En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Dante Gabriel Rossetti

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre britannique (Londres 1828  – Birchington-on-Sea, Kent, 1882).

Fils d'un professeur italien émigré, il révéla des aptitudes précoces, dont sa famille, cultivée, favorisa le développement (sa sœur Christine était poète, et son frère William critique d'art). Il fut ainsi particulièrement touché par la lecture de Dante et de Keats et, en 1847, il avait déjà rédigé son célèbre poème la Damoiselle élue, qui témoigne des aspirations romantiques de sa vision et dont il tira, beaucoup plus tard, un tableau (v. 1875-1879, Port Sunlight, Lady Lever Art Gal.) qui impressionnera Debussy. Sa formation de peintre se fit d'abord auprès de Sass (après 1841), puis à la Royal Academy (1844-1847). En 1848, il travailla avec Madox Brown ; bien que séduit par le goût de ce dernier pour le Moyen Âge, il se désintéressa très vite de sa technique trop scrupuleuse. Il partagea alors un atelier avec son condisciple Holman Hunt et ils fondèrent ensemble en 1848 la Fraternité préraphaélite. Le voyage qu'ils firent ensemble en France en 1849 contribua à renforcer Rossetti dans ses orientations, tant par la rencontre de l'art médiéval que celle d'artistes contemporains comme Flandrin.

La première œuvre de Rossetti dans l'esprit préraphaélite, l'Enfance de la Vierge Marie (1849, Londres, Tate Gal.), suivie par Ecce ancilla Domini (1849-50, id.), est plus mystique et plus primitive que les œuvres de ses confrères ; l'effet symbolique y est plus marqué que la description détaillée (une constante chez Rossetti), et l'insistance y est mise sur la réaction de Marie, renouvelant ainsi le thème de l'Annonciation et donnant un côté neuf à l'œuvre, qui se rapproche plus de l'éclectisme des Nazaréens allemands que du naturalisme des préraphaélites. Rossetti fut cependant responsable de la publication du Germ (1850) et fut soutenu par Ruskin (qu'il avait rencontré en 1854). Le critique, non content de l'appuyer dans ses écrits, joua en outre son rôle d'intermédiaire, voire de courtier, entre le peintre et ses commanditaires, W. Graham, J. Leathart ou F. Mac Cracken, en général de riches industriels du nord de l'Angleterre. Après les attaques contre le Préraphaélisme, et surtout l'accueil exécrable réservé par le public à Ecce Ancilla Domine, Rossetti cessa pratiquement d'exposer et, à l'exception de quelques œuvres comme Retrouvée (commencée en 1854, Wilmington, Delaware Art Center, coll. Bancroft), la seule œuvre où il ait fait un commentaire direct de la société contemporaine, il se consacra surtout à l'aquarelle (série à la Tate Gal. de Londres). Il y épancha son mysticisme, tissant autour des œuvres de Dante ou d'autres thèmes littéraires une iconographie originale. Élisabeth Siddal, son modèle favori, qu'il rencontra en 1850 et épousa en 1860, participa à cette atmosphère. Quand elle mourut, en 1862, Rossetti exécuta Beata Beatrice (1864, Londres, Tate Gal.), où la vision de Dante se confond avec la propre image de sa femme transportée au paradis.

Son style, qui ne fut jamais aussi précis que celui des préraphaélites, devint alors plus sensuel tout en s'éloignant de l'art mesuré de ses premiers compagnons ; l'artiste ne fut pas sans influencer l'idéalisme de Morris et de Burne-Jones, qu'il avait rencontrés à Oxford en 1856. Il supervisa l'exécution des fresques d'inspiration médiévale de l'Oxford Union (1857) et collabora, par la suite, à la société d'application des arts à l'industrie fondée par Morris. La femme de ce dernier, Jane Burden, devint l'inspiratrice de son idéal féminin (la Pia, 1881, coll. part.) ; elle fut d'ailleurs considérée par la suite comme le plus bel exemple de beauté préraphaélite. Dante Gabriel Rossetti vécut les dernières années de sa vie dans la solitude, ne conservant de rapports qu'avec l'entourage de William Morris.

S'il fut un admirable dessinateur (ses aquarelles, notamment, exécutées pour l'essentiel entre 1850 et 1860, révèlent souvent une sûreté de construction dans la mise en page et une vivacité elliptique dans la définition des volumes, de goût très moderne), il ne fut jamais sur le plan de la technique un très grand peintre, et sa réputation réside dans l'originalité de sa vision, dont le caractère sentimental s'accusa plus particulièrement à la fin de sa carrière. De tous les préraphaélites, Rossetti est l'artiste qui doit le plus au Romantisme, qu'il contribua à prolonger jusqu'à la fin de l'ère victorienne. Comme tous ses confrères, il ne retrouve que depuis peu auprès de certains amateurs sa gloire passée. La grande rétrospective que lui a consacrée la Royal Academy en 1973 a révélé la surprenante verve inventive dont témoignent ses dessins et ses aquarelles.

L'œuvre de l'artiste est particulièrement bien représentée en Grande-Bretagne (à Londres [Sainte Catherine, 1857, la seule toile achevée par Rossetti entre 1850 et 1859, la Bien-Aimée, 1865-66, Tate Gal. ; le Rêve, V. A. M.], à Birmingham [Fanny Cornforth dans un boudoir bleu, Barber Inst. of Arts ; une très belle collection de dessins au City Museum], à Cambridge [Jeune Fille à la fenêtre, Fitzwilliam Museum], à Liverpool [le Songe de Dante, 1871, Walker Art Gal.], à Manchester [Astarte Syriaca, 1877, City Art Gal. ; le Concert dans le pré, 1872, id.], à Oxford [dessins à l'Ashmolean Museum], à la cathédrale de Llandaff [l'Arbre de David]), aux États-Unis (à Cambridge, Mass. [The Blessed Damozell, la Donna della finestra, l'Appel de la mer, Fogg Art Museum], à Wilmington [la Bella Mano, 1875 ; Veronica Veronese, 1872, coll. Bancroft, Delaware Art Center]) et à Ottawa (la Salutation de Béatrice, N. G.).