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Chaïm Soutine

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre français d'origine lituanienne (Smilovitchi, près de Minsk, 1893  – Paris 1943).

Fils d'un humble ravaudeur juif, il passe son enfance dans un milieu déshérité. En 1907, lors d'un séjour à Minsk, il fait la connaissance de Kikoïne et s'initie au dessin. Trois ans plus tard, il est à l'école des beaux-arts de Vilna et se lie avec Krémègne ; celui-ci le précède à Paris, où il arrive en 1913 et gagne Montparnasse. Soutine habite d'abord la Ruche, puis cité Falguière chez le sculpteur Mietschaninoff, rencontre Lipchitz et, par lui, Modigliani. Il passe aux Beaux-Arts dans l'atelier de Cormon, mais fréquente surtout le Louvre. Rembrandt, Chardin, Fouquet, Cézanne, Courbet l'attirent, tandis qu'une certaine analogie entre leurs destins lui fera toujours obstinément refuser Van Gogh. Ses premiers tableaux (vues de la cité Falguière, 1914 ; natures mortes) témoignent d'un réalisme à peine transposé et sont exécutés dans une technique encore malhabile (les Fourchettes, v. 1916), mais il se libère rapidement, éclaircit sa palette, y introduit dès 1917-18 des rouges magnifiques, un peu plus tard les bleu-vert et les blancs (Autoportrait, 1918).

Sa carrière admet à peine la notion d'évolution. Soutine fut un peu marqué à ses débuts par Chagall (la Nurse, v. 1916, Los Angeles, County Museum of Art), davantage par Modigliani, influence que l'on décèle çà et là dans les portraits à une insolite et relative retenue de la main (Maria Lani, 1929, New York, M. O. M. A. ; Mme Castaing, 1928). L'esthétique de Soutine est dominée par la culture hébraïque du shtetl, où dominent sentiment, émotion et expression. En revanche, le peintre accorde le plus grand soin au choix du modèle (d'où naissent les séries quand la rencontre est satisfaisante) comme au détail matériel de l'exécution (pinceaux ne servant qu'une fois). Modigliani le recommande à Zborowski, et c'est à son instigation qu'il se rend dans le Midi, à Cagnes et à Vence (1918), à Céret (1919), à Cagnes de nouveau après être revenu à Paris en 1922. Au cours de cette période importante (1922-1924), des échecs sans rémission voisinent avec des chefs-d'œuvre dont les caractères se retrouvent dans le paysage (ils l'emportent à Cagnes et à Céret), la nature morte ou la figure : de tumultueux lacis de couleurs, où l'empâtement alterne avec une écriture plus fluide, restituent le motif avec une authenticité viscérale et peuvent atteindre un effet parfaitement gestuel. Soutine renia ensuite cette production, que découvrit Barnes à Paris en 1923 et dont il acheta une grande partie, décision qui attira soudain l'attention sur le peintre. Ce dernier occupe à partir de 1925 divers ateliers à Paris, séjourne dans l'Indre, en Provence, à Châtelguyon, où il rencontre (1928) Madeleine et Marcel Castaing, qui deviennent ses amateurs les plus fidèles, puis à Bordeaux chez Élie Faure, qui inaugure la bibliographie soutinienne (1929). En 1927, Henri Bing organise la première exposition d'ensemble de ses tableaux. Entre 1923 et 1930 env., plusieurs thèmes connaissent des versions successives et se distinguent par une tonalité dominante : le blanc pour les Pâtissiers (Paris, musée de l'Orangerie), le blanc et le rouge pour les Enfants de chœur (id.), le rouge dominateur pour les Chasseurs (Paris, M.N.A.M.) et les trois interprétations du Bœuf écorché (1925, Amsterdam, Buffalo, Grenoble) d'après celui de Rembrandt ; le bleu et le vert sont réservés aux natures mortes, aux dindons et aux canards, les ocres et les roses aux raies (musée de Cleveland). Une affinité spontanée pour les êtres en état d'infériorité physique et sociale rend compte du choix des personnages de l'artiste (Déchéance, 1920-21, musée d'Avignon), qui a laissé aussi des portraits d'enfants d'une poignante vérité.

Après 1930, hébergé l'été à Lèves (près de Chartres) chez les Castaing, Soutine connaît un moment de calme et s'inspire de Courbet dans des études d'animaux (l'Âne, 1934, Paris, coll. part.). Entre 1935 et 1939, il peint souvent aux environs d'Auxerre (Jour de vent à Auxerre, 1939, Washington, Phillips Coll.) et demeure pendant la guerre à Champigny-sur-Veuldre. Sous la pression des événements, son anxiété naturelle reprit vite le dessus. Ses derniers paysages renouent avec le lyrisme dramatique de Céret et comptent parmi ses plus belles pages. Les études de femmes et d'enfants sont également nombreuses, reprises de Rembrandt (Femme entrant dans l'eau, 1931), de Courbet ou avouant un sentiment champêtre assez inattendu chez lui (Deux Enfants assis sur un tronc d'arbre, 1939). Sa vie sentimentale discrète, cachée, explique le nu unique, pudique et effaré, de 1933. Soutine a laissé très peu de dessins, études de visage dont une ligne mouvante et discontinue impose une image à la fois fuyante et précise, saisie au cœur d'une frémissante tension. Atteint d'un ulcère à l'estomac, il mourut au cours de son transport à Paris pour y être opéré. Sa conception du vivant et son exploitation de la matière sont apparues sous un jour nouveau lors du développement de l'Expressionnisme des États-Unis, dont les protagonistes se sont fortement intéressés à son œuvre. Il est représenté dans les musées d'Europe et d'Amérique (Merion, fondation Barnes) et au musée de l'Orangerie (Paris), dans d'importantes coll. part.