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pastel

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Crayon de couleur en bâtonnet fabriqué à partir de divers éléments : couleurs pulvérisées et terre blanche broyée, malaxées sous forme de pâte avec de la colle, de la gomme arabique, parfois du miel ou du lait et façonnées en petits cylindres, qui sont mis à sécher. Dessin en couleurs exécuté avec des crayons de pastel.

L'étymologie du mot pastel indiquerait une origine italienne (pasta, [pâte]) ; cependant, d'après un texte de Léonard de Vinci (folio 247 du Codex Atlanticus, Milan, bibl. Ambrosienne), la technique du pastel, qu'il dénomme le " mode de colorier à sec ", lui aurait été révélée à la fin du xve s. par un artiste français, Jean Perréal, venu à Milan en 1499 avec Louis XII.

Rares sont les exemples de pastels de cette époque qui nous soient restés (Portrait de Juvénal des Ursins par Fouquet, au cabinet des Estampes de Berlin ; Portrait d'Isabelle d'Este par Vinci, au Louvre, où le pastel n'intervient qu'en légers rehauts). En effet, à ses débuts et pendant tout le xvie s., le pastel est surtout utilisé pour rehausser de quelques touches colorées certains portraits dessinés : en France, ceux de Jean Clouet et de son fils François, de François Quesnel, de Daniel Dumonstier ; en Italie, ceux de Jacopo Bassano, de Barocci ; en Hollande, ceux de Hendrick Goltzius. Cependant, il ne faut pas confondre le pastel avec la technique dite " des trois crayons " (pierre noire, sanguine et craie blanche) : le pastel est un matériau plus tendre, plus velouté, plus volatile.

Au xviie s. son emploi se généralise. Le pastel s'affirme comme une technique indépendante, parfaitement adaptée pour les portraits : ceux de Le Brun (portraits de Louis XIV), de Robert Nanteuil, de Vivien (portraits de la famille royale ou de grands personnages de la Cour) et, en Italie, ceux des Carrache ou de Sebastiano Mazzoni, lesquels utilisent aussi le pastel pour des sujets autres que les portraits.

C'est en 1665, en France, qu'un pastel est donné pour la première fois comme sujet de réception à l'Académie royale : il s'agit de celui de Nicolas Dumonstier, représentant le Portrait d'Errard. La seconde fois, ce furent, en 1701, les pastels de Vivien, Portrait de François Girardon et Portrait de Robert de Cotte (Louvre), qui valurent à leur auteur d'être reçu à l'Académie comme " peintre en pastels ". Vivien était alors le premier à exécuter des portraits en pied, grandeur nature, créant ce type d'effigies solennelles, majestueuses, que le xviiie s. allait voir se développer.

La plus grande production de pastels se situe, en effet, à cette époque. Le pastel est alors exécuté, le plus souvent, sur un support de papier ou de carton, de teinte généralement gris-bleu ou gris-beige. Il peut l'être également sur un parchemin ou sur une toile préalablement apprêtée, mais les exemples sont plus rares. Le support est habituellement collé sur un châssis entoilé, puis il est encadré afin d'éviter tout frottement. Le problème essentiel étant celui de la fixation du pastel sur son support, on pulvérise sur toute la surface de l'œuvre un " fixatif ", dont l'emploi ne se généralisera qu'au cours du xviiie s. Les principales qualités du pastel sont la souplesse, la rapidité de l'exécution, la variété dans la facture : hachures (fines ou écrasées), touches fondues ou complètement estompées. Le pastel permet aussi de superposer plusieurs couches sans avoir à effacer. De plus, la traduction parfaite qu'il donne de la matière d'un épiderme contribue à en faire une technique de prédilection pour le rendu des portraits. D'autres avantages interviennent, qui sont autant de facilités lors de l'exécution de portraits de commande : la faculté de " croquer " rapidement un visage et son expression sans exiger du modèle de longues heures de pose, la possibilité des " reprises ", la maniabilité donnée par le support (la tête seule des très grands personnages pouvait être dessinée devant le modèle sur un feuillet de petites dimensions ; le fragment était ensuite emporté à l'atelier, où il était raccordé à l'ensemble du portrait, composé de plusieurs feuillets de papier assemblés et collés). M. Q. de La Tour, l'auteur de nombreux portraits officiels des personnages de la Cour, a eu souvent recours à cette technique, ainsi pour le Portrait de la marquise de Pompadour, au Louvre, de dimensions imposantes.

En dehors des portraits de commande réalisés par La Tour, A. Labille-Guiard, G. Lundberg, il faut insister sur la variété que peuvent prendre les différents portraits au cours du xviiie s. en Europe : avec Liotard, Perronneau, dont le talent de coloriste est immense, ils sont plus réalistes ; avec Chardin, dont les pastels tardifs sont d'une qualité exceptionnelle, Boze, Russell, ils sont plus intimistes ; avec Nattier, Boucher, Vigée, Piazzetta ou Rosalba Carriera, plus allégoriques. Cette dernière, qui travaillait à Venise, eut une influence importante, dès le début du xviiie s., sur le développement du pastel en France (elle vécut à Paris d'avril 1720 à mars 1721), puis dans toute l'Europe.

Au xixe s., en France, si le pastel est toujours utilisé pour les portraits (Manet, Degas et Toulouse-Lautrec en donnent les exemples les plus magistraux), il devient surtout un excellent moyen pour la traduction des paysages (Delacroix, Millet). Il va convenir, encore mieux, aux impressionnistes : le pastel, si vaporeux, est parfait pour traduire les impressions les plus fugitives (Boudin, Monet, Berthe Morisot, Renoir, Degas, dont la série des Plages est admirable, et qui fit du pastel sa technique privilégiée à la fin de sa vie). Les artistes symbolistes trouvent dans les couleurs des pastels les nuances les plus étranges pour traduire leurs visions (Puvis de Chavannes, Gauguin, et surtout Odilon Redon, qui fait de ce matériau l'une de ses techniques favorites [le Bouddha du musée d'Orsay]).

Les artistes " 1900 " utilisent le pastel avec une prédilection particulière pour leurs paysages, aux couleurs souvent violentes (Dulac, Le Sidaner, Ménard), et pour leurs portraits, à la fois visionnaires et intimistes, où apparaissent, évanescentes, de pâles silhouettes (Lévy-Dhurmer, Aman-Jean, Eugène Loup).

Au xxe s., le pastel reste une technique très en faveur, si l'on en juge par les œuvres de Picasso, Kupka, Sonia et Robert Delaunay, Balthus, Wifredo Lam, Matta, Sam Szafran, Atlan. Il est utilisé, dans la majeure partie des cas, pour ses couleurs les plus éclatantes, jaillissant en teintes pures sur le fond blanc du papier.