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Giovanni Battista Salvi, dit il Sassoferrato

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre italien (Sassoferrato 1609  – Rome 1685).

L'artiste arriva probablement assez jeune à Rome, où il entra dans l'atelier de Dominiquin. Vers la fin des années 30, il suivit son maître à Naples et y fit la connaissance de Francesco Cozza, autre disciple de Dominiquin. Deux tableaux d'autel peints à Rome, respectivement en 1641 et en 1643, la Vision de saint François de Paule dans l'église homonyme et la Vierge du rosaire à Sainte-Sabine, attestent le succès relatif du jeune peintre. Mais ce dernier tableau ne dut pas plaire puisque, à l'exception d'une Vierge à l'Enfant (1650) actuellement conservée au Vatican, nous n'avons plus trace d'aucune commande publique à partir de cette date. La nostalgie de la peinture ombrienne du quattrocento et de Raphaël, les années d'apprentissage auprès de Dominiquin — l'artiste le plus fidèle aux leçons de Classicisme des frères Carrache — sont à la source de l'art de Sassoferrato. Originaire des Marches, province voisine de l'Ombrie, l'artiste dut regarder très tôt les exemples de la peinture ombrienne du xve s. et subir le charme des tableaux archaïsants, fermes et sereins de Pérugin, de Spagna ainsi que des premières œuvres de Raphaël. Une dizaine de tableaux trop rarement cités, de la basilique Saint-Pierre de Pérouse, constituent un ensemble important de copies d'après ces peintres. De ces maîtres, Sassoferrato retient la rigueur d'une composition lisible au premier abord, la pureté du graphisme, la rigidité des personnages, la douceur des paysages et de la lumière. Il existe de nombreuses autres copies d'après Raphaël, Garofalo et Titien. L'influence de Dominiquin sur Sassoferrato se manifeste surtout dans l'application du dessin et dans la pureté des formes, c'est-à-dire par un parti classique qui, dans le contexte du Baroque triomphant de Pietro da Cortona, de Bernin et de leurs élèves, revêt un sens quasi polémique. En outre, les cabinets de Dessins de Windsor Castle et de l'Art Inst. de Chicago conservent un grand nombre de dessins de Sassoferrato, le plus souvent des études préparatoires de composition et de détail, soigneusement mises au carreau, qui révèlent chez leur auteur des qualités de dessinateur hors de pair. Mais le Classicisme de Sassoferrato est sublimé dans un purisme archaïsant, grâce auquel il atteint souvent à des résultats qui semblent très voisins des expériences ultérieures des préraphaélites du xixe s. La production de l'artiste peut se diviser en trois catégories : les tableaux d'autel, les petits tableaux de piété et les portraits ; la distinction entre la première et la deuxième étant parfois arbitraire, puisque Sassoferrato reprend, dans un plus petit format, des personnages copiés de ses plus grandes compositions. Sassoferrato aurait pu, par le jeu des commandes publiques, remplir les églises de Rome de tableaux d'autel. Il n'en a pas été ainsi, pour avoir encouru la défaveur du public au début de sa carrière. Parmi les tableaux d'autel, il faut citer l'exceptionnelle Nativité de Naples (Capodimonte), à mi-chemin entre Caravage et Cozza, et l'Annonciation d'Aspra (Casperia), chef-d'œuvre au coloris audacieux ; parmi les grandes compositions, citons la Crucifixion (Urbino, G. N.), la Déploration du Christ (Berlin), les Vierges à l'Enfant (Dublin, N. G., et Londres, N. G.).

C'est principalement aux tableaux de piété que Sassoferrato doit sa notoriété. Il créa deux ou trois compositions que lui et son atelier répétèrent à l'infini, pour répondre aux exigences d'une nombreuse clientèle privée. Les images de piété représentent toujours la Vierge, soit avec l'Enfant et des anges (Brera, et Dresde, Gg), soit seule, figurée en buste sur un fond sombre, la tête inclinée et les mains jointes (Dresde, Gg, et Londres, N. G.). La simplicité de la composition, l'expression d'un sentiment religieux paisible, voire doucereux, la finesse de l'exécution ont assuré leur succès. Sassoferrato exécuta également les portraits de quelques-uns de ses mécènes (Portrait de Mgr Ottavio Prati, Rome, G. N., Gal. Corsini ; Portrait de cardinal, Sarasota, Ringling Museum), qu'il est intéressant de comparer aux portraits de Dominiquin. Il fut méconnu de ses contemporains, et ce à tel point que, quelques années à peine après sa mort, on pensait généralement qu'il avait été un contemporain de Raphaël.