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Bernardo Strozzi

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre italien (Gênes 1581  – Venise 1644).

Il eut pour maître Pietro Sorri, maniériste siennois (à Gênes de 1596 à 1597), avant d'entrer dans l'ordre capucin en 1598. Il produisit alors de petits tableaux de dévotion, mais sa carrière ne commença vraiment qu'après 1610, lorsqu'il fut autorisé à sortir du couvent pour aider sa mère veuve et pratiquer son art. On sait qu'il décora à fresque le palais des marquis Centurione à San Pier d'Arena (1623-1625) et qu'il exécuta en 1629 le tableau d'autel (la Vierge et l'Enfant avec saint Laurent, saint Jean et des anges) de l'église des Sourds-et-Muets à Gênes. Mais, lorsque sa mère mourut, en 1630, et qu'il refusa de reprendre la vie conventuelle, il fut emprisonné (selon la tradition), et ensuite il s'expatria à Venise, où il resta jusqu'à sa mort. C'est entre 1610 et 1630 que se forme son style puissant et original. Strozzi se révèle au départ un peintre peu enclin au réalisme, d'obédience maniériste, sous l'ascendant de Paggi, mais surtout de Baroche, présent à Gênes par sa Crucifixion (1596, église S. Lorenzo). Ses œuvres de jeunesse (Sainte Catherine, Hartford, Wadsworth Atheneum ; le Christ mort, Gênes, Accad. Ligustica ; Violoniste, Gênes, Gal. di Palazzo Bianco) montrent des drapés angulaires, des couleurs acides, un côté irréel et abstrait. Mais, peu à peu, à partir de 1615, ce style fait place à un plus grand naturalisme sous la pression de plusieurs influences conjuguées : celle, prédominante à Gênes, des petits maîtres flamands (les frères Van Wael, J. Roos), bien visible dans l'Adoration des bergers (Baltimore, W. A. G.) et dans la Cuisinière (Gênes, Gal. di Palazzo Rosso), proche de celles d'Aertsen et de Beuckelaer ; l'influence lombarde, forte à Gênes autour de 1618 du fait de la présence de Giulio Cesare Procaccini (qui peignit la Cène pour l'église S. Annunziata). Il est possible aussi que l'apparition de O. Gentileschi à Gênes en 1621 (Annonciation de l'église S. Siro) ait été pour quelque chose dans l'intérêt croissant de Strozzi pour les jeux de lumière et d'ombre dont témoignent les 3 tableaux de l'église S. Annunziata del Vastato à Gênes (la Cène à Emmaüs ; le Reniement de saint Pierre ; Joseph expliquant son songe). Mais c'est surtout grâce à Rubens et à son Miracle de saint Ignace (1620, Gênes, église S. Ambrogio) ainsi qu'à Van Dyck (à Gênes de 1621 à 1627) qu'il sut fondre ces divers éléments stylistiques en une manière dense et libre : sa palette alors s'éclaircit, ses couleurs deviennent chaudes et flamboyantes ; son coup de pinceau, vibrant et chaleureux, anime la pâte picturale avec un brio inimitable. Ce style de maturité, qu'il développera par la suite à Venise, est visible dans le " bozzetto " du Paradis (Gênes, Accad. Ligustica), fresque qu'il exécuta en 1625 pour l'église S. Domenico à Gênes (détruite), dans Joseph expliquant son songe (Gênes, coll. Pallavicini) et dans le Retable des Sourds-et-Muets (1629), œuvres pleines d'atmosphère, d'un coloris intense, révélatrices de l'influence rénovatrice que Strozzi eut sur la peinture génoise et notamment sur celle de Giovanni Andrea de Ferrari.

Il faut encore citer, parmi ses créations génoises les plus importantes, les fresques à sujets romains du palais Centurione di Carpineto à San Pier d'Arena et une belle série de portraits (Turin, Gal. Sabauda ; Brera ; Gênes, Gal. Durazzo Giustiniani et G. N. di Palazzo Spinola).

À Venise (1630-1644), la vision des œuvres de Véronèse (dont s'inspirent le Repas chez Simon de l'Accademia et l'Enlèvement d'Europe du musée de Poznań), mais aussi de contemporains tels que Fetti et Liss, le confirma dans l'orientation, prise à Gênes, vers un chatoiement de couleurs et une touche liquide. Mais, tandis que Fetti et Liss travaillaient dans la " petite manière ", pour les particuliers, Strozzi reçut de grandes commandes publiques. Il fut un des premiers portraitistes de Venise et laissa sa marque sur le style officiel de cette ville : il décora la voûte de la bibliothèque Marciana (Allégorie de la Sculpture, 1635) et exécuta le portrait du Doge Francesco Erizzo (1631, Vienne, K. M.). Strozzi fut un des rares peintres à savoir continuer la tradition du xvie s. vénitien en la transformant en un idiome baroque. Le Martyre de saint Sébastien (Venise, S. Benedetto), Saint Laurent distribuant des aumônes (Venise, S. Niccolò dei Tolentini) évoquent Titien et Véronèse, mais aussi Ribera et Rubens. On peut citer parmi les compositions vénitiennes les plus réussies de Strozzi : Minerve (musée de Cleveland), la Parabole des invités aux noces (Offices), l'Allégorie de la Renommée (Londres, N. G.) et parmi les portraits ceux qui sont conservés à Washington (N. G.), à Toulouse, au musée Correr et au palais Barbaro Curtis de Venise.

Strozzi fut le troisième du trio d'artistes étrangers qui régénéra la peinture à Venise ; il apporta cette liberté d'esprit qui manquait aux artistes vénitiens, paralysés par le souvenir de la tradition du xvie s., et sa leçon fut utile à la démarche de Maffei, qui connut Strozzi au cours d'un séjour à Venise (1638-1640). Il fut aussi un grand dessinateur (exemples à Gênes, Palazzo Rosso), et l'on retrouve dans le domaine graphique la complexité de sa formation. L'œuvre peint de Strozzi est abondant (environ 500 tableaux) et représenté dans la plupart des musées européens et des États-Unis. Parmi les compositions souvent répétées par l'artiste, on peut citer : Saint François (Dayton, Ohio, Art Inst., et Gênes, Gal. di Palazzo Bianco), la Charité (Gênes, Gal. di Palazzo Rosso), la Madone à la bouillie (musée de Chalon-sur-Saône), les " Pifferai " (San Francisco, M. H. de Young Memorial Museum), Sainte Cécile, la Charité de saint Laurent (Saint Louis, Missouri, City Art Gal.), la Vieille au miroir (Moscou, musée Pouchkine), le Tribut (musée de Budapest), le Repas à Emmaüs (musée de Grenoble), la Guérison de Tobie (Metropolitan Museum et Ermitage), les Parques (Ermitage), David (musée de Cincinnati), Concert à deux personnages (Hampton Court). Strozzi est aussi représenté au musée du Louvre : la Madone de la Justice ; Portrait de jeune homme ; la Sainte Famille. Une importante rétrospective lui a été consacrée (Gênes) en 1995.