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Nicolas de Staël

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre français d'origine russe (Saint-Pétersbourg 1914  – Antibes 1955).

Fils du baron balte Vladimir Ivanovitch de Staël-Holstein, major général de l'armée du tsar et vice-gouverneur de la forteresse Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg, le jeune Nicolas émigre en 1919 avec sa famille en Pologne, à Ostrow. À la suite du décès de son père (1921), puis de sa mère (1922), il est recueilli à Bruxelles par un industriel d'origine russe, M. Fricero. Après de solides études classiques, il étudie de 1932 à 1936 le dessin et la peinture à l'Académie de Saint-Gilles et à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. À la même époque, il parcourt la Hollande, où il admire les œuvres de Rembrandt, de P. Koninck, de H. Seghers principalement, et fait un premier voyage dans le midi de la France. Au retour, il visite le Louvre et découvre aussi Cézanne, Matisse, Braque, Soutine, qui resteront pour lui de grands exemples. Rentré à Bruxelles, il travaille comme assistant de peintres décorateurs. Pendant l'été de 1935, il visite l'Espagne. En juin 1936, il se rend au Maroc, où il séjourne jusqu'en août 1937, dessinant et peignant d'après nature avec acharnement. C'est là qu'il rencontre une jeune femme peintre, Jeannine Guillou, qui devient sa compagne. Ils partent ensemble pour l'Algérie, puis pour l'Italie et gagnent enfin Paris au mois de mai 1938. Malgré de grandes difficultés matérielles, l'un et l'autre continuent à peindre. De Staël fait au Louvre des copies de Chardin et de Delacroix. À la déclaration de guerre, il s'engage dans la Légion étrangère et est envoyé en Tunisie. Démobilisé en septembre 1940, il s'installe à Nice. Sa fille Anne naît en 1942 et, pour subvenir aux besoins de sa famille, de Staël exerce différents métiers tout en continuant à peindre des natures mortes et des Portraits de Jeannine (1941-1942). Il fréquente aussi quelques artistes surréalistes et abstraits, participe à des discussions et remet en question le bien-fondé de sa démarche figurative : " Peu à peu je me suis senti gêné de peindre un objet ressemblant. " Il commence par confier à la libre invention du trait l'organisation spatiale de ses nouvelles peintures. De ce moment date le véritable début de son œuvre, dont, par un travail épuisant et tourmenté, il ne cessera plus d'assurer le plein accomplissement. De retour à Paris en septembre 1943, de Staël s'installe d'abord, grâce à l'appui de Jeanne Bucher, dans un hôtel particulier désaffecté, 54, rue Nollet. Au mois d'avril 1944, il participe aux côtés de Kandinsky, de Magnelli et de Domela, à une exposition de " peintures abstraites " organisée, malgré l'Occupation, par la petite galerie l'Esquisse, quai des Orfèvres, qui présente le mois suivant sa première exposition particulière. Déjà lié d'amitié avec Braque, il rencontre, lors de son exposition à la gal. Jeanne Bucher en 1944, le peintre Lanskoy, russe comme lui, qui deviendra un ami fidèle et dévoué. Engagé dans les mêmes recherches, Lanskoy lui confirme que les qualités picturales qu'il admire tant chez Braque ne sont pas incompatibles avec l'Abstraction, à condition de ne pas perdre le contact avec le réel. C'était certainement l'idée intuitive de De Staël, qui ne se départira jamais de cette ligne de conduite et sera amené finalement à se rapprocher de la nature. Ayant dû quitter la rue Nollet, de Staël vient s'installer à Montparnasse dans une mansarde de la rue Campagne-Première, puis dans un petit atelier du boulevard Montparnasse, où il habitera jusqu'en 1947. Peu à peu, les amateurs commencent à s'intéresser à son travail, ainsi que les galeries : le collectionneur Jean Bauret l'encourage en lui achetant des toiles, et, en octobre 1946, le marchand Louis Carré lui signe un contrat. Mais, le 27 février, Jeannine meurt, épuisée par la maladie et les privations, laissant son mari dans un profond désarroi. De Staël voyage en Savoie, sur la côte méditerranéenne, et rencontre Françoise Chapoutou, qu'il épouse le 22 mai et dont il aura trois enfants. Au début de l'année 1947, il s'installe rue Gauguet dans un grand atelier proche de celui de Braque et où il peut exécuter des toiles de très grandes dimensions. Un marchand américain, Theodore Schempp, qui habite le même immeuble, l'introduira aux États-Unis, tandis qu'à Paris l'expert Jacques Dubourg se fait le défenseur de sa peinture. En avril 1948, de Staël obtient la nationalité française.

Sa première période " abstraite " se caractérise par une expression subjective d'une extrême tension et d'une rare violence dans un enchevêtrement de traits brisés et contrariés dont la superposition provoque de solides empâtements (la Vie dure, 1946, Paris, M. N. A. M.). À partir de 1949, les structures s'élargissent, en même temps que les contrastes du clair-obscur font place à des harmonies plus lumineuses et plus colorées, réparties en plages calmes mais fermement articulées et le plus souvent maçonnées au couteau à peindre ou à la spatule, quand ce n'est pas par toute la largeur d'une planche dans les toiles de grands formats (Composition, 1950, Londres, Tate Gal. ; la Rue Gauguet, 1949, Boston, M. F. A.). Par la suite, de Staël compose, à l'aide de petites touches juxtaposées en damier, des tableaux vibrants (la subjugante série des Compositions de 1951) et qui aboutissent aux Toits de Paris de janvier 1952 (Paris, M. N. A. M.), où la suggestion du motif est plus nette. Aussitôt après apparaissent les bouteilles, les pommes, les paysages sommaires en larges touches horizontales qui avouent son intention de toujours appréhender et assumer le réel sans sacrifier pour autant la liberté de la conception. Progressivement, les stimulations provoquées par la nature allaient s'affirmer, mais sans aboutir à une soumission littérale. Il s'agissait surtout, pour de Staël, de faire coïncider le plus étroitement possible sa vie et l'acte de peindre. Sans interrompre son travail, de plus en plus acharné, il se consacre en 1951 avec la même passion à la gravure d'une série de 14 grands bois pour l'édition des Poèmes de René Char. Il conçoit les détails d'impression et de présentation de ce livre magistral, qui sera exposé en fin d'année à la gal. Jacques Dubourg. Plus tard, il ornera encore plusieurs autres livres, dont Ballets-Minute de Pierre Lecuire en 1954, avec 20 planches à l'eau-forte.

Au printemps de 1952, il reçoit un violent choc visuel et émotif devant le spectacle d'un match nocturne de football France-Suède au Parc des Princes, dont il s'inspirera pour de nombreuses petites études et de grands tableaux très mouvementés dans les formes et dans les couleurs (les Grands Footballeurs, 1952 Martigny, fondation Gianadda). À la même époque, il peint aussi quelques vases de Fleurs et réalise sur le motif des études de marines (côte normande : Honfleur, Dieppe) ou de ciels (la région parisienne : Mantes), cependant qu'à la suite des " footballeurs " il exécute de nouveau de grandes compositions (le Lavandou 1952, Paris, M. N. A. M. ; les Musiciens, 1953, id.), en souvenir d'un concert de Sydney Bechet, et le cortège des Bouteilles dans l'atelier. Dorénavant, il va voyager de plus en plus souvent dans le Midi (au Lavandou, à La Ciotat, en Italie et en Sicile) et multiplie les paysages élémentaires aux couleurs éclatantes, violentes impressions quasi instantanées (Agrigente, 1953, Zurich, Kunsthaus ; Port de Sicile, 1954, Ottawa, N. G.). Il revient aussi aux natures mortes, peint des coins d'atelier et traite des sujets nouveaux pour lui : nus féminins et quelques figures à cheval (Nu couché, 1954, Paris, coll. part. ; Cavalier rouge, 1954, id.). À ce moment se situe aussi sa tentative périlleuse d'alléger, de dématérialiser sa peinture en substituant aux coups de brosse et de truelle des lavis et des frottis, et en estompant les contours (Nu gris de dos, 1954 ; Coin d'atelier fond bleu, 1955 ; le Fort d'Antibes, 1955). La lumière du Midi le conduisit à rechercher la transparence dans les bateaux et marines en 1954 et 1955, mais il considérait lui-même que ce n'était là qu'une étape. À l'automne de 1953, il achète à la pointe du village fortifié de Ménerbes (Vaucluse) un vieux château du xviie s., le Castellet, puis, en septembre 1954, il s'installe seul à Antibes dans un atelier situé face à la mer. Là, l'épuisement physique et une crise de dépression le conduisent au suicide le 16 mars 1955. En moins d'une douzaine d'années, de Staël avait accompli une œuvre considérable. Au catalogue de ses peintures, paru en 1968, 1 059 toiles ont été recensées. Il faut y ajouter les innombrables dessins qui ont accompagné à chaque époque ses recherches picturales ainsi que ses gravures sur bois ou sur cuivre, ses lithos, ses collages. De son vivant, de Staël a relativement peu exposé. La première rétrospective a été organisée en 1956 à Paris (M. N. A. M.), et la seconde fut présentée successivement en 1965 et 1966 à Rotterdam (B. V. B.), à Zurich (Kunsthaus), puis aux États-Unis (Boston, M. F. A. ; Chicago, Art Inst. ; New York, Guggenheim Museum), en 1972 à la fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence et en 1981 au Grand Palais, Paris. Une nouvelle rétrospective a eu lieu en 1991 à Saint-Paul-de-Vence (fondation Maegth) et une à Martigny, Suisse (fondation Gianadda) en 1995. Ces manifestations posthumes ont confirmé, sur le plan international, la consécration de l'œuvre de celui qui fut le plus puissant créateur de sa génération dans l'école de Paris d'après guerre, sur laquelle il a exercé une forte influence. Sa dernière toile, inachevée, l'immense Concert, appartient au musée d'Antibes. De Staël est représenté par une remarquable série de peintures réunies par son ami Pierre Granville au musée de Dijon, au M. N. A. M. de Paris, au musée d'Antibes, à Oslo (Sonja Henie-Niels Onstad Foundations), à Zurich (Kunsthaus), à Londres (Tate Gal.) et surtout dans les musées américains : Chicago (Art Inst.), Minneapolis (Walker Art Center), Los Angeles (County Museum of Art), Cincinnati, Toledo, Milwaukee et Phillips Collection de Washington.