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Bartholomeus Spranger

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre flamand (Anvers 1546  – Prague 1611).

Élève de Jan Mandyn de 1557 à 1559, puis de Cornelis Van Dalem de 1560 à 1565, il reçoit donc une formation de paysagiste. En 1565, il part pour Rome en passant par Paris, Lyon, Milan et Parme, où il travaille dans l'atelier de Bernardino Gatti à la décoration de la coupole de l'église de la Madone della Steccata. Il réside principalement à Rome de 1566 à 1575, où il entre au service du cardinal Farnèse (qui l'emploie au décor de son château de Caprarola) et du pape Pie V. Il se rend probablement aussi à Venise, avant de quitter l'Italie pour aller à Vienne, où il entre au service de l'empereur Maximilien II. Au début de 1581, il est à Prague et, cette même année, il est nommé peintre de la cour de Rodolphe II. Bartholomeus Spranger épouse en 1582 la fille d'un bijoutier de Prague, Christine Müller. La faveur de l'empereur lui vaut d'être anobli en 1588 et lui permet d'effectuer un voyage " triomphal " à Dresde, à Cologne, à Amsterdam, à Haarlem et à Anvers (en partie avec Hans von Aachen) en 1602. L'artiste avait adopté la nationalité tchèque en 1593.

En tant que peintre de cour, Bartholomeus Spranger exécute essentiellement des compositions allégoriques ou mythologiques, dans lesquelles il s'affirme comme l'un des meilleurs représentants du Maniérisme international de la fin du xvie s.

Quelques paysages de jeunesse (Karlsruhe, Budapest), quelques peintures religieuses (les Trois Marie au Tombeau, Vienne, K. M. ; Déploration du Christ, Munich, Alte Pin. ; Adoration des mages, Londres, N. G.), un Autoportrait (Vienne, K. M.) révèlent par ailleurs des aptitudes très variées chez cet artiste fécond. Van Mander rapporte que celui-ci peignit une série de paysages à Rome, dont deux exemples, encore proches de C. Van Dalem, nous sont parvenus : Paysage montagneux avec un ermite lisant et Paysage montagneux avec un groupe de la charité (1569, musée de Karlsruhe). Un Paysage avec saint Georges tuant le dragon (musée de Budapest) paraît avoir été peint vers la fin de son séjour romain, sous l'influence de Giulio Clovio, sur les dessins duquel il avait travaillé quelques années auparavant (Conversion de saint Paul, Milan, Ambrosiana).

Deux compositions religieuses, peintes également à Rome, sont demeurées en Italie : Martyre de saint Jean l'Évangéliste (Rome, église S. Giovanni a Porta Latina), mentionné par Van Mander ; Jugement dernier (Turin, Gal. Sabauda), peint sur cuivre pour Pie V et inspiré d'une œuvre du même sujet de Fra Angelico (musées de Berlin). Mais c'est dans les tableaux exécutés à Prague pour Rodolphe II que s'affirme l'originalité de Spranger. Le choix de sujets mettant en présence les deux éléments du couple (Mars et Vénus, Vénus et Adonis, Vulcain et Maïa, Vienne, K. M.), les attitudes maniérées des figures, l'importance du nu créent une atmosphère d'un érotisme raffiné, qu'accentue un coloris étrange, où un vert, un orangé indécis tranchent à côté de teintes très nuancées de gris : ainsi dans l'Allégorie de la Justice (Louvre). Les compositions mythologiques révèlent un goût de l'artifice (notamment dans l'éclairage) et un souci manifeste de rejeter les claires ordonnances classiques (déséquilibre voulu entre les figures), d'où résulte un style composite qui associe le réalisme pittoresque de certains détails (armes, bijoux) à l'irréalisme de l'ensemble de la composition. Une grande fresque, Hermès et Athéna, peinte v. 1584 pour le château de Hradcany à Prague, atteste de la variété des talents de l'artiste.

Bartholomeus Spranger doit à sa formation flamande de réussir des petits tableaux de cabinet, peints sur cuivre (Hercule et Omphale, Vulcain et Maïa, Vienne, K. M.), dont les couleurs ont l'éclat et la préciosité des émaux. Son goût du détail pittoresque et raffiné s'affirme surtout dans ses premières œuvres pragoises : casques, boucliers, glaives richement décorés, meubles sculptés, bijoux et pièces d'orfèvrerie (Mars et Vénus, Ulysse et Circé, Vienne, K. M.). De la même époque date Hercule et Déjanire (id.), peinture d'un violent sensualisme, où le cadavre du centaure Nessus, vu dans un raccourci saisissant, gît au pied des deux époux enlacés.

L'un des tableaux les plus étranges de Spranger, l'Amour et Psyché (musée d'Oldenbourg), doit être un peu plus tardif : l'artiste y a peint, en grisaille, un riche décor de façade sculptée encadrant une fenêtre où se déroule la scène principale, réduite ainsi à une faible portion de la toile, mais l'œil est malgré tout attiré par l'extraordinaire arabesque des deux figures que sont Psyché et l'Amour, que Psyché tente de retenir et qui s'envole.

Dans ces nombreuses compositions mythologiques, souvent tirées des Métamorphoses d'Ovide, les formes sveltes, les visages allongés (Sine Cerere et Baccho friget Venus, 1590, musée de Graz ; Vengeance de Vénus, musée de Troyes) semblent faire place peu à peu à des formes plus épanouies, particulièrement dans les plantureux nus féminins, que l'artiste place volontiers au premier plan (Glaucus et Scylla, Vénus et Adonis, Hermaphrodite et Salmacis, Vienne, K. M.) ; Suzanne et les vieillards (château de Schleissheim) est un parfait exemple de cette évolution : le corps nu de Suzanne, rejeté en arrière dans un mouvement de recul, occupe à lui seul presque la moitié de la toile, dont l'artiste a supprimé tout détail pittoresque. Quant à la Vanité du château Wavel à Cracovie, elle n'est que le prétexte à une belle étude de nu d'enfant, le sujet n'étant indiqué que par la présence d'un crâne et d'un sablier.

Les rares tableaux religieux reflètent la prédilection de l'artiste pour les nus aux lignes ondoyantes (Déploration du Christ, Munich, Alte Pin.) et son goût du pittoresque (Adoration des mages, Londres, N. G.).

Dessinateur très habile, Spranger est l'auteur d'études à la pierre noire ou à la plume d'une exécution large et nerveuse, telles que Pégase (Brunswick, Herzog Anton Ulrich-Museum), Jupiter, Mars, Vulcain et Pluton (Windsor Castle). Sainte Madeleine (musée de Besançon) et Judith donnant à une servante la tête d'Holopherne (Louvre), dessins à la plume rehaussés de lavis et de gouache blanche, comptent parmi ses meilleures feuilles et révèlent une fougue que n'ont pas ses peintures. Dès les années 1580, son œuvre est diffusée par les gravures de Sadeler, puis de Goltzius. Spranger exerce ainsi une grande influence sur l'Académie de Haarlem (Goltzius, C. Van Haarlem, Wtewael, Bloemaert, Van Mander) et entretient des liens étroits avec le cercle de F. Sustris à Munich. La fondation d'une académie à Prague, avec les peintres allemands Heintz et Aachen, a également contribué à répandre le goût du Maniérisme élégant et précieux à travers l'Europe.