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Pierre Mignard

Pierre Mignard, la Famille du Grand Dauphin
Pierre Mignard, la Famille du Grand Dauphin

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre français (Troyes 1612– Paris 1695).

Après un apprentissage auprès de Jean Boucher à Bourges, il étudie les grands décors de Fontainebleau, comme son frère Nicolas. Protégé par le maréchal de Vitry, il entre à Paris dans l'atelier de Simon Vouet, où il se lie d'amitié avec le peintre et écrivain Dufresnoy ; il retrouve celui-ci en Italie, où il se rend en 1635 et où il passera plus de vingt ans. Son activité d'alors reste mal connue ; plutôt que de grandes compositions religieuses (Saint Charles Borromée, largement diffusé par la gravure bien que seul le modello, musée du Havre, paraisse avoir été réalisé ; peintures à Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines, Rome), où il semble avoir combiné le style bolonais avec l'influence de Pierre de Cortone, il a vécu de ses tableaux de dévotion (ses célèbres Vierges, les " mignardes ", ne nous sont plus connues que par les gravures de F. de Poilly ou des exemplaires médiocres) et de ses portraits, dont les 2 seuls actuellement connus sont tardifs : Dignitaire de l'ordre de Malte, daté de 1653 (Malte, palais S. Anton), et Portrait d'homme (1654, musée de Prague). Allant à Venise en 1654, il rencontre l'Albane à Bologne, dont l'influence le marquera peut-être moins que celle de Dominiquin.

De retour en France en 1657, il suscite l'admiration par ses portraits de femmes, souvent flatteurs (Duchesse de Portsmouth, 1682, Londres, N. P. G.), par différents plafonds, tous disparus, pour des hôtels parisiens et par sa grande composition à fresque dans la coupole de l'église du Val-de-Grâce (1663). Le coloris en est un peu gris (à la suite, nous disent les sources, de l'emploi d'une chaux mal éteinte dans le mortier), mais l'ordonnance claire et rigoureuse de ce ciel peuplé de quelque 200 figures, la seule grande coupole peinte au xviie s. qui subsiste en France, reste saisissante. Mignard se pose alors en rival de Le Brun et prend la tête de l'Académie de Saint-Luc, en lutte avec l'Académie royale. Longtemps écarté des chantiers royaux, il peut enfin exécuter de grandes décorations, d'abord pour le duc d'Orléans à Saint-Cloud (1677-1680, détruites mais en partie gravées par J.-B. de Poilly ; cet ensemble était complété par une Pietà, peinte pour la chapelle du château en 1682, auj. à l'église Sainte-Marie-Madeleine de Gennevilliers), pour le Grand Condé (Andromède, 1679, Louvre), puis pour Monseigneur à Versailles (1683-84), enfin pour Louis XIV lui-même : en 1685, il peint les plafonds de la Petite Galerie (gravés par G. Audran) et les 2 salons qui l'accompagnent. Tous ces plafonds sont malheureusement détruits ; or, ils formaient la part que le peintre lui-même jugeait la plus importante de son œuvre. Appuyé par Louvois, Mignard supplante progressivement Le Brun, avec qui il mène une lutte ouverte. Épisodes de cette lutte, un Portement de croix offert au roi en 1684 (Louvre), une Famille de Darius (Ermitage) qui rivalise en 1689 avec le tableau qui avait jadis fait la gloire de Le Brun. À la mort de celui-ci (1690), Mignard, presque octogénaire, lui succède dans ses charges et dignités et déploie une incroyable activité. Il multiplie les projets pour la décoration de l'église des Invalides (dessins au Louvre), entreprend 2 plafonds pour le petit appartement du roi à Versailles (fragments aux musées de Grenoble, de Lille, de Toulouse, de Dinan, au château de Fontainebleau) et peint une série de tableaux religieux au coloris rare et subtil : le Christ et la Samaritaine (1690, Louvre ; une version antérieure à Raleigh, North Carolina Museum), le Christ au roseau et le Christ entre les soldats (1690, musées de Toulouse et de Rouen), Sainte Cécile (1691, Louvre), la Foi, l'Espérance (1692, musée de Quimper). Il meurt en mettant la dernière main à son Autoportrait en saint Luc (musée de Troyes).

Paradoxalement, la plupart de ses œuvres qui ont échappé à l'oubli (y compris la presque totalité des quelque 300 dessins que conserve le Louvre) datent des dernières années de sa longue vie. Il reste célèbre comme portraitiste, bien que la plupart des œuvres qui lui sont attribuées soient douteuses ou copiées et accentuent les défauts des originaux : modelé rond et mou, sentiment trop suave. Dans ce domaine aussi, des découvertes futures, que laisse espérer la haute qualité du dessinateur, devraient prendre place aux côtés des quelques portraits qui nous paraissent aujourd'hui échapper à la convention par leur riche orchestration (Famille du Grand Dauphin, Versailles), la sincérité du sentiment (Fillette aux bulles de savon, dite Mademoiselle de Blois, id.), l'attention au réel : portraits de Madame de Maintenon (1691, id.), de Tubeuf (1663, id.), de Colbert de Villacerf (1693, id.).