En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Michiel Sweerts

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre flamand (Bruxelles 1624  – Goa, Inde, 1664).

Ni tout à fait flamand ni vraiment néerlandais, c'est avant tout un " Romain ", un représentant typique de ces milieux d'artistes originaires du Nord si actifs dans la Rome du xviie s. et relevant, pour la plupart, du courant réaliste des Bamboccianti. Ainsi le nom de Sweerts apparaît-il dès 1646 comme membre associé de l'Académie de Saint-Luc à Rome et, régulièrement de 1646 à 1651, dans les archives de S. Maria del Popolo comme habitant la fameuse Via Margutta. Le peintre dut quitter cependant l'Italie (après 1654 ?), car, en 1656, on lui proposa de diriger à Bruxelles une école de dessin, ce qu'il semble avoir accepté, et, en 1659, il est reçu à la gilde des peintres de la ville, à laquelle il livre un Autoportrait en 1660 (mais il existe de lui un Autoportrait plus jeune aux Offices). L'année suivante, il rencontre à Amsterdam des lazaristes français alors qu'il mène une vie très religieuse, un peu exaltée — " il ne mange pas de viande, jeûne tous les jours et donne tous ses biens aux pauvres ", témoignage contemporain — et se propose d'entrer aux Missions étrangères. Il rejoint Mgr Pallu à Paris en novembre 1661 et part avec lui de Marseille en janvier 1662, en qualité de frère lai. Dès juillet 1662 cependant, dans une lettre écrite de Tabrīz (Perse), Pallu se plaint de l'humeur de Sweerts, qui se dispute avec ses compagnons de voyage et ne lui semble pas avoir sa place dans cette entreprise missionnaire. Après une brouille devenue inévitable, Sweerts se rend chez les jésuites de Goa, justement très hostiles à Pallu. On ignore la cause de sa mort. Il faut noter que Sweerts ne semble pas avoir cessé de peindre durant ses années de mission.

Sa première formation reste inconnue, car ses plus anciennes œuvres datent déjà de la période italienne (Soldats jouant aux dés, 1645 ou 1649, Louvre ; Dessinateurs, Rotterdam, B. V. B.) et ne font qu'attester une parfaite connaissance du genre de Pieter Van Laer et, dans une moindre mesure, de Cerquozzi et de Miel, peintres actifs à Rome avant l'arrivée de Sweerts. Les thèmes et la manière de ce dernier n'évoluent guère, sauf dans une tardive période bruxello-hollandaise : les sujets favoris sont des leçons de dessin de jeunes artistes devant les antiques, qui semblent justifier à l'avance l'activité de Sweerts à Bruxelles à la tête d'une académie (Rijksmuseum ; Rotterdam, B. V. B. ; Detroit, Inst. of Arts ; Haarlem, musée Frans Hals), des scènes de jeux dans des tripots (Louvre ; Rijksmuseum ; Madrid, fondation Thyssen-Bornemisza), des types populaires italiens traités dans un réalisme plein de gravité et annonçant le Corot des figures italiennes (Mendiant et Fileuse, Rome, Gal. Capitoline ; Belle à sa toilette, Vieux Buveurs, Rome, Académie de Saint-Luc ; Fileuse, musée de Gouda ; Mère épouillant son enfant, musée de Strasbourg). Citons encore quelques grandes scènes collectives, comme la suite des Cinq Œuvres de miséricorde au Rijksmuseum (qui datent précisément des années où l'artiste partit en mission) et surtout ces compositions ambitieuses et étranges que sont les Baigneurs du musée de Strasbourg, les Lutteurs du musée de Karlsruhe, la Peste d'Athènes, longtemps prise pour un Poussin (autref. dans la coll. Cook à Richmond), qui sont peut-être à mettre en relation avec des projets classicisants nourris pendant la période bruxelloise de l'Académie.

L'originalité de Sweerts, mis à part ces exceptionnels grands tableaux, réside dans l'utilisation d'un clair-obscur profond et de couleurs assourdies et subtilement accordées, notamment un bleu froid et des variations fort distinguées de bruns et de gris, qui renforcent, de la manière la plus efficace, ce réalisme à la fois désuet, grave et empreint de tristesse qui est si caractéristique de Michael Sweerts et d'où émane une très prenante poésie. L'artiste est, avec La Tour, Le Nain et Caravage, l'un des grands bénéficiaires du retour en faveur des Peintres de la réalité, si marquant depuis un demi-siècle.

Dans sa dernière période, renonçant à ces sujets italiens, Sweerts accentue encore sa perfection technique dans des petites têtes d'enfants souvent en pendants (Stuttgart, Staatsgal. ; Rotterdam, B. V. B.) et de ravissantes scènes de genre (musée de Lübeck, Louvre) qui le ramènent à la meilleure tradition de la peinture " fine " hollandaise et qui lui valent, par une sorte de minutie et de délicatesse glacée, de se situer entre un Dujardin (que rappellent les étonnants portraits grisâtres de l'Allen Memorial Museum d'Oberlin et du Rijksmuseum) et un Ter Borch (à qui était jadis attribuée l'Entremetteuse et le jeune homme, du Louvre), somme toute non loin d'un Vermeer par la pureté presque cristalline du coloris, en tons rares et particulièrement recherchés.