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esquisse peinte

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Projet peint, exécuté dans une facture libre, à une échelle variable, généralement inférieure à celle du tableau à réaliser, et qui indique la place et la proportion de chaque élément ainsi que la structure générale de la composition.

L'esquisse à l'huile, sur toile ou sur papier, monochrome ou colorée, naît au xvie s. en Italie. Elle apparaît d'abord dans les milieux maniéristes toscan (Beccafumi) et émilien (Parmigianino), et elle se développe surtout à Venise, où, à la suite de Giorgione, Titien utilise une technique essentiellement picturale et libre, donnant au coup de pinceau une valeur expressive privilégiée. La pratique de l'esquisse se généralise, semble-t-il, dans l'atelier de Tintoret et de son fils Domenico. C'est ainsi que l'on peut considérer comme des premiers exemples les esquisses du Paradis — projets pour la décoration du palais des Doges —, peintes v. 1578 par Véronèse (musée de Lille), Bassano (Ermitage), Tintoret (Louvre) et Palma le Jeune (Milan, Ambrosienne). De Venise, l'habitude de l'esquisse gagna v. 1585 Bologne (les Carrache) et ensuite toute l'Italie.

Durant le xviie et le xviiie s. italien, à Rome (Baciccio, Pozzo) comme à Gênes (Castello, Castiglione, Strozzi) et à Naples (Giordano, Solimena, Giaquinto ; cette tradition napolitaine de l'esquisse sera reprise par Goya) ou dans d'autres centres (Carlone, Bazzani), la plupart des peintres baroques font précéder leurs décorations, leurs plafonds, leurs tableaux d'autel d'esquisses préparatoires (bozzetti ou modelli) extrêmement brillantes, certains même adoptant, tel Magnasco, le style de l'esquisse pour leurs œuvres achevées. Mais l'apogée de l'esquisse italienne se situe à Venise au xviiie s. avec Ricci, Pittoni, Pellegrini, Guardi et surtout Tiepolo, qui influencèrent l'esquisse autrichienne (Maulbertsch et Sigrist).

Assez rare en Espagne (malgré quelques exemples chez Murillo et Valdés Leal) et en Hollande, l'esquisse trouve une autre terre d'élection en Flandres. Suivi par Van Dyck et Jordaens, Rubens se révèle le plus grand, peut-être, de tous les peintres d'esquisses. Souvent, il montre mieux que dans ses œuvres abouties le feu de son génie inventif et la richesse de sa matière picturale. On sait qu'il préparait toujours ainsi ses grands cycles (esquisses pour la Galerie Médicis à l'Ermitage et à Munich [Alte Pin.], pour le Triomphe de l'eucharistie au Prado).

En France, l'esquisse, pratiquée dès la fin du xvie s., se généralise à la fin du xviie s. dans l'entourage de Le Brun ou chez Desportes (célèbres esquisses de Paysages conservées au château de Compiègne). Mais c'est surtout au xviiie s. qu'elle connaît sa plus grande faveur avec Boucher (Suite chinoise, musée de Besançon), J.-F. de Troy, Subleyras, Fragonard, Natoire, Carle Van Loo, Vien..., pour devenir un genre autonome, puisque, au même titre que la grande peinture, les esquisses sont exposées aux Salons à la fin de ce siècle. Au xixe s., l'usage s'en généralise dans toute l'Europe.

L'esquisse n'est pas seulement la première pensée qui précède la composition définitive et, à ce titre, utilisée aussi bien par les néo-classiques que par les romantiques et les éclectiques pour leurs tableaux d'histoire ; elle est aussi pratiquée par les paysagistes soucieux, dès la fin du xviiie s., en Angleterre, puis en France (Valenciennes), de recueillir dans sa fraîcheur une impression de nature. L'esquisse est l'un des genres imposés dans l'enseignement académique du xixe s.

L'arrivée de l'Impressionnisme et le refus de la " composition " devaient annoncer le déclin du genre, et seul un artiste comme Seurat sut retrouver dans ses " croquetons " le goût de l'esquisse, transfiguré, il est vrai, par la technique divisionniste.

On a essayé de classer le genre de l'esquisse en cinq catégories, dont nous indiquerons ensuite les limites :

1° l'esquisse spontanée, la plus libre, qui est la traduction d'une première idée (bozzetto) ;

2° l'esquisse faite après les dessins préparatoires que l'artiste exécute à son propre usage pour clarifier les formes et les couleurs ;

3° le modello, précis, qui peut donner éventuellement au client une idée des résultats, telles les esquisses de J.-F. de Troy pour les suites de tapisseries d'Esther et de Jason, celles de Rubens pour la suite de Constantin ou encore les grands modelli du père Pozzo pour le plafond de Saint-Ignace à Rome (Rome, G. N., Gal. Corsini) ou de Lemoyne pour le plafond du salon d'Hercule du château de Versailles (musée de Toulouse) [le fait qu'une riche bordure ait été ajoutée à ce dernier prouve qu'à cette époque déjà l'esquisse était considérée comme une œuvre en soi et non plus comme une première pensée] ;

4° l'esquisse post festum, version exécutée par l'artiste ou son atelier après la peinture définitive et qui était destinée à être vendue (réplique réduite) ou à être conservée (ricordo) [les esquisses peintes par D. Téniers d'après les tableaux de maîtres de la galerie de Bruxelles peuvent entrer dans cette catégorie, de même que les esquisses en grisaille destinées à la gravure (Van Dyck)] ;

5° l'esquisse autonome, considérée comme une œuvre indépendante (c'est le cas de nombreuses esquisses du xixe s. qui ne se relient à aucune grande peinture ainsi que des esquisses d'après nature, comme celles de Desportes [château de Compiègne]).

Cependant, les frontières entre ces différentes catégories sont très floues ; on a coutume d'appeler bozzetti les première, deuxième et cinquième catégories. Les esquisses autonomes sont souvent considérées comme telles lorsqu'on n'a pas connaissance du tableau définitif. De même, le partage entre bozzetto et esquisse post festum est le plus souvent très délicat. D'autre part, certaines confusions découlent du fait que le même mot désigne un genre de peinture et une forme de technique ; Magnasco a-t-il fait des esquisses ou une peinture esquissée ?

Giordano, surnommé Fa presto, employait une technique rapide et spontanée, celle de l'esquisse, dans ses œuvres, qui sont des tableaux définitifs. Quoi qu'il en soit, l'esquisse se caractérise par une grande liberté de la touche, et il semble préférable de réserver ce terme à toute peinture qui précède l'achèvement du grand tableau.

Le goût pour les esquisses peintes, qui se manifeste depuis une vingtaine d'années par des expositions temporaires, s'est traduit également au cours des temps par la prédilection parfois exclusive de certains collectionneurs, mécènes princiers, tels le cardinal Léopold de Médicis (1617-1675) ou le grand-duc Ferdinand de Médicis (1664-1713), d'amateurs, tel La Caze, ou de peintres (le cas le plus fréquent), tel Bonnat.