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fixé sous verre

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

La peinture sous verre, ou " fixé sous verre ", consiste à exécuter le travail de peinture au revers d'une plaque de verre. L'une des difficultés du procédé est de peindre le motif inversé et, au contraire de la technique normale, d'exécuter les détails (le nez, les yeux, les fleurs) avant le fond (le visage, le paysage), le spectateur devant regarder l'œuvre terminée sur le côté non peint de la plaque de verre. L'artisan utilise des couleurs à l'huile ou à la gouache mélangées à une colle spéciale. On appelle verre " églomisé " la technique qui utilise des feuilles d'or ou d'argent soudées entre deux pellicules de verre.

Largement pratiquée en Europe, de l'Espagne à la Pologne, et jusqu'en Asie, la peinture sous verre est liée à l'industrie du verre et à sa diffusion. Si l'origine remonte aux premiers temps du christianisme en marge du vitrail, son point de départ réel est à Murano, dans la lagune de Venise, grand centre de l'art du verre, et sa production, importante dès la seconde moitié du xvie s., se développe tout au long du xviie. On attribue aux ateliers vénitiens deux groupes de peintures : l'un à ciels bleu profond et personnages au premier plan sur fond de paysages lombards, l'autre utilisant des modelés en fines hachures qui évoquent la technique de la gravure. Les sujets religieux et tirés du Nouveau Testament sont inspirés d'œuvres vénitiennes ou lombardes, puis de l'école de Caravage ; bien que faites en série et destinées à une clientèle populaire, ces peintures habiles, à la palette subtile rehaussée d'or et au dessin savant, reflètent l'esprit des modèles qu'elles copient. Des éléments de décors d'inspiration religieuse et mythologique, destinés à orner les tiroirs et les portes des cabinets, sont fabriqués parallèlement.

Dès les xive-xve s., des verriers de Murano émigrent vers d'autres villes d'Italie, en Autriche, en Allemagne, en France, dans les Pays-Bas. Ils apportent leur technique, mais trouvent sur place des thèmes nouveaux dans les œuvres de Dürer, des peintres de l'école de Fontainebleau, des paysagistes flamands. D'ateliers parisiens ou proches de la capitale proviennent peut-être ces peintures des xviie et xviiie s. et ces boîtes précieuses ornées de fixés sous verre dont la facture soignée, le raffinement et les thèmes tirent leurs sources des toiles de Largillière, Lancret, Boucher, Chardin, Greuze, Hubert Robert, Vernet, Boilly. Il n'est pas impossible que certaines d'entre elles soient le travail d'ateliers provençaux (le musée Cantini, à Marseille, en conserve une importante collection). En fait, l'histoire de cette tendance de la peinture sous verre, très nettement inspirée de la grande peinture, reste encore à faire. On sait seulement qu'elle était aussi pratiquée en Angleterre, en Espagne et en Chine, importée par des Occidentaux.

D'un caractère tout différent sont les fixés sous verre d'Europe centrale, souvenirs et ex-voto que les ouvriers des verreries du nord de la Bohême fabriquaient en série, pour compléter leurs salaires, à l'intention des pèlerins qui se rendaient dans les sanctuaires célèbres d'Autriche, de Moravie, de Pologne. Venue d'Italie par le Tyrol et la Bavière v. 1770, la technique y reste florissante jusque v. 1880. Au contraire des peintures sous verre italiennes, les fixés d'Europe centrale s'inspirent des anciennes images de pèlerinages, reproduisent les saints familiers et locaux, les héros populaires, les danses traditionnelles. C'est un art régional, folklorique, séduisant par son charme populaire et la vivacité de ses couleurs, et qui s'implante en Alsace dans la seconde moitié du xviiie s. Aux sujets religieux s'ajoutent alors des sujets profanes : portraits de personnages illustres, allégories. De couleurs moins vives qu'en Alsace, les ex-voto sous verre du sanctuaire de Notre-Dame de Laghet, près de Nice, semblent provenir d'un atelier local.

Le xxe s. a peu pratiqué la peinture sous verre. Une exception cependant parmi les peintres du Blaue Reiter, qui, expérimentant avant 1914 des techniques artisanales, s'essayent à ce genre de peinture, sans doute attirés par l'éclat que confère aux couleurs la plaque de verre : Jawlensky, Macke, Gabriele Münter, Kandinsky surtout, dans cette phase expérimentale de son œuvre qui précède la découverte de l'Abstraction, et Campendonck. En Belgique, Floris Jespers a exécuté d'assez nombreuses peintures sous verre et, en France, Marcoussis, après la guerre.