En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Maître de Rohan ou Maître des Grandes Heures de Rohan

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre français (actif à Paris et en Anjou dans la première moitié du xve s. ).

Cet artiste resté anonyme tire son appellation d'un manuscrit, de destinataire inconnu, dénommé les Grandes Heures de Rohan d'après les armoiries rajoutées de cette famille (Paris, B. N.). Autour de ce manuscrit ont été regroupées les œuvres d'un peintre exceptionnel — ou plutôt d'un atelier cohérent travaillant sous sa direction, car les pages autographes du Maître sont rares. Il semble que le Maître de Rohan ait commencé sa carrière vers 1410 à Paris, dans une officine où travaillait aussi le Maître de Bedford, en illustrant des livres profanes, puis il paraît s'être spécialisé dans la production commerciale de livres d'heures de qualité moyenne ; enfin, il passe au service de la famille d'Anjou vers 1420 et exécute alors 3 des livres d'heures les plus inspirés d'une époque où la production artistique s'étiole : les Grandes Heures de Rohan, les Heures dites " d'Isabelle Stuart " (Cambridge, Fitzwilliam Museum) et les Heures à l'usage d'Angers, de l'ancienne collection Martin Le Roy. On lui attribue aussi une peinture sur bois : un fragment d'une Annonciation (musée de Laon).

Ce peintre inégal et souvent négligent manifeste une indifférence absolue aux problèmes techniques, recherches plastiques, étude de l'espace, invention narrative, qui passionnent ses contemporains, à la recherche d'un plus grand réalisme. Dans des compositions sans profondeur, sur les fonds abstraits du siècle précédent, il peint des paysages étagés en hauteur, des architectures incohérentes, des personnages énormes disproportionnés entre eux. Il ne se préoccupe que d'exprimer sa vision intérieure, toute d'angoisse devant le pathétique de la vie et des fins dernières, dans des scènes d'une invention totalement originale et indépendantes du répertoire iconographique traditionnel, qui sont parmi les grands chefs-d'œuvre ayant leur source dans l'inspiration chrétienne.

Plus soucieux de l'au-delà que des apparences du monde — une obsession tragique de la mort se manifeste dans plusieurs enluminures —, il est difficile à situer : on ignore tout de son origine, peut-être espagnole, plus plausiblement des Pays-Bas du Nord, alors foyer d'expressionnisme religieux.

Techniquement retardataire et d'une inspiration trop purement personnelle, cet artiste ne pouvait faire école : à part quelques élèves qui maintiennent dans l'Ouest et en Bretagne quelque chose de son style mais rien de son esprit, il ne laisse aucune descendance, et son génie reste isolé et sans réelle influence en son temps.