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Anton Raphael Mengs

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre et théoricien allemand (Aussig, Bohême, 1728  – Rome 1779).

Fils d'Ismael Mengs, peintre d'Auguste III de Saxe, il va à Rome pour la première fois en 1741. Il étudie les œuvres de Michel-Ange et Raphaël et fréquente l'atelier de Marco Benefial qui lui fait comprendre l'importance des Carrache. À son retour à Dresde, il est nommé peintre de la Chambre (1745), mais il repart l'année suivante à Rome, où, en 1748, il épouse une Italienne, modèle à l'Académie. Il revient encore à Dresde en 1749, mais obtient en 1752 de repartir pour Rome, où il fait la connaissance de Winckelmann en 1755 et peint sa première œuvre monumentale, le plafond de Saint-Eusèbe (1757-58), baroque par sa composition et ses effets. En 1760-61, il peint pour le cardinal Albani la fresque du Parnasse, inspirée par les peintures antiques découvertes récemment à Herculanum. Là, Mengs rompt avec la peinture de plafond illusionniste du Baroque pour établir les bases du Classicisme académique qui fera sa gloire européenne. Toujours en 1761, il suit en Espagne le roi de Naples Charles III de Bourbon et reste une dizaine d'années à Madrid, où il exécute des fresques pour le Palais royal : l'Apothéose d'Hercule, qui décore l'appartement du roi, et l'Aurore, pour la chambre de la reine, où l'élément baroque revient pour se mettre au service de la maison de Bourbon. Il peint aussi de nombreux portraits : Charles III d'Espagne (Copenhague, S. M. f. K. ; Prado), Charles IV (Prado), Ferdinand de Bourbon (Naples, Capodimonte ; Prado), Marie-Louise de Parme (Prado ; Metropolitan Museum), et il termine en 1769 une grande Ascension commencée à Dresde en 1752 (Dresde, Gg ; études et dessin préparatoire au Prado).

Rentré à Rome en 1770 (Adoration des bergers, Prado ; étude au musée de Weimar), il est nommé prince de l'Académie de Saint-Luc et décore à fresque la Sala dei Papiri (Vatican) pour le pape Clément XIV. Il est rappelé à Madrid pour peindre à fresque l'Apothéose de Trajan (1774, Palais royal). Sa dernière fresque en Espagne sera le Temps enlevant le Plaisir, pour le théâtre du château d'Aranjuez. Mais sa santé précaire l'oblige à demander l'autorisation de rentrer à Rome, sa ville d'élection, qu'il rejoint en 1777.

Interprète éminent de cette première rationalisation du Baroque qui devait ensuite aboutir au mouvement néo-classique, Mengs passait de son temps pour un nouveau Raphaël, et les milieux intellectuels le tenaient pour le plus grand peintre vivant. Par réaction, la critique moderne l'estime peu et lui dénie même parfois tout talent.

Bien que Mengs, dans la fresque allégorique, oscille entre le respect de la tradition baroque romaine et des velléités intellectuelles de réforme néo-classique, il fait preuve dans le portrait, sérieux et médité, d'une évolution spirituelle intéressante. Durant sa formation, guidée par son père, il a assimilé la leçon de portraitistes de l'Europe centrale comme Adler et Johannes Kupecký.

Ses études à Dresde lui font ensuite connaître les pastels brillants de Liotard, puis il passe à la méditation de la réforme romaine opérée par Benefial ; il exploite avec discernement le type du portrait à l'anglaise, raisonnablement " naturaliste ", préconisé par Pompeo Batoni, mais en lui infusant sa veine bien personnelle de sentimentalité et de névrose préromantique. Dans ses portraits officiels, comme ceux peints à la cour d'Espagne, le style baroque prédomine, avec des rappels de Rigaud et Largillière. Dans les portraits de ses amis et de sa famille, il atteint le naturel et l'étude psychologique (Winckelman, 1761-1762, New York Metropolitan ; Margarita Mengs, qui doit beaucoup aux portraits de Raphaël).

Comme théoricien et historien d'art, Mengs doit sa célébrité aux Gedanken über die Schönheit und den Geschmack in der Malerei (Zurich, 1762, 1765, 1774, 1788 ; ces " Études sur le beau et le goût dans la peinture " sont dédiées à Winckelmann) et au recueil de ses Œuvres (en italien : Parme 1780, Bassano 1783, Rome 1787 ; en espagnol : Madrid 1780 et 1797 ; en français : Amsterdam 1781, Ratisbonne 1782, Paris 1787 ; en allemand : Halle 1787 ; en anglais : Londres 1796), où il se révèle un théoricien plutôt médiocre, mais un critique très fin et un profond connaisseur non seulement des " trois grands peintres " (c'est-à-dire Raphaël, Corrège et Titien), mais de toute la tradition picturale moderne de l'Occident, comme le prouve sa Lettre à don Antonio Ponz sur la collection de tableaux du Palais royal de Madrid (1776).

Mengs fut l'ami et le collaborateur de Winckelmann, qui l'initia à l'analyse stylistique des œuvres d'art de l'Antiquité et dont les idées l'influenceront à son tour en partie ; il serait erroné de ne voir en lui qu'un humble disciple du célèbre historien de l'Antiquité.

Illustre représentant du Classicisme académique, il eut de nombreux élèves, de tous les pays. Les plus importants sont Anton Maron (1733-1808), Christoph Unterberger (1732-1798) et surtout Martin Knoller (1725-1804). L'influence de Mengs en Angleterre fut considérable. Citons Gavin Hamilton (1723-1798), Benjamin West (1738-1820), James Barry (1741-1806). Leur nouvelle conception de la peinture d'histoire devait avoir une grande incidence sur la peinture française, en particulier sur David.