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Jackson Pollock

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre américain (Cody, Wyoming, 1912  – Springs, Long Island, 1956).

Il était le cinquième fils d'une famille besogneuse. Les fréquents échecs des entreprises de son père obligèrent les siens à se déplacer très souvent en Californie et en Arizona. La famille s'installa en 1924 à Riverside, près de Los Angeles, où Jackson fit sa scolarité, avant de se rendre en 1928 dans la métropole en pleine expansion, où il commença ses études d'art et fréquenta des artistes. En 1930, il rejoignit un de ses frères, plus âgé, Charles, qui étudiait les beaux-arts à New York, et s'inscrivit au cours de Thomas Hart Benton à l'Art Students League. De cette époque date son intérêt pour l'art mural des Mexicains : Orozco, Siqueiros et Rivera. L'amitié de Pollock pour Benton se maintint même lorsqu'il eut cessé de travailler avec lui. Pendant les années de crise à New York, Pollock connut une misère extrême ; souvent malade dès 1936-37, il souffrait déjà des méfaits de l'alcoolisme. Pourtant, le Federal Arts Project lui procura du travail, et c'est alors qu'il prit connaissance de la peinture moderne européenne, tant abstraite que surréaliste.

En 1941 et en 1942, il rencontra une élève de Hans Hofmann, Lee Krasner, qui devait devenir sa femme. Elle l'introduisit dans le cercle des jeunes artistes, futurs chefs de file de l'Expressionnisme abstrait : Motherwell, Baziotes et Matta, tous trois fortement orientés vers le Surréalisme. Au début de la guerre, en effet, plusieurs artistes européens dont la réputation semblait aux jeunes Américains presque légendaire s'étaient réfugiés à New York, en particulier Mondrian, Ernst, Masson et André Breton. Cette affluence d'artistes notoires conduisit Peggy Guggenheim à fonder une galerie qui fut à la fois musée et galerie de vente : Art of this Century s'ouvrit à la fin de 1942, et, dans le cadre d'un programme expérimental, Pollock fut invité à y exposer. Fascinée par son travail, Peggy Guggenheim lui établit un contrat à l'année en échange d'une part importante de sa production et, surtout, elle lui commanda une peinture murale pour l'entrée de sa résidence de New York. Cette œuvre, auj. propriété de l'université d'Iowa, était la première réalisation monumentale de l'artiste et un exemple typique de l'accord entre sa connaissance du modernisme européen et les dimensions de l'espace nouveau qui devaient caractériser son propre style. En même temps, le critique Clement Greenberg découvrait l'œuvre de Pollock et écrivait dans la Nation des articles soulignant l'importance de l'artiste. Avant cette peinture murale, Pollock avait exécuté des œuvres intéressantes et personnelles, telles que la Louve (1943, New York, M. O. M. A.) et les Gardiens du secret (1943, San Francisco, M. H. du Young Memorial Museum). Mais les titres mêmes de ces peintures trahissaient leur étroite parenté avec la démarche surréaliste, fondée sur les intentions et les associations nées dans le subconscient. Les formes de ses tableaux étaient puissantes, non sans affinité avec celles de Picasso et de Masson, représentants de la peinture française qui, avec Miró, marquèrent principalement Pollock. La peinture murale exécutée pour Peggy Guggenheim, et qui atteignait 6 mètres, introduisit dans son œuvre un rythme nouveau qui la domine. D'une facture énergique et d'une matière dense, elle créa l'espace de la nouvelle peinture américaine. Dans les années suivantes, Pollock évolua de façon régulière, bien qu'il fût toujours inégal dans ses résultats, abandonnant progressivement les techniques traditionnelles pour ses propres méthodes, bien connues mais souvent mal interprétées. Délaissant le traditionnel chevalet, il étendait sa toile sur le plancher de l'atelier et répandait la peinture, qu'il sortait avec un bâton des récipients qui la contenaient ou qui s'écoulait de boîtes percées (dripping). Il se trouvait ainsi à l'intérieur de la surface à peindre, et les mouvements mêmes de son corps élaboraient les compositions très denses et toujours plus complexes qu'il tissait. Une certaine part d'automatisme surréaliste intervenait, largement interprétée à la lumière de la théorie de l'" Action Painting " émise par Harold Rosenberg, suivant laquelle le résultat de la création picturale reflète l'état physique et mental, conscient ou inconscient, de l'artiste. Cependant, cette interprétation est excessive si elle implique que Pollock ne contrôlait pas suffisamment ses œuvres, puisque, en même temps, il tolérait, ou même provoquait, des accidents mineurs en cours d'exécution. Les bords de ses peintures montrent clairement la façon dont il organisait les commencements et les phases ultimes de ses travaux, mais le combat entre contrôle et liberté qui anime la surface peinte ne peut échapper au spectateur, et c'est là que se situe l'originalité foncière de Pollock.

Parmi ses plus grandes réalisations, on peut citer Arabesque n° 13 (1948), Lavender Mist n° 1 (1950) et surtout One (New York, M. O. M. A.). Dans ce dernier tableau et aussi dans Autumn Rhythm (1950, Metropolitan Museum), la délicatesse du graphisme est extrême et Pollock crée un espace immense, héroïque et tendre, fait de gradations infiniment douces. Hors de la toile n° 7 (1949, Stuttgart, Staatsgal.) fut moins réussi, car, ayant mélangé à l'excès les couches, il s'efforça de sauver la toile en découpant des motifs qu'il gratta jusqu'au support de masonite. En 1951, l'effort que ces créations avaient imposé à l'artiste commença à se faire sentir. Celui-ci retourna alors à une figuration en noir et blanc rappelant celle de Picasso, et les œuvres de cette période sont davantage une preuve de virtuosité, proche des peintures de 1942-43. Victime en 1956 d'un accident d'automobile à Springs, Long Island, il mourut sans avoir trouvé une solution à la crise engendrée par l'opposition des éléments figuratifs et abstraits inhérents à son style.

La gloire posthume de l'artiste, tenu pour le représentant le plus caractéristique de l'Action Painting et, plus généralement, pour le symbole du triomphe de la peinture américaine après la Seconde Guerre mondiale, n'a cessé de croître.

Le M. O. M. A. de New York a consacré à Pollock deux importantes rétrospectives, en 1956 et en 1957. L'artiste est bien représenté à New York (M. O. M. A., Metropolitan Museum, Guggenheim Museum, coll. Lee Krasner-Pollock), à Los Angeles, dans la fondation Peggy Guggenheim à Venise, à la Tate Gal. de Londres, au M. N. A. M. de Paris, à la G. A. M. de Rome et dans de nombreux musées américains. D'importantes rétrospectives de son œuvre ont eu lieu au M. O. M. A. de New York en 1979 et au M. N. A. M. de Paris en 1982. Une exposition a été consacrée à Pollock (Houston, Museum of fine Arts) en 1996.