En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Maîtres à l'Œillet

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Nom générique d'un ensemble de peintres suisses, tyroliens et bavarois, actifs à la fin du xve s. et au début du xvie s., dont les œuvres sont " signées " d'un ou de plusieurs œillets.

À l'occasion d'une exposition organisée à Zurich en 1921, on constata que les tableaux de ces artistes étaient de mains différentes et posaient des problèmes que ni les expositions postérieures, ni les documents, très pauvres, ni surtout le petit nombre d'œuvres ne permirent de résoudre complètement. La signification même de l'œillet échappe : signature individuelle, marque d'atelier ou élément symbolique de l'œuvre ? La relative unité stylistique implique-t-elle l'existence d'un maître unique, et par conséquent d'un seul centre, ou celle de plusieurs ateliers distincts ? Les études les plus récentes penchent pour cette dernière hypothèse, faisant apparaître 3 groupes, à Berne, à Zurich et à Baden. En raison d'une supériorité technique et stylistique évidente, on a pu isoler le retable de l'église des Cordeliers de Fribourg. Cet autel, exécuté v. 1480, a plusieurs auteurs. Les archives ont conservé 3 noms : Albert Mentz, bourgeois de Soleure en 1479, Barthélemy Rutenzweig, mentionné à partir de 1474, et son élève Jean de Strasbourg, sans préciser dans quelle mesure ils ont travaillé à cette œuvre. Les panneaux extérieurs, une Annonciation avec Sainte Claire et Sainte Catherine, sont d'un maître qui a connu de près les écoles flamandes contemporaines ; le dessin ferme, l'harmonie souple du coloris, le décor architectural en grisaille ouvert sur un paysage vaporeux font irrésistiblement penser à Van der Weyden. Les panneaux intérieurs sont conçus dans un esprit rhénan plus traditionnel : fond de damas doré, figures très en surface.

Le (ou les) maître de Berne fut assimilé à Maître Paulus, actif à Berne en 1494, puis à Paul Löwensprung, tué en 1499 à la bataille de Dornach. Son œuvre majeure est le Retable de saint Jean-Baptiste (panneaux partagés entre les musées de Berne, de Zurich et de Budapest), qui révèle une recherche de la perspective et un goût du paysage à la manière souabe : l'influence du maître de Fribourg y épouse la tradition rhénane. Le Retable de Brigue (v. 1490, musée de Zurich) et les fresques du porche de la cathédrale de Berne (datées de 1501) sont d'un élève assez maladroit (le " Maître de l'Oberland bernois ").

Trois types de " signatures " définissent le groupe de Zurich, actif env. de 1490 à 1505, largement ouvert aux influences flamandes (Volets de saint Michel, Zurich, Kunsthaus) et à l'esthétique de Schongauer (Retable du Kappelerhof, Zurich, Schweizerisches Nationalmuseum, exécuté sur le modèle du Retable des Dominicains de Colmar). Le Retable de saint Maurice (id.), porteur des initiales HL, a été attribué, avec de bonnes raisons, à Hans Leu l'Ancien. Le maître de Baden signe d'un œillet croisé d'un brin de lavande. Ses volets du Retable de la Passion (musée de Dijon), dont certaines scènes sont des copies littérales de gravures de Schongauer, se situent stylistiquement à la croisée des groupes bernois et zurichois. Mentionnons enfin, sans autre lien avec les maîtres précédents que leur " signature ", un peintre tyrolien de la fin du xve s., un certain maître Hubertus, Allemand du Sud, auteur d'un autel, la Vie de saint Hubert (musée de Donaueschingen), et un artiste d'Ulm ou d'Augsbourg, dont une coll. part. allemande conserve un Saint Georges avec une Présentation au Temple. Une exposition " Maître à l'œillet " a été présentée au musée de Fribourg (Suisse) en 1996.