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maîtres hispano-flamands

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

On désigne ainsi les peintres espagnols du xve s. et du début du xvie s. qui ont travaillé en s'inspirant des maîtres flamands contemporains. Connu et apprécié dès le xive s. par les rois d'Aragon, l'art des Pays-Bas eut une grande vogue dans les cours d'Espagne pendant le xve s. Les rois prennent l'initiative des échanges, ils invitent les artistes pour un séjour plus ou moins long, ils achètent de nombreux tableaux ou envoient leurs peintres en apprentissage à Bruges ou à Tournai. On sait que Jan Van Eyck, membre de l'ambassade du duc de Bourgogne Philippe le Bon, chargée de la demande en mariage d'Isabelle de Portugal, séjourna en 1429 à la cour de Castille et peut-être à la cour d'Aragon, établie alors à Valence. Aucun témoignage de son activité en Espagne n'a été conservé, mais dans l'inventaire d'Alphonse V d'Aragon figurent deux tableaux de sa main acquis en 1444 : un Saint Georges et un triptyque de l'Annonciation (auj. disparus). En 1431, le Valencien Luis Dalmau est envoyé par le roi en Flandre pour parfaire son métier. Quelques années plus tard, en 1439, Luis Alimbrot, peintre de Bruges, séjourne à Valence. Durant le règne des Rois Catholiques, les relations s'intensifient entre les deux pays : Isabelle la Catholique eut plusieurs artistes flamands à son service, tels Juan de Flandes, qui séjourna entre 1496 et 1519, et Michel Sittow, entre 1492 et 1502. Pour l'oratoire de la reine, ils composèrent un important retable comprenant 47 scènes de la Vie de la Vierge. La collection royale comprenait plus de 400 panneaux flamands dont le Prado, la chapelle de Grenade et l'Escorial ont recueilli, malgré des pertes importantes, la meilleure part.

Nobles et dignitaires de l'Église suivent l'exemple royal, et des commerçants importent des œuvres d'art par les ports d'où ils exportent les laines de la " Meseta ". Un document de 1529 nous apprend même qu'une vente publique de peintures flamandes doit être organisée à Barcelone. La divulgation de ces œuvres étrangères et surtout les grandes nouveautés stylistiques qu'elles apportaient furent pour les artistes une source féconde de renouvellement, interprétée par chacun selon sa sensibilité. Tous découvrent une nouvelle utilisation de l'éclairage, qui, avec un dégradé d'ombres et de lumières, permet un modelé plus délicat et naturel, une perspective non plus seulement géométrique, mais atmosphérique, pour obtenir l'illusion totale de la troisième dimension, la représentation du paysage, enfin, qui, dans le fond des scènes, remplacera définitivement les fonds d'or.

À Valence, Luis Dalmau, à son retour de Flandre en 1436, offre le premier exemple d'un artiste imprégné par l'art de Van Eyck. Pour sa Vierge des conseillers (Barcelone, M.A.C.), il reprend la composition de la Vierge au chanoine Van der Paele de Van Eyck à Bruges et le groupement des anges chanteurs du polyptyque de l'Agneau mystique. En comparaison avec des œuvres antérieures, on note ici un sens nouveau des volumes et un souci de rendre avec précision les détails du décor sculpté. Jaime Baço, dit Jacomart, et son collaborateur Juan Reixach suivent les leçons de Dalmau pour situer leurs personnages dans l'espace tout en gardant un graphisme très italien. Chez presque tous les peintres valenciens, en effet, les éléments nordiques viennent se superposer à des caractères italiens existant depuis la fin du xive s. Ainsi, le Calvaire (Valence, église Saint-Nicolas) peint par Rodrigo de Osona offre un bel exemple d'une sorte de synthèse entre l'art de Mantegna et celui de Hugo Van der Goes.

En Catalogne, Jaime Huguet est séduit pendant quelques années, entre 1445 et 1450 environ, par les innovations de Dalmau ; dans le Retable de Vallmoll, il adoucit le modelé des visages et donne une grande importance à tous les détails des objets. Pendant son séjour à Barcelone, l'Andalou Bartolomé Bermejo peint pour le chanoine Desplá une Pietà (Barcelone, cathédrale), tout imprégnée de l'art pathétique de Van der Weyden. Aussi l'hypothèse d'une formation en Flandres du plus grand peut-être des peintres hispano-flamands est-elle souvent avancée par la critique. À Majorque, le grand panneau de Saint Georges terrassant le dragon (Palma, musée diocésain) par Pedro Nisart est peut être le reflet de l'œuvre de Van Eyck traitant le même sujet, qui appartint à Alphonse le Magnanime.

Plus que dans les régions méditerranéennes, c'est en Castille à la fin du xve s. que la peinture flamande a été le plus largement assimilée. Dans les centres de Burgos, Palencia, Ávila, et Tolède ont travaillé un grand nombre d'artistes restés anonymes et baptisés de nos jours Maîtres de Saint Ildefonse, de la Sisla, d'Ávila, de Santa Clara de Palencia ou de Palanquinos. Ils tirent des modèles flamands un art massif et sculptural, en accentuant les expressions douloureuses des figures, en amplifiant le volume des draperies et en multipliant les motifs architecturaux. En 1455 apparaît le nom de Jorge Inglés, un étranger venu travailler pour le marquis de Santillana et auteur vigoureux et raffiné du Retable de l'hôpital de Buitrago (Madrid, coll. du duc de l'Infantado), où les portraits des donateurs tiennent une place inusitée dans les compositions espagnoles. Son successeur dans la maison du marquis de Santillana, le Maître de Sopetrán, s'attache à amplifier l'impression de la troisième dimension dans les 4 Panneaux de la Vierge (Prado). Un seul artiste fait vraiment figure de chef d'école : c'est Fernando Gallego. À une profonde connaissance des compositions de Dirk Bouts, il allie une grande habileté dans la mise en place de ses personnages vêtus de lourdes étoffes aux plis cassés à une verve expressionniste pathétique et de ton populaire. Auteur de plusieurs Christ de pitié, directement inspiré de Van der Weyden, Diego de la Cruz collabora au Retable des Rois Catholiques, exécuté en 1497 au moment du mariage de Jeanne la Folle avec l'héritier de la maison des Flandres. De l'important centre ecclésiastique de Tolède, il faut retenir les noms de Juan de Segovia et de Sancho de Zamora, auteurs présumés du retable de la Famille du connétable Alvaro de Luna.

Enfin, dans la décoration du studiolo du duc d'Urbin, la main de Pedro Berruguete est difficile à discerner de celle du Flamand Juste de Gand. En Andalousie à la fin du xve s., plusieurs artistes, tels que Pedro Sanchez et Pedro de Cordoba, offrent une formule adoucie et élégante de l'art hispano-flamand de Castille.

Tant chez les peintres étrangers installés en Espagne que chez les Espagnols conquis pour l'art des Pays-Bas, on assiste, après un temps d'admiration un peu servile des maîtres, à une hispanisation progressive des modèles. Ce retour aux sources se traduit par une dramatisation des sujets, un refus de toute idéalisation et une intensification de l'expression des sentiments.