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Edvard Munch

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre norvégien (Løten  1863 – Ekely  1944).

Fils d'un médecin dont la clientèle était composée surtout de petites gens, Munch fut profondément affecté par la mort de sa mère et de deux de ses sœurs, qui lui inspira le thème, fréquemment traité, de la " chambre mortuaire ". Son père s'installant à Christiania (auj. Oslo), il entre à l'école des arts et métiers (1879) ; quelques années plus tard, il se lie avec les adeptes norvégiens de la peinture de plein air et du Naturalisme, Heyerdahl et Christian Krogh (qui lui donne des leçons, 1882), et se mêle au mouvement artistique et littéraire de " la bohème de Christiania ".

Munch débute avec les portraits de ses amis et de ses parents, d'un réalisme assoupli par un impressionnisme timide (Portrait de la tante de l'artiste, 1884). En 1885, il fait à Paris un premier séjour qui ne semble guère l'avoir marqué. Il exécute peu après l'Enfant malade (1885-86, Oslo, Ng), qui provoque l'indignation au Salon d'automne d'Oslo, tableau dont la recherche de synthèse, la tonalité soumise à une dominante et l'atmosphère annoncent la période bleue de Picasso ; l'œuvre est surtout déjà significative de la psychologie morbide de Munch et de son univers, où règnent la maladie, l'agonie, la désolation qu'entraîne la solitude irréductible des êtres, même dans l'amour : la femme, pour Munch, est souvent objet de répulsion autant que d'attraction et finit par incarner la force négative et destructrice par excellence (Vampire, v. 1893, Oslo, musée Munch ; la Jeune Fille et le cœur, 1896, eau-forte). En 1889 a lieu sa première exposition personnelle à Oslo (110 œuvres) ; Munch obtient une bourse de voyage et se rend à Paris, sa principale résidence jusqu'en 1892. Il fréquente l'atelier de Bonnat, voit l'exposition de Gauguin au café Volpini, mais, au cours de cette période, est nettement influencé par l'Impressionnisme (Rue La Fayette, 1891, Oslo, Ng). De retour à Oslo, il y expose avec succès et est invité à Berlin par le Verein Berliner Künstler, où il présente 55 œuvres qui révolutionnent la vie artistique berlinoise (1892). Il décide de rester à Berlin, séjour qui inaugure la période la plus importante de sa carrière. Il se lie avec Strindberg, s'initie à la gravure, à l'eau-forte et à la pointe-sèche (1894), puis à la lithographie et à la gravure sur bois (1896), à travers les influences de Max Klinger, de Rops et de Vallotton pour les bois. Son évolution, l'Impressionnisme une fois assimilé, s'effectue en faveur d'une concentration très expressive de la forme, qu'une couleur généralement sourde sature (le Soir rue Karl-Johann à Oslo, 1892). La tension sensible dans cette dernière œuvre, représentative de la " foule solitaire ", est accentuée dans le Cri (1893, Oslo, Ng) et atteint son point culminant avec Angoisse (1894, Oslo, musée Munch). Un réalisme relatif se maintient encore dans certaines peintures (le Lendemain, 1894-95, Oslo, Ng) et gravures (le Baiser, aquatinte et pointe-sèche, 1895), mais il disparaît au cours de reprises postérieures ou dans d'autres épreuves inspirées par le même thème et où l'économie des moyens est portée à sa plus grande efficacité (Madone, 1895-1902, lithographie ; le Baiser, 1902, gravure sur bois). Munch est de retour à Paris en 1896 et expose à l'Art nouveau (Strindberg écrit de brefs commentaires aux œuvres exposées) ; il travaille également à la suite de la Frise de la vie (d'abord intitulée Dix-Huit Tableaux tirés de la vie moderne de l'âme), présentée en 1897 au Salon des indépendants : la Danse de la vie (1899-1900, Oslo, Ng) est le résumé de cette somme illustrant une conception éminemment pessimiste du destin humain, et les inflexions du Jugendstil et le synthétisme gauguinien y composent avec les stylisations dues à la pratique de la gravure sur bois. Munch collabore également au théâtre de l'Œuvre de Lugné-Poe et exécute le programme pour le Peer Gynt d'Ibsen.

Suit une période d'instabilité (1898-1908), où l'artiste se déplace fréquemment (séjours en Allemagne, en Norvège, en France, en Italie) et que dénoue une dépression nerveuse en 1908. Aux réalisations graphiques, importantes de 1896 à 1898, s'ajoutent des interprétations du paysage, souvent en formes lourdement cernées, oppressantes (Nuit d'été sur le rivage, v. 1902, Vienne, K. M.), mais aussi d'une exécution plus allègre (Danse sur le rivage, 1900-1902, musée de Prague ; Port de Lübeck au steamer, 1907, Zurich, Kunsthaus). À partir de 1908, Munch se fixe en Norvège et, en 1916, il s'installe à Ekely. Les fresques qui lui sont demandées pour la salle des fêtes de l'université d'Oslo (1909-1915), malgré l'ambition de leur programme et leurs intentions symboliques (Alma Mater, la Montagne des hommes), indiquent une orientation vers un art plus descriptif, comme en témoignaient déjà des eaux-fortes (1902) et des toiles contemporaines sur le monde du travail (Ouvriers rentrant chez eux, 1912, Oslo, musée Munch). Quelques tableaux font preuve pourtant d'une grande hardiesse plastique à travers un tramage de lignes qui dissout les formes (la Mort de Marat, 1907, Oslo, musée Munch), les formes se dissolvant en motifs traités pour eux-mêmes, dans une sorte d'abstraction expressive (Enfants dans la rue, 1910, Oslo, musée Munch).

Le style de Munch se modifia peu par la suite dans des toiles au coloris vif (Nu près du fauteuil d'osier, 1919-1921, Oslo, musée Munch) ou sombre (Nuit étoilée, 1923-1924, id.) et admit seulement, à côté de pages toujours sévères, certaines plus détendues (Brigitte Olsen assise sur un lit, 1925-1928, id.).

À la fin de sa vie, l'artiste laisse de pathétiques autoportraits, reprenant inlassablement l'interrogation que lui propose son propre destin (le Vagabond nocturne, 1939 id.). En gravure, le thème de l'amour et de la mort, de la femme et du couple lui a inspiré mainte belle feuille, de la Jeune Fille et la mort (pointe-sèche, 1894), d'un érotisme macabre digne de Hans Baldung Grien, à la nostalgique Rencontre dans l'univers (bois en couleurs, 1899, aux représentations des étapes de la vie féminine (Puberté, eau-forte, 1902) et aux suites plus tardives, moins pessimistes et d'une juste résonance humaine (la Morsure, eau-forte, 1913 ; Vers la forêt, bois en couleurs, 1915). La dernière interprétation du Baiser a été gravée sur bois en 1943 avant la mort de l'artiste.

L'influence de Munch, précurseur de l'Expressionnisme, a été grande en Allemagne, notamment sur Die Brücke. L'artiste est surtout représenté à Oslo (Ng et musée Munch, ouvert en 1963 ; 1 000 toiles, 15 000 gravures, 4 400 aquarelles et dessins) ainsi que dans les musées allemands (Berlin, N. G. ; Cologne, W. R. M. ; Hambourg), suisses (Zurich) ou américains (Boston, M. F. A.). En 1975, Peter Watkins a réalisé un film, Edvard Munch, la Danse de la vie. De très nombreuses expositions ont rendu hommage à l'artiste, depuis celle de 1927 à la N. G. d'Oslo jusqu'à celle de Zurich, Kunsthaus, en 1988 ou encore l'exposition Munch et la France, en 1991-1992 (Paris, Oslo, Francfort).