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enseignes peintes

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Il semble bien que l'on puisse considérer comme des enseignes les fresques peintes à l'extérieur de certaines boutiques de Pompéi : celle, par exemple, qui montre une marchande à son comptoir, s'apprêtant à servir à boire à un client assis, sans doute dans l'un des débits de boissons, fort nombreux, de la ville. Une autre fresque, représentant des ouvriers teinturiers teignant, cardant et séchant une étoffe, jouait probablement le même rôle.

Au Moyen Âge, chaque maison avait son enseigne, afin qu'on pût la reconnaître, même si aucun commerce n'y était exercé. Mais le plus souvent, ces enseignes étaient sculptées dans la pierre ou le bois de la façade. Les enseignes pendantes étaient peintes soit sur des planches, soit sur des plaques de métal aux bords souvent découpés. Il en subsiste encore un grand nombre, en Angleterre et en Allemagne, datant du xvie au xviiie s., intéressantes par les potences de ferronnerie auxquelles elles sont attachées plus que par les motifs peints, généralement très frustes. Il n'est pas douteux pourtant que les meilleurs artistes, au Moyen Âge et sous la Renaissance, au moins, n'auraient pas répugné à de tels travaux, en un temps où ils acceptaient volontiers de peindre des drapeaux, des écussons ou des bois de lance. Et comme ils peignaient aussi, en Italie et en Allemagne, des façades entières de maisons, certaines parties de ces décors devaient souvent constituer l'enseigne sous le nom de laquelle elles étaient connues. On réservera cependant ici la qualité d'enseigne à celles qui constituaient la publicité de quelque commerce. La plus ancienne enseigne peinte aujourd'hui conservée, le Pestapeppe attribué au peintre italien Melozzo da Forlì (Pin. de Forlì), serait celle d'un apothicaire. On voit celui-ci pilant ses drogues dans un mortier. C'est une fresque certainement détachée du décor peint d'une façade.

Le panneau de porte figurant le même sujet, peint au début du xviiie s. par Antoine Rivalz (musée de Toulouse), fermait l'apothicairerie du couvent des Cordeliers et n'est donc pas à proprement parler une enseigne commerciale.

Le musée de Bâle conserve une enseigne pendante, peinte en 1516, sur les deux côtés d'un panneau de bois, par Hans Holbein le Jeune. C'est celle d'un maître d'école, que l'on voit dans une salle apprenant à écrire à deux hommes et, sur l'autre face, aidé de sa femme, faisant lire trois garçons et une petite fille.

Mais de telles œuvres aussi anciennes sont des témoignages fort rares, les enseignes peintes, même par de bons maîtres, n'ayant pu résister aux intempéries.

Hogarth a montré un peintre, perché au haut d'une échelle, en train de brosser ou de rafraîchir une enseigne. Plusieurs de ces enseignes pendantes figurent d'ailleurs dans les scènes de rues qu'a représentées cet artiste et il ne serait pas étonnant qu'il ait lui-même exécuté des œuvres de ce genre. Il semble qu'à partir du xviie s. ce soit surtout les artistes débutants qui acceptent de telles tâches, à moins que la misère ne les y force. Caravage aurait ainsi peint l'enseigne d'un cabaret pour y effacer sa dette. Le jeune Stella, tombé malade à son passage à Sens, aurait indemnisé le patron de l'auberge Saint-Martin " en peignant une enseigne dont le roi et le régent eurent depuis un côté chacun ". Il s'agissait donc d'une enseigne pendante et dont une des faces, sans doute, figurait saint Martin.

C'est tout jeune, en 1718, que François Lemoyne peignit une enseigne pour un perruquier d'Amiens. Elle mesurait env. 0,80 m de haut sur 2,25 m de large et appartenait donc au type d'enseigne " en plafond ", étant accrochée et légèrement inclinée au-dessus de la boutique, dont elle représentait l'intérieur, animé d'une vingtaine de clients et de garçons. Le Louvre conserve d'ailleurs un projet dessiné de Watteau pour une enseigne analogue, projet antérieur d'une dizaine d'années. Mais ce n'est que peu avant sa mort que le grand artiste peignit, en huit matinées, pour la boutique de son ami Gersaint, marchand de tableaux sur le pont Notre-Dame, l'immense enseigne conservée à Berlin (l'Enseigne, dit l'Enseigne de Gersamit, 1720, château de Charlottenburg). Elle montre également l'intérieur de la boutique, ce qui semble alors l'usage et ce qu'explique le fait que les petits carreaux empêchaient pratiquement de le distinguer de la rue. La même année, Chardin, âgé d'une vingtaine d'années, peint pour un chirurgien-barbier une enseigne large de 4,46 m et haute seulement de 0,72 m, qui figurait " un homme blessé d'un coup d'épée, qu'on avait apporté dans la boutique d'un chirurgien qui “ visitoit sa playe ” pour le panser. Le commissaire, le guet, les femmes et autres figures ornoient la scène, qui étoit composée avec beaucoup de feu et d'action " au dire de Cochin. Greuze peignit également l'enseigne du marchand de tabac Nicolle, où l'on voyait un Huron fumant sa pipe, sujet inspiré de l'opéra-comique de Marmontel et Grétry, que l'on jouait alors, à quelques mètres de là, à la Comédie-Italienne.

Mais les enseignes peintes par de vrais artistes furent cependant rares, et celles de Watteau et de Chardin furent vite acquises par de grands amateurs. La plupart des enseignes sortaient des mains des peintres brocanteurs du pont Notre-Dame, qui jouissaient d'une médiocre réputation. La mode en dura pendant une grande partie du xixe s. Les jeunes artistes continuèrent à trouver dans leur exécution de maigres ressources, mais parfois la misère en obligea d'autres, plus âgés, à accepter de tels travaux. Ces enseignes peintes furent certainement nombreuses en Europe, mais bien peu ont été sauvegardées. On ne connaît plus que par un dessin (musée municipal de Madrid) la composition de la belle enseigne du café du Levant, calle Alcala, que Leonardo Alenza peignit v. 1830 et qui représente l'intérieur du café empli de consommateurs. En revanche, deux longues enseignes d'une fabrique de chapeaux de Barcelone, dont l'une montre plusieurs femmes offrant divers modèles de coiffures à un client, œuvres probables du Catalan Salvador Mayol, v. 1820, sont passées en vente à Paris en 1959. Prud'hon peignit une enseigne analogue, qui fut l'une de ses premières œuvres, pour le chapelier Charton à Cluny (Cluny, musée Ochier). On y voit des chapeaux de toutes sortes et deux ouvriers qui teignent le feutre. C'est bien, semble-t-il, l'enseigne, peinte d'un cheval sur chacune de ses faces par le jeune Gérard, qui pend encore, à Montmorency, devant l'auberge du Cheval Blanc. Le chef-d'œuvre du genre est sans doute la magnifique enseigne que Géricault peignit dans sa jeunesse sur la porte d'un maréchal-ferrant de Rouen, qui y est représenté tenant en main un cheval fougueux (Zurich, Kunsthaus). Boilly et Debucourt peignirent chacun une enseigne pour la maison d'alimentation Corcellet, au Palais-Royal. L'une et l'autre représentent un gourmand attablé. La première est sans doute celle que l'on voit encore dans la boutique, la seconde, en forme de lunette et qui était placée au-dessus de la devanture, est sans doute celle dont la maison Corcellet fit don au musée Carnavalet.

Le musée de Nyon (Suisse) conserve l'enseigne peinte par Gustave Courbet pour une auberge de cette ville et qui représente une nature morte dans l'esprit de Chardin. On pourrait citer encore les Deux Pierrots du dessinateur Gavarni, connu par la gravure, et beaucoup d'autres enseignes peintes par Champmartin, Horace Vernet, Detaille, Willette. Les natures mortes en hauteur que peignit Diaz sur les deux côtés de la devanture d'une boutique de primeurs sont bien des enseignes, heureusement conservées dans une coll. part. L'enseigne peinte n'est donc pas, en elle-même, un genre inférieur, et, à l'occasion, de grands artistes ont pu l'élever au premier rang de l'art. Il est possible d'ailleurs que certains œuvres présentées comme des tableaux de chevalet ne soient que des enseignes détournées de leur rôle décoratif et utilitaire.