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les Vernet

Joseph Vernet, le Port de Bordeaux
Joseph Vernet, le Port de Bordeaux

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Famille de peintres français.

Claude Joseph (Avignon 1714  – Paris 1789). Élève à Aix de Jacques Viali, il partit très tôt pour l'Italie grâce à la protection du comte de Quinson, s'attarda à Rome, où il connut Manglard et où il fut élève de Pannini et de Locatelli. Il fit de nombreuses études d'après nature, dans le vallon de Tivoli, auprès des bords du Tibre ou encore à Naples. C'est de cette première période que datent la Villa Ludovisi de l'Ermitage, la Vigne Pamphili (1749) du musée Pouchkine de Moscou ainsi que le Ponte Rotto et la Vue du pont et du château Saint-Ange (1745, Louvre), dont la précision et la poésie montrent combien l'artiste jeune avait étudié Le Lorrain. Mentionnons aussi les deux lumineuses Vue du golfe de Naples (1748) du Louvre.

Vernet jouissait déjà d'un grand crédit en France (ses tableaux furent très admirés au Salon de 1750) lorsqu'il fut reçu à l'Académie en 1753 (Soleil couchant sur la mer, jadis au château de Saint-Cloud, non retrouvé) : Marigny lui commanda aussitôt la série des Ports de France (15 tableaux appartenant au Louvre, qui en mit 13 en dépôt au musée de la Marine à Paris). Dans cet ensemble, qui reste le principal témoignage de l'activité de l'artiste, on sent une évolution : dans une première phase, l'observation directe rappelle les études de Rome, mais déjà Vernet ajoute quantité de personnages dont le détail le retient autant que les harmonies colorées de la perspective aérienne (vues des ports de Marseille, 1754, et de Toulon, 1756, Louvre). Une brève période charnière correspond à la description très séduisante de la vie des ports au milieu des contrastes sombres et dorés des éléments (La Rochelle, 1763, Paris, musée de la Marine) ; Vernet en arrive enfin à donner une importance peut-être trop grande aux accessoires, affaiblissant l'ensemble de la composition (Dieppe, 1765, musée de la Marine). La série, rapidement célèbre, fut gravée par Cochin et Le Bas à partir de 1760.

Passant la fin de sa vie à Paris, ne se rendant guère qu'à Saint-Cloud ou à Sceaux pour admirer les jardins d'Hubert Robert, Vernet travailla de mémoire, exécutant ses paysages trop souvent d'après des recettes, ayant recours au pittoresque pour cacher l'insuffisance de son inspiration (Baigneurs et baigneuses à l'entrée d'une grotte marine, 1787, musée de Strasbourg), et reçut quelques commandes (les Heures du jour, peintes pour Choisy, Louvre). À la sensibilité exquise des œuvres italiennes, à l'habileté des Ports, au métier brillant de quelques paysages (la Bergère des Alpes, 1763, château de Compiègne) succède une froideur qui ne retient plus guère, malgré l'enthousiasme d'un Diderot. À la veille de l'avènement du Romantisme, l'œuvre de Vernet reste cependant l'un des meilleurs témoignages des recherches des paysagistes français et sera imité par de nombreux petits maîtres (Lacroix de Marseille, Jean-François Hue, Pierre-Jacques Volaire, Henry d'Arles), qui reprendront à leur compte ses effets préromantiques de jeux de lumière et d'eau.

Antoine Charles Horace, dit Carle (Bordeaux 1758 – Paris 1836) , fils du précédent et de Virginie Parker, élève de son père et de Lépicié, fut pensionnaire au palais Mancini (1782-83) et, avec le Triomphe de Paul Émile (1789, Metropolitan Museum), agréé à l'Académie royale de Paris, où il exposa à partir de 1789. Introduit dans le faubourg Saint-Germain, excellent cavalier, il fut le peintre des chevaux et des chasses et exécuta les portraits équestres des princes : le Duc d'Orléans et le duc de Chartres (1788, Chantilly, musée Condé), le comte d'Artois, le duc de Berry (Chasse au daim pour la Saint-Hubert, en 1818, dans les bois de Meudon, 1827, Louvre). Il peignit aussi les batailles : Marengo (an XII), Austerlitz (1808), le Bombardement de Madrid (1810), la Prise de Pampelune (1824, Versailles), et, aux chevaux montés, il ajouta les chevaux libres avec la Course des barbes (1826, musée d'Avignon).

Horace (Paris 1789 – id. 1863). Peintre et lithographe, petit-fils et fils des précédents, il reçoit une solide instruction au collège des Quatre-Nations avant de devenir élève de son père. Il se spécialise dès ses débuts dans les tableaux militaires et la représentation des chevaux, dont l'attrait le rapproche de Géricault, avec qui il travaille quelque temps. Il apparaît au Salon de 1812 avec 2 scènes d'Intérieur d'écurie et la Prise de Glatz, qui lui valent une médaille d'or. Ce succès précoce annonce déjà sa réussite d'artiste habile, voué principalement à l'illustration des faits d'armes de la France, et sa carrière d'homme, diplomate et cultivé, favorisé par le pouvoir (il est décoré de la Légion d'honneur à vingt-cinq ans par Napoléon Ier) et également prisé par les gouvernements successifs. Sous la Restauration, il est chargé de peindre un plafond dans le nouveau musée du Louvre de Charles X, Jules II ordonnant les travaux du Vatican (1827, salle des Antiquités égyptiennes), et un autre plafond au Conseil d'État. Mais ses plus importantes commandes lui viennent de Louis-Philippe, après 1835. Horace est un des principaux artisans du Musée historique créé par le roi au château de Versailles, par l'envoi de toiles qui, comptant parmi les plus vastes et les plus populaires de la peinture française, montrent des batailles du premier Empire (Iéna et Friedland, 1836 ; Wagram, 1837), des combats contemporains (Attaque de la citadelle d'Anvers en 1832, 1840), mais surtout ceux de la campagne d'Algérie (le Siège de Constantine, 1839 ; la célèbre Prise de la smalah d'Abd el-Kader, 1845). Par ces immenses compositions épiques traitées dans un style de juste milieu, cher à la monarchie de Juillet, il nous émeut moins que dans des peintures de genre représentatives de la pensée romantique, inspirées par l'histoire, la Bible ou la légende, que la gravure a largement divulguées, comme Mazeppa (1827, musée d'Avignon), Judith et Holopherne (1830, musée de Pau), la Ballade de Lénore (1840, musée de Nantes). Il s'inscrit avec celles-ci parmi les meilleurs petits maîtres de son temps. Il laisse, en outre, un œuvre considérable de portraitiste (J. B. Isabey, 1828, Louvre ; sa fille Louise Vernet, future épouse de Paul Delaroche, 1831, id. ; Thorvaldsen, 1835, Copenhague, musée Thorvaldsen) ; il est aussi paysagiste. Une part importante des commandes reçues de l'État disparaît dans les incendies du château de Saint-Cloud et du Palais-Royal pendant la Commune (plus de trente peintures). Parallèlement à sa carrière de peintre officiel et mondain, Horace poursuit une carrière administrative et diplomatique. Successeur de Guérin et prédécesseur d'Ingres, il dirige l'Académie de France à Rome de 1825 à 1835 ; homme de cour, aimable et persuasif, il est chargé de missions secrètes en Russie en 1836 et en 1842.