon créé en 1951 autour des peintres Lorjou, Fougeron, Buffet, Carzou, représentent le courant de la peinture figurative, et leur règlement impose aux exposants un thème, renouvelé chaque année (le travail, le sport, les Parisiennes).

Comparaisons, Salon fondé en 1955, se propose d'organiser tous les ans une vaste confrontation des tendances nouvelles.

Le Salon de la jeune peinture, depuis 1956, Rodolphe Cailleux en est un des principaux animateurs tend à susciter une mise en question de la société " en combattant la rhétorique traditionnelle du langage des formes ". Grands et jeunes d'aujourd'hui, cherche, depuis 1959 à s'ouvrir à toutes les recherches et à donner à des jeunes encore méconnus une occasion de se manifester publiquement et de confronter leurs œuvres entre elles ou à celles de leurs aînés. Le Salon (devenu plus tard Exposition) des femmes peintres et sculpteurs a été fondé dès 1884. L'après-guerre a également vu la création du Salon populiste et du Salon du dessin et de la peinture à l'eau.

La critique des Salons

Elle constitue un véritable genre littéraire, où, très souvent, s'exprime la passion des esprits. Elle forme un document précieux à plus d'un titre : non seulement elle restitue le jugement des contemporains et témoigne de l'évolution esthétique du temps, mais encore elle consigne les circonstances événementielles des expositions et les descriptions des œuvres, rarement indiquées dans les " livrets " et les catalogues.

La critique proprement dite apparaît au xviiie s. Certes, les premiers Salons avaient dû susciter une vive curiosité : des commentaires signés de noms de fantaisie (Minos, Cassandre, Le Chinois, Raphaël ou Badigeon), ou le Salon de Mallet de Viriville, le laissent supposer. En fait les premières critiques imprimées paraissent pour la première fois en 1737, puis viennent des " lettres " d'amateurs, parfois si violentes qu'il devient obligatoire de les signer. Quelques gazettes adoptent une rubrique spécialisée, certaines se montrant dévouées à l'Académie, d'autres plus polémiques. Les salonniers, tels Caylus, Boillet de Saint-Julien, La Font de Saint-Yenne, Cochin, qui ne sont pas des critiques d'art professionnels mais des amateurs ou des moralistes, sont très nombreux, surtout dans la seconde moitié du siècle. La Correspondance littéraire de Grimm publie des comptes rendus de 1753 à 1781 ; Diderot en est le principal rédacteur entre 1759 et 1781. L'Année littéraire ou le Mercure de France publient des commentaires de Fréron, Marmontel, Grimm, Restif de La Bretonne, parfois assez violents ; c'est pourquoi de nombreuses brochures ou pamphlets sont publiés à l'étranger, à Londres ou Amsterdam plus particulièrement. C'est aux thèmes figurés et aux choix purement esthétiques que s'intéressent surtout les rédacteurs de ces commentaires ; rares sont ceux qui portent leur examen sur le " métier " et la technique.

La critique des Salons peut être particulièrement bien étudiée à la B. N. de Paris, au cabinet des Estampes, qui conserve le fonds Deloynes, où est rassemblée, année par année, et à la suite d'un exemplaire du livret officiel, la presque totalité de la critique de chaque Salon. Une autre source pour la connaissance des Salons réside dans les vues des expositions de 1785 et 1787 gravées par Martini, et surtout dans les dessins de Gabriel de Saint-Aubin donnés en marge des livrets des Salons de 1761, 1769 et 1777 ; pour le xixe s., il faut noter l'importante suite gravée par C. P. Landon dans ses Annales du musée, qui reproduit et commente les principales œuvres exposées aux Salons sous l'Empire et la Restauration. Les Salons du xixe s. sont commentés encore plus assidûment par les chroniqueurs, politiques ou moralistes. Guizot analyse l'état des beaux-arts en France à l'occasion du Salon de 1816. Thiers publie 2 Salons en 1822 et 1824 dans le Constitutionnel ; Gustave Planche, qui en laisse 7 de 1831 à 1849, et Jules Janin, 2 en 1834 et 1845, sont des critiques spécialisés. Le Salon de 1836 est relaté par Alfred de Musset dans la Revue des Deux Mondes. En 1837, Théophile Gautier commence dans la presse sa série des Salons, qu'il continue presque chaque année jusqu'en 1850. Prosper Mérimée publie également dans la Revue des Deux Mondes (sous la signature " un Anglais "). Le Salon de 1840 est l'objet de plusieurs études, notamment de Charles Blanc et d'Alphonse Karr. Arsène Houssaye, dans la Revue de Paris de 1843 et 1844, prend le thème du Salon pour juger les mœurs, tandis que Thoré considère plutôt l'exécution des œuvres. On lira encore deux Salons de ce dernier en 1845 et 1847. Les trois Salons publiés par Baudelaire en 1845, 1846 et 1849 demeurent, avec ceux des Goncourt, les plus célèbres du xixe s. Citons encore parmi les auteurs les plus connus Théodore de Banville, qui écrivait dans le Pouvoir, Chamfleury, dans le Messager de l'Assemblée.

De nos jours, la plume du chroniqueur est passée désormais aux historiens d'art et aux critiques spécialisés.