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peintures naïves

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

On appelle " peintures naïves " celles qui, étant l'œuvre d'exécutants instinctifs, ne manifestent que peu d'affinité, tant sous le rapport de l'inspiration que sous celui de la technique, avec le plus grand nombre de créations plastiques de leur temps.

C'est vers le milieu du xixe s., sous l'influence du Romantisme, que l'on commence à s'intéresser aux arts pratiqués par les gens du peuple. Ce sont des poteries, des ouvrages de menuiserie ou de serrurerie, des tissus, des broderies. Ce sont aussi des peintures : enseignes, ex-voto, portraits, emblèmes corporatifs, brevets et certificats illustrés. Ce sont encore, coloriés au pochoir sur feuilles volantes, ce que l'on appelle communément images d'Épinal. Presque tous les auteurs de ces pièces sont demeurés anonymes.

Les peintres naïfs en France

On peut supposer qu'au premier Salon libre, sans jury, de Paris, en 1848, des peintres exposèrent des œuvres comparables à celles des poètes ouvriers. Il en fut de même, peut-être, au Salon des refusés de 1863. Mais ce n'est qu'en 1885, lors du Salon des artistes indépendants, que se fit connaître l'art naïf avec Henri Rousseau, dit le Douanier.

Au début du xxe s., Alfred Jarry puis Guillaume Apollinaire et, à leur suite, les marchands Bernheim, Wilhelm Uhde, Ambroise Vollard et Paul Guillaume commencent à mobiliser l'opinion non seulement sur l'œuvre du Douanier, mais aussi sur celle des primitifs et des autodidactes. Parallèlement, avec l'avant-garde cubiste et pré-abstraite, des personnalités comme Picasso, Robert Delaunay, Kandinsky, Brancusi accordent une attention privilégiée à l'art des enfants et des aliénés comme à celui des naïfs. Et lorsque, en 1927, la collection des peintures naïves réunie par George Courteline est mise en vente, ce n'est plus de " musée des horreurs " que l'on parle, mais de " musée du labeur ingénu ".

La première grande exposition consacrée aux naïfs, à Paris, date de 1937. Sous le titre " Les maîtres populaires de la réalité ", elle révéla, à côté du Douanier Rousseau, Louis Vivin, Camille Bombois, André Bauchant, Dominique-Paul Peyronnet, Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis, Jean Ève, René Rimbert, Adolf Dietrich, tous ouvriers ou artisans, ainsi que Maurice Utrillo, le fils de Suzanne Valadon. Ce titre, choisi par les organisateurs, souleva de vives discussions révélatrices, en un sens, de la difficulté reconnue à classer l'art des peintres représentés. D'aucuns lui préféraient l'expression " primitifs modernes " ; d'autres, celle de " peintres naïfs " ou de " peintres du dimanche ", de " peintres autodidactes " ou " instinctifs ". Succédant aux grandes expositions de Knokke-le-Zoute, en 1958, Baden-Baden, en 1961, Paris, en 1964, gal. Charpentier, et Rotterdam, la même année, l'exposition " Die Kunst der Naiven " de Zurich, en 1975, regroupe encore sous la même terminologie des arts aussi différents que l'art primitif, l'art des aborigènes, des enfants ou des aliénés, confirmant ainsi l'impossible insertion de ce genre nouveau dans un cadre traditionnel.

Nombreux sont aujourd'hui, à travers le monde, les peintres se réclamant de l'art naïf. Citons, par exemple, les Italiens Metelli, De Angelis, l'Espagnol Vivancos, le Belge Louis Delattre ou les Français Lagru et Caillaud. Leur succès véritable touche autant le public, que les collectionneurs, et les musées les accueillent largement. Leur art, souvent d'une indéniable qualité, demeure pourtant l'un des plus mystérieux. Mais l'authenticité est malaisée à reconnaître et n'est nullement chose courante.

Peintres naïfs des pays de l'Est

Une place très particulière revient au mouvement naïf des pays de l'Est, qui, depuis l'entrée de ceux-ci dans l'ère du socialisme et du collectivisme, connaît un développement d'une ampleur exceptionnelle. Il faut citer notamment les Polonais Nikifo et Ociepka, les Tchécoslovaques Zigmunt Hubácek et Antonin Rehak, les Russes Niko Pirosmanachvili et Catherina Bilacour et les Yougoslaves, parmi les plus importants, aujourd'hui, du groupe Zemlja (" la terre ", formé en 1929), où s'imposent quatre grands : Ivan Generalìc, Marko Virius et Franjo Mraz autour de la forte personnalité de Hegedusic ; peintres paysans qui prônent un art socialement engagé encore proche du folklore national. À partir de cette dernière école, dite " école de Hlebine ", se développe une génération prolifique dont les œuvres ont été connues en France par l'exposition du Grand Palais, à Paris, en 1976.

Les peintres naïfs américains

Révélés à l'Europe en 1967-68 par une exposition circulaire, ils font état d'un art authentiquement primitif, remontant à l'âge des pionniers du xviiie s., lorsque la charmante Amérique était, a-t-on pu dire, en retard de deux cents ans sur l'Europe. Les premiers peintres ont été de simples artisans demeurés anonymes, qui pratiquaient un autre métier. Certains, après avoir terminé la toile, sculptaient le cadre. Ils travaillaient pour la communauté à la demande, produisant des portraits en plus grand nombre que des paysages, des natures mortes de fruits et de légumes, des scènes de l'existence quotidienne, où le soin de l'exactitude, allié à celui du pittoresque, était leur seule règle. Indiens superbes, bons sauvages, ports et tempêtes, courses de chevaux, bateaux à roue, quelquefois des scènes religieuses étaient des thèmes privilégiés. Ils voulaient avant tout être expressifs et peu leur importaient les problèmes de proportion du corps humain ou de la perspective aérienne. Des musées consacrés à la peinture naïve ont été fondés en France, à Laval et à Nice. La fondation Dina Vierny (Paris) conserve des œuvres de Bauchant, Bombois, etc.