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Jan Van Scorel

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre néerlandais (Schoorl ou Scorel, près d'Alkmaar, 1495  – Utrecht 1562).

Van Mander nous apprend qu'il est né à Schoorl et qu'il étudia jusqu'à l'âge de quatorze ans à Alkmaar. Il fit son apprentissage chez Cornelis Willemsz à Haarlem, puis chez Jacob Cornelisz Van Oostsanen et son frère Cornelis Buys à Amsterdam. Entre 1515 et 1518, il se rendit chez Gossaert à Utrecht, où il demeura très peu de temps, séjourna à Cologne, à Spire, à Strasbourg, à Bâle et à Nuremberg, où, selon Van Mander, il aurait rencontré Dürer. C'est à cette époque (1519) qu'il exécuta en Carinthie le Retable d'Overvellach (conservé dans la Pfarrkirche) pour le comte Frangipani. Puis il continua son voyage et arriva à Venise, où les œuvres de Giorgione et de Palma Vecchio, entre autres, l'influencèrent. Il peignit alors une série de portraits d'Italiens (Stuttgart, Staatsgal. ; Paris, Louvre, 1521 ; Vaduz, coll. Liechtenstein ; Padoue, Museo Civico, 1521 ; Oldenburg) sur fond clair, de ciel ou de paysage, à la mise en page dynamique et au modelé ferme, montrant des affinités avec Licinio, Pordenone, Lotto. Deux petits tableaux religieux (Tobie et l'Ange, 1521, Düsseldorf ; Saint François stigmatisé, Florence, Palais Pitti) et la Cléopâtre mourant (Rijksmuseum) témoignent à coup sûr de ses premiers contacts avec l'Italie, Venise en l'occurrence. De Venise, il s'embarqua pour la Terre sainte, visita Jérusalem, où il exécuta de nombreux croquis (Londres, British Museum), et revint par Chypre et Rhodes. En 1522, après une halte à Venise, Scorel partit pour Rome, où son compatriote utrechtois, Adriaan Florisz Boeyens, venait d'être élu pape sous le nom d'Adrien VI et lui confia la charge des antiques du Belvédère. De cette période romaine, on ne conserve, outre des dessins, que le Portrait d'Adrien VI (université de Louvain). Il resta à Rome jusqu'en 1524, y admira les œuvres de Raphaël et de Michel-Ange, et fit entre-temps un séjour à Utrecht (1523), comme le prouve une récente découverte d'archives. En 1524, il rentra à Utrecht, où il demeura pratiquement jusqu'à sa mort, en dehors de trois années passées à Haarlem (1527-1530) et au cours desquelles Martin Van Heemskerck se forma auprès de lui, et de quelques séjours à Breda liés à des commandes ponctuelles. Son pèlerinage en Terre sainte avait introduit Scorel dans le milieu ecclésiastique d'Utrecht. Dès 1525, il devint vicaire de Saint-Jean ; en 1528, il fut nommé chanoine du chapitre de Sainte-Marie à Utrecht. Membre de la Confraternité des pèlerins de Jérusalem d'Utrecht, il fit leur portrait collectif à plusieurs reprises, en 1526-27 et en 1535 (Utrecht, Centraal Museum) ; il en fit de même avec la Confraternité des Pélerins de Jérusalem de Haarlem lorsque lui-même s'installa dans cette ville (v. 1527-28, Haarlem, Frans Hals Museum). Il inaugura ainsi le genre du portrait collectif de confrérie que ses émules, Dirck Jacobsz et Cornelis Anthonisz, développèrent immédiatement et qui évolua peu à peu de l'effigie austère à la réunion joviale.

Le premier retable important au retour d'Italie, le triptyque de l'Entrée du Christ à Jérusalem, peint en 1526-27 pour Hermann Van Lochorst, chanoine de la cathédrale d'Utrecht (Utrecht, Centraal Museum), donne la mesure de son interprétation discrète et originale des exemples italiens et définit la tendance du style de Scorel par sa narration énergique, sa palette claire, voire acidulée, et son goût des contrastes chromatiques et lumineux. Autour de 1530 se placent les chefs-d'œuvre de ce style : le Baptême du Christ (Haarlem, Frans Hals Museum), la Madeleine (Rijksmuseum) et, dans le domaine du portrait, Agatha Van Schoonhoven, sa compagne (1529, Rome, Gal. Doria Pamphili).

De 1536 à 1538, Scorel travaille au château de Breda et, en 1540, il participe aux décorations exécutées en l'honneur de l'entrée de Charles Quint à Utrecht.

C'est vers 1540-41 qu'il exécuta l'un de ses plus fameux retables, récemment retrouvé et reconstitué : le Polyptyque de Marchiennes (musée de Douai), cité et admiré par Van Mander, commandé par Jacques Coene, abbé de Marchiennes. L'ensemble, d'une ampleur monumentale, très complexe, comporte 2 volets mobiles articulés 2 par 2 sur un panneau central ; longtemps dispersés, les différents éléments du retable, retrouvés l'un après l'autre, sont auj. heureusement regroupés au musée de Douai. L'œuvre retrace le cycle de la vie de saint Jacques le Majeur et de saint Étienne. Les relations de Scorel avec l'abbaye française (confirmées par le fragment du Polyptyque des onze mille Vierges, v. 1540, récemment entré au musée de Douai) s'expliquent par les contacts économiques entre les abbayes de la région de Douai et le chapitre d'Utrecht, notamment à propos de vignobles. La prédilection pour les figures presque grandeur nature, la mise en scène antiquisante, attestant la culture archéologique acquise par l'artiste lors de son séjour romain, la tension dynamique et le caractère sculptural des figures, le coloris acide et l'éclairage brutal caractérisent là le maniérisme romanisant de la maturité de Scorel, pétri de l'assimilation des modèles raphaélesque et michelangélesque. La réapparition de ce polyptyque est primordiale pour la compréhension de l'élaboration du Maniérisme néerlandais, tous les autres retables que cite Van Mander ayant été détruits en 1566 par les iconoclastes calvinistes. C'est, avec celui de l'église de Breda, l'Invention de la Vraie Croix, peint entre 1541 et 1543, le seul qui soit conservé de nos jours.

En 1552, il exécuta des décorations pour l'entrée de Philippe II à Utrecht et restaura le Polyptyque de l'Agneau mystique de Van Eyck. Scorel fut aussi au service de l'abbaye de Saint-Vaast, mais il ne reste aucune trace de ces travaux. Célèbre en son temps, il fut un des premiers à introduire l'influence italienne aux Pays-Bas, et, comme tel, son importance est essentielle. Mais, plus encore, son œuvre, fortement originale, est bien caractéristique de la tendance foncière à l'expressionnisme des artistes des Pays-Bas septentrionaux ; par l'éclairage brutal, les attitudes crispées, les couleurs acides à la limite de la stridence, il fut l'instigateur d'une véritable école ; très proches de lui sont les peintres du Bon Samaritain (1537, Amsterdam, Rijksmuseum) et du Saint Sébastien (1542, Rotterdam, B. V. B.) : Heemskerck, Cornelis Buys II, Dirck Jacobsz, Swart Van Groningen, Vermeyen sont directement tributaires de ses innovations.