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Ilia Iefimovitch Repine

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre russe (Tchougouïev 1844  – Kuokkala, auj. Répino, Finlande, 1930).

Issu d'une famille de colons ukrainiens, le plus doué et le plus célèbre du groupe des Peredvijniki est initié au dessin par un peintre d'icônes de la région de Kharkov. Arrivé à Saint-Pétersbourg en 1863, il fréquente l'école de dessin de la Société d'encouragement des beaux-arts, où il a pour professeur Kramskoï, l'inspirateur de la rébellion des élèves contre l'Académie des beaux-arts en 1863 et l'un des fondateurs des Peredvijniki. L'année suivante, il est admis à l'Académie, d'où il sort en 1871, doté d'une bourse pour la France. Il ne part qu'en 1873 pour Paris, où il travaille jusqu'en 1876 (Café parisien, 1875), entrecoupant son séjour de voyages en Italie. Il est à Paris en 1874 lors de la première Exposition impressionniste, qu'il juge intéressante du point de vue technique, mais parfaitement vide de sens. C'est pourquoi le sujet de son morceau de réception à l'Académie, exécuté pendant son séjour à l'étranger, a pour thème un vieux conte russe, Sadko, que le peintre charge de symboles. De retour en Russie, Repine s'installe à Moscou, où le mode de vie est plus conforme à ses goûts et plus propice à l'élaboration d'une peinture authentiquement russe. C'est là que, à partir de 1878, en compagnie de Polenov, de Sourikov et de Vasnetsov, il se joint au cercle de Savva Mamontov, tout en restant en rapports étroits avec Kramskoï et les Peredvijniki, avec lesquels il expose régulièrement. De 1878 à 1917, il participe à presque toutes les manifestations de la Société des expositions artistiques ambulantes, dont il est membre. Il se réinstalle à Saint-Pétersbourg en 1882, voyage (Hollande, Espagne, 1883), expose, fréquente peintres, musiciens, écrivains, princes, et connaît le succès. Lié avec le groupe de Mir Iskousstva à ses débuts, il participe aux premières expositions organisées par Diaghilev et fait partie du comité de rédaction de la revue fondée en 1898. Mais, malgré une admiration réciproque, la rupture intervient rapidement entre le partisan du réalisme didactique et le jeune groupe, que Repine accuse de dilettantisme. Le peintre se trouve alors à un moment crucial de sa carrière. Désireux d'instruire le peuple, il traite avec une minutie consciencieuse le moindre détail de ses tableaux de genre ou de ses scènes historiques, mais le souffle épique lui fait défaut, son inconstance à l'égard du sujet qu'il traite lui fait remplir des carnets de croquis qui restent à l'état d'esquisses (Au piano, 1905, Moscou, gal. Tretiakov, crayon et fusain), et bien des tableaux conçus à cette époque ne seront jamais terminés ou même entrepris malgré les conseils qu'il requiert auprès de Tolstoï, qui voit en lui l'exécuteur pictural de ses idées (la Manifestation du 17 octobre 1905, 1906, Moscou, Musée central de la Révolution). Cependant, directeur d'atelier à l'École supérieure près l'Académie des beaux-arts depuis 1894, Repine connaît un grand succès : son enseignement est recherché, car il laisse la plus grande liberté au développement individuel. Mais, dégoûté par la routine académique, contre laquelle il ne peut rien en dépit des promesses de réformes, il abandonne l'enseignement officiel en 1907 et se retire à Kuokkala, dans sa propriété " les Pénates ", où il vit la plupart du temps à partir de 1905. Sa dernière apparition publique à Saint-Pétersbourg a lieu en 1917, lors de la célébration de son jubilé.

Excellent dessinateur, Repine laisse, outre de nombreux carnets de croquis, des toiles vigoureuses aux thèmes variés, marquées dès les premières années non seulement par ce réalisme parlant dont se réclamaient les Peredvijniki, mais aussi par un caractère profondément russe. C'est bien le même attachement à sa terre d'origine qui le guide, autant dans la conduite de son premier grand tableau les Haleurs de la Volga (1870-1873, Saint-Pétersbourg, Musée russe), compris comme une accusation contre l'absence de liberté, que dans son Sadko dans le royaume sous-marin (1876, id.), qu'on rapprocherait volontiers de l'art des symbolistes. Ce tableau ferait figure d'exception dans l'œuvre de Repine, peu porté au rêve, si lui-même n'avait expliqué le contenu symbolique de la légende : de même que Sadko, tombé dans l'étrange royaume de la mer, choisit parmi les fiancées de tous les pays une jeune fille russe, de même Repine, perdu dans l'étrange faune occidentale, se raccroche à l'idée de la terre russe. Cette double référence à une réalité mise en accusation et à une tradition vénérée explique autant le choix des sujets que le traitement, où perce la recherche de l'expression psychologique. Les exemples les plus célèbres sont Procession religieuse dans la province de Koursk (1880-1883, Moscou, gal. Tretiakov), Ils ne l'attendaient pas ou le Retour du déporté (1884, id.), Ivan le Terrible devant le cadavre de son fils (1885, id.), les Cosaques Zaporogues écrivant une lettre au sultan (1880-1891, Saint-Pétersbourg, Musée russe ; réplique à Moscou, gal. Tretiakov). D'excellents portraits de contemporains, assez académiques, tels Moussorgski (1881, Moscou, gal. Tretiakov), P. Tretiakov (1883, id.), L. Tolstoï (1887, id.), et des portraits plus libres de sa femme (Repos, 1882, gal. Moscou, Tretiakov) ou de ses enfants (Nadia Repina, 1881, Saratov, musée des arts Radichtchev) complètent une œuvre variée que devaient consacrer la commande officielle de la Séance solennelle du Conseil d'État (1901-1905, Saint-Pétersbourg, Musée russe) et l'admiration dont jouit le peintre en Russie. Repine est présent dans la plupart des musées russes, à Moscou (gal. Tretiakov) et à Saint-Pétersbourg (Musée russe). Ces deux musées ont d'ailleurs organisé les plus grandes manifestations consacrées au peintre (gal. Tretiakov, 1936, 1944, 1957-58).