En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Francis Picabia

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre français (Paris 1879  – id 1953).

En 1894, voulant éprouver la vocation tôt manifestée de son fils, " Pancho " Picabia envoie au Salon des artistes français la toile de Francis intitulée Vue des Martigues. Le tableau ayant été non seulement accepté, mais primé, Francis entre à l'École des arts décoratifs l'année suivante ; mais il fréquente plus volontiers l'école du Louvre et l'académie Humbert, où il travaille aux côtés de Braque et de Marie Laurencin. L'année 1897 marque un tournant dans sa carrière : la découverte de Sisley lui révèle l'Impressionnisme, pour lequel son enthousiasme se renforce avec la rencontre de la famille Pissarro (1898). C'est pour lui le début d'une période extrêmement féconde, qui durera dix ans ; les centaines de toiles qu'il peint alors, où l'influence impressionniste reste toujours plus ou moins sensible, sont propres à séduire le public : sa première exposition personnelle de 1905, à la gal. Haussmann, est un triomphe. Les tableaux exposés, étrangers aux nouvelles recherches plastiques, relèvent de l'imitation du " pur luminisme impressionniste " (Bords du Loing, 1905 Philadelphie, Museum of Art). Cependant, Picabia remet peu à peu en cause les valeurs plastiques qui lui valent son succès grandissant ; et, en 1908, sa rencontre avec Gabrielle Buffet — qui l'encourage à poursuivre de récentes recherches — détermine la rupture avec l'Impressionnisme comme avec ses marchands, rupture permise aussi par sa fortune personnelle.

La période qui s'ouvre est marquée par la grande diversité de ses recherches : si l'Abstraction surtout le fascine, c'est-à-dire " une peinture située dans l'invention pure qui recrée le monde des formes suivant son propre désir et sa propre imagination " (F. Picabia cité par G. Buffet-Picabia dans Aires abstraites), il s'intéresse également au Cubisme et au Fauvisme (Caoutchouc, v. 1909, Paris, M. N. A. M. ; Paysage, 1909, id. ; les Régates, 1911). Mais la rencontre décisive de sa carrière est celle de Marcel Duchamp, v. 1911, alors qu'il est déjà marié avec Gabrielle Buffet. C'est grâce à Duchamp qu'il entre dans le " cénacle " de Puteaux, chez les Duchamp-Villon ; c'est avec lui qu'il s'oppose à tout essai de mise en théorie du Cubisme par Gleizes et Metzinger ; c'est avec lui encore qu'il séjourne dans le Jura avec Gabrielle Buffet et Apollinaire, qui y écrit son célèbre poème Zone. Peu après s'organise l'exposition de la Section d'or, en octobre 1912, à la gal. La Boétie (Danses à la source, 1912, Philadelphie, Museum of Art). Picabia fait ensuite un séjour aux États-Unis, de janvier à mai 1913, en tant que " porte-parole " de cet art nouveau qui sera présenté à l'Armory Show à New York. Cette expérience le marquera profondément : interviews multiples dans les grands quotidiens, conférences dans les milieux de la riche bourgeoisie " anarchisante " constituent le climat propice à l'épanouissement de son caractère tapageur. La grande cité américaine le frappe aussi par ses couleurs, ses rythmes, son amour du sport et du jazz, qui lui inspirent bientôt une série d'aquarelles (New York, 1913, aquarelle et gouache, Paris, M. N. A. M. ; Chanson nègre, 1913, Metropolitan Museum), lesquelles trouveront leur développement lorsque, rentré à Paris, il exécute de grandes toiles où les formes et les couleurs seules permettent d'appréhender une réalité " autre " que celle des formes " objectives " (Catch as catch can, 1913, Philadelphie, Museum of Art ; Udnie, 1913, Paris, M. N. A. M. ; Je revois en souvenir ma chère Udnie, v. 1914, New York, M. O. M. A.). C'est de cette période qu'Apollinaire tiendra compte dans sa théorie " orphique " de l'art. Mais déjà surgissent dans les toiles de l'artiste des éléments " mécanomorphes " : la machine, cette " fille née sans mère ", verra dès lors son rôle s'accroître jusqu'à la simple reproduction d'épures d'ingénieur assorties de locutions empruntées aux pages roses du Petit Larousse (Voilà la femme, 1915 ; Voilà la fille née sans mère, 1916-17). Ce goût pour le détournement d'éléments empruntés à un autre contexte ne se démentira jamais.

La guerre éclate : d'abord mobilisé à Paris, Picabia est envoyé en mission à Cuba en 1915 ; mais son escale new-yorkaise dure près d'un an : il retrouve Marcel Duchamp et d'autres amis, avec lesquels il participe à la revue d'avant-garde 291. Après plusieurs mois d'une vie de débauche, il abandonne pour un temps ses pinceaux et compose les premiers de ses Cinquante-Deux Miroirs, publiés à Barcelone en 1917 ; il effectue un très court voyage à Cuba pour accomplir sa " mission ", puis, réformé, il part avec sa femme pour Barcelone en août 1916. Il y retrouve Gleizes, Marie Laurencin, le " poète-boxeur " Arthur Cravan, avec lesquels il publie bientôt une revue qui, en souvenir de 291, s'appellera 391. Quatre numéros paraissent à Barcelone, tandis qu'il reprend lentement goût au dessin (Novia, 1917 ; Flamenca, 1917, dans 391, s 1 et 3). En mars 1917, Picabia rembarque, une dernière fois, pour New York, où il reste six mois : il y relance 391, qui devient américain durant trois numéros, et participe avec Marcel Duchamp à la première exposition des Indépendants de New York. Mais de nouvelles angoisses l'étreignent et le décident à rentrer en Europe. C'est au cours d'un traitement en Suisse que débute sa correspondance avec Tristan Tzara, animateur de Dada à Zurich. Subitement sorti de sa prostration, Picabia rentre à Paris en mars 1919, bientôt suivi par Tzara : en six mois, Dada gagne le Tout-Paris ; manifestations scandaleuses, révolte artistique, littéraire et politique sont menées de front avec une vie mondaine. Les œuvres mécanomorphes se prolongent jusqu'en 1922 (l'Enfant carburateur, 1919, New York, Guggenheim Museum), et Picabia pratique maintenant le collage (Chapeau de paille, 1921-22, Paris, M. N. A. M. ; les Centimètres, 1924-25). Le retour à la figuration (la Nuit espagnole, 1922, Cologne, Museum Ludwig) est contemporain de recherches abstraites inédites (Volucelle II, 1922). Les expositions se succèdent, nombreuses ; 391 en est à son n° 14 lorsque Picabia se sépare de Dada, en mai 1921 ; l'artiste publie alors un numéro spécial intitulé le Pilhaou-Thibaou, daté du mois de juillet, véritable manifeste anti-Dada. En même temps, il se rapproche d'André Breton et des positions du Surréalisme naissant, jusqu'en 1924. Une nouvelle période de sa peinture commence : celle des " monstres " (Femme à l'ombrelle, 1924-25), qu'il développe à Mougins, dans le midi de la France, où il s'établit pour vingt ans (1925-1945). Après avoir composé Relâche (" C'est l'optimisme des gens heureux ") pour les Ballets suédois et collaboré au film de René Clair Entr'acte, Picabia entre v. 1927 dans la période des " transparences " (Sphinx, 1929, Paris, M. N. A. M.), qui durera jusque v. 1930, date à partir de laquelle il exécute surtout des paysages, des portraits et des nus affriolants et vulgaires, dans un style conventionnel (Suzy Solidor, 1933) qui trouve des développements étonnants pendant la guerre. En 1937-38 prennent place quelques œuvres abstraites. L'artiste quitte le Midi en 1945 pour venir s'installer définitivement à Paris avec Olga Mohler, son épouse depuis 1940. Une nouvelle période de sa peinture s'ouvre : il la nomme " Sur-irréalisme " et en expose les premières toiles chez Denise René en 1946. Trois ans plus tard, la gal. Drouin présente une rétrospective de son œuvre, et le catalogue de cette exposition a pour titre 491.

La fréquentation de peintres plus jeunes, comme Hartung, Soulages, Atlan, le conduit à s'intéresser, ultimement, à l'Abstraction. Il expose en 1948 chez Colette Allendy, avec Hartung, Wols, Mathieu et Bryen, à l'une des premières manifestations de la " Non-Figuration psychique ", qui peut être considérée sur certains points comme un avatar du Surréalisme, à l'éclosion duquel Picabia avait jadis contribué. C'est en 1948 encore que le M. N. A. M. de Paris acquiert Udnie. Picabia ne peindra pratiquement plus après 1951.

L'œuvre de Picabia a fait l'objet de plusieurs grandes expositions rétrospectives où l'accent fut mis notamment sur ses peintures d'après 1945 (1983 : Kunsthalle, Düsseldorf, et Kunsthaus, Zurich ; 1984 : Moderna Museet Stockholm ; 1985 : Madrid et Valence (I. V. A. M.) en 1995.