On désigne sous le nom d'école de Paris l'ensemble des artistes d'origine étrangère qui vinrent, au début du XXe s., chercher dans la capitale des conditions favorables à l'épanouissement de leur talent et, en premier lieu, une rare liberté de l'expression, fruit de contacts incessants et d'une émulation féconde.
Le rôle des impressionnistes est ici capital, non seulement pour la valeur stimulatrice de leur art hors des frontières françaises, mais surtout parce que Paris et ses environs sont les points privilégiés de leur inspiration commune. En 1886, Van Gogh découvrait à Paris les voies d'une conquête irréversible, et ce précédent illustre contient déjà l'ambiguïté qui est le caractère par excellence des maîtres de l'école de Paris : si la ville a permis à ces artistes de déchiffrer leur propre cœur et de donner forme à leur nostalgie créatrice, ceux-ci n'ont jamais pu (jusqu'à une date récente tout au moins) renier leurs origines.
Depuis le début du XXe s., il y eut 3 grands mouvements, d'abord en direction des acropoles périphériques de la butte Montmartre et du Haut-Vaugirard dominant Montparnasse. Le premier porta les noms les plus célèbres. Ces peintres, d'ascendance israélite pour la plupart, venus d'Europe centrale et orientale surtout, fuyaient des conditions sociales cruelles et plus encore peut-être un milieu culturel ancestral hostile aux images. Le Polonais Eugène Zak fait un premier séjour à Paris en 1900-1901, puis s'y installe en 1904. Les arrivées se succèdent dès lors rapidement. Déjà précédé de sa réputation de dessinateur, Julius Pascin vient de Munich la nuit de Noël 1905, puis arrivent en 1906 le Livournais Amedeo Modigliani, en 1908 Léopold Gottlieb, en 1910 Marc Chagall et Moïse Kisling, venant l'un de Saint-Pétersbourg, l'autre de Cracovie. Pinchus Krémègne et Michel Kikoïne, élèves des Beaux-Arts de Vilna, arrivent en 1912, et leur condisciple Chaïm Soutine, l'année suivante. C'est en 1913 encore que vint à Paris le Japonais Foujita. Sauf Pascin, ces artistes sont fort démunis matériellement et se fixent surtout à Montparnasse, où ils élisent domicile dans les ateliers de la Ruche, tandis que Montmartre, dont l'occupation est légèrement antérieure, reste surtout le fief des cubistes, de la " bande à Picasso ", résidant au Bateau-Lavoir en 1904. Mais les rapports des nouveaux arrivés avec les cubistes influencèrent pourtant, plus ou moins, la formation de leurs styles respectifs, où la sensibilité à la couleur et l'imagination l'emportent en général sur le schéma intellectuel.
Si l'art de Soutine fut parfaitement étranger au Cubisme, en revanche Modigliani et Chagall, puis, à un degré moindre, Pascin, Kisling et Zak en retinrent quelque temps la discipline ordonnatrice des formes. Seul Gottlieb conserva une acuité graphique qui évoque l'Expressionnisme autrichien (Kokoschka, Schiele). Mais, bien qu'ils soient plongés dans un milieu où l'objectivité traditionnelle est mise délibérément en doute, tous respectent la vraisemblance des images.
La Première Guerre mondiale dispersera ce premier groupe. Restèrent en France Modigliani, Soutine, Krémègne, Kisling, Kikoïne, qui connurent alors leurs plus dures années. Le renouvellement de l'école de Paris durant l'entre-deux-guerres, depuis la mort de Modigliani (1920), se fit sous de tout autres auspices. Les conditions matérielles étaient plus favorables pour les peintres : le docteur Barnes, en faisant, à la surprise générale, un achat massif de tableaux de Soutine (1923), montrait la voie à des spéculateurs avisés. De Russie surtout affluaient des peintres juifs chassés par la situation politique difficile. Beaucoup avaient fait étape à Berlin, mais la conjoncture économique de l'Allemagne ne permettait plus à sa capitale de retenir un fort contingent d'artistes. Mané-Katz, à Paris en 1921, Zygmund Menkès et Max Band, arrivés en 1923 (année du retour de Chagall), sont passés par Berlin, ainsi qu'Abraham Mintchine, qui vécut en France les cinq dernières années de sa vie. Beaucoup moins novateurs que leurs aînés, ils sont plus aisément intégrés à la vie artistique, car ils bénéficient du soutien de leurs coreligionnaires, critiques ou directeurs de galerie. Leur art est trop marqué par le Néo-Réalisme assez banal de l'après-guerre, mais il est parfois pénétré d'intentions symboliques, nées du souci de maintenir une culture hébraïque vivante, notamment chez Mané-Katz, Menkès et Max Band. Le premier termina ses jours en Israël, les deux autres ont gagné, devant la menace nazie, les États-Unis, où ils sont demeurés.
Un autre groupe de peintres originaires de Russie est resté en France. Constantin Terechkovitch est arrivé en 1920, André Lanskoy et Serge Charchoune en 1921, Jean Pougny en 1923, Serge Poliakoff, Philippe Hosiasson et Chapoval, disparu prématurément, en 1924, et Joseph Pressmane en 1926. Cette école russe de Paris fut aussi, comme la première, l'ambassadrice de la couleur. Maurice Blond vint de Lódź en 1924 et se joignit à l'école slave de Paris.
La plupart de ces peintres ont trouvé dans l'Abstraction un champ d'activité où ils se sont illustrés, de même que des artistes venus à cette époque de Belgique (Lacasse, Vantongerloo), de Hollande (Geer et BramVan Velde), d'Allemagne (Hartung), du Portugal (Vieira da Silva), d'Espagne (Bores).
Enfin, depuis la Libération, le concept d'école de Paris s'est élargi à l'excès, et les apports les plus divers lui donnent des frontières singulièrement mouvantes, les peintres ne s'établissent pas tous en adoptant la nationalité française, comme l'ont fait Zao Wou-Ki, Vasarely, Nicolas de Staël. " Résidents privilégiés ", la plupart restent en contact avec leur pays d'origine. C'est ou ce fut le cas notamment des Belges Alechinsky, Hecq, des Hollandais Appel, Corneille, Lataster, Bogart, du Danois Jorn, du Grec Prassinos, des Polonais Lebenstein et Maryan, des Yougoslaves Music et Velikovic, du Canadien Riopelle, des Espagnols Ubeda, Clavé, Arroyo et Hernandez, de l'Allemand Klasen.
Cela s'explique par la rapidité accrue des communications, mais aussi par l'attrait de la clientèle américaine, qui fait des États-Unis l'un des principaux marchés des peintres, même si ces artistes se sont fait connaître à Paris même, où ils travaillent et vivent encore, partiellement du moins. La ville, jadis creuset d'une élaboration intense, est devenue plutôt l'une des plaques tournantes des courants de la peinture dans le monde.