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Andrea Mantegna

Andrea Mantegna, le Christ au jardin des Oliviers
Andrea Mantegna, le Christ au jardin des Oliviers

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre italien (Isola di Carturo, près de Vicence, 1431– Mantoue 1506).

La critique s'est accordée depuis le xvie s. pour le définir par son " grand dessin ", sa " vérité naturaliste ", son " habileté technique ", ses " recherches de coloris " et surtout par ses étonnants " raccourcis ". Mantegna s'inscrit par là dans cette famille d'artistes qui, à la Renaissance, de façon très savante et grâce à un répertoire de formes archéologiques, tenta d'exprimer la nature en termes de perspective, d'articulation nouvelle de l'espace, de volumes nettement définis.

Padoue

Mantegna est cité pour la première fois dans les registres padouans en 1441 comme apprenti et fils adoptif du peintre Francesco Squarcione, avec qui il séjourna à Venise en 1447, mais dont il secoua vite la tutelle excessive. À dix-sept ans, il semble exécuter seul sa première œuvre signée et datée (Retable de S. Sofia, Padoue, 1448, détruit au xviie s.). Un séjour à Ferrare est attesté en 1449. La décoration de la chapelle Ovetari dans l'église des Eremitani consacre la renommée du peintre à Padoue, où il travaille de 1449 à 1456, acquérant une importance et une liberté toujours accrues du fait de la mort ou de la disparition des autres peintres, dont Giovanni d'Alemagna, Antonio Vivarini et Pizzolo, son collaborateur direct. Mantegna s'affirme dans les Scènes de la vie de saint Jacques et de saint Christophe, avec un style dur, ferme, impressionnant par la force du dessin et l'invention des perspectives. Ce cycle a malheureusement été presque entièrement détruit au cours de la Seconde Guerre mondiale : seuls subsistent à peu près intacts l'Assomption, le Martyre et le Transport du corps de saint Christophe. En 1453, il reçoit la commande du Polyptyque de saint Luc pour l'église S. Giustina de Padoue (Brera), qui se présente encore dans la tradition du Gothique tardif appris par Antonio Vivarini, et, en 1454, il signe une Sainte Euphémie (Naples, Capodimonte) qui préfigure la " Pala " de S. Zeno (Vérone), chef-d'œuvre de l'artiste, commandée dès 1456, mais terminée après 1460. Mantegna exécuta seul cet ensemble, composé de six panneaux disposés dans un imposant encadrement sculpté figurant un édicule, que l'artiste dessina lui-même et qui s'inspire de l'ouvrage de Donatello au Santo de Padoue. L'œuvre fut démembrée en 1797 et transportée en France avec les saisies napoléoniennes ; la Vierge à l'Enfant, qu'entourent deux groupes de Saints, fut restituée en 1815 et est conservée sur place, des copies remplaçant les trois tableaux de la prédelle : la Crucifixion (Louvre), l'Agonie au jardin des Oliviers et la Résurrection (musée de Tours). L'ensemble possédait une remarquable unité, les éléments architecturaux et les motifs sculptés formant un tout homogène. Mantegna avait fait ouvrir spécialement une fenêtre sur le côté droit de l'édifice, de façon à identifier cette source réelle de lumière avec l'éclairage supposé de la peinture, placée sur l'autel principal.

Mantoue

En 1453, par son mariage avec Nicolosia Bellini, fille de Jacopo et sœur de Gentile et de Giovanni, l'artiste s'était allié à la plus puissante famille de peintres vénitiens. Et lorsque, en 1456, Ludovic Gonzague lui écrit pour la première fois, l'appelant à son service, c'est donc à un artiste bien en place et en pleine possession de ses moyens qu'il s'adresse. L'installation à Mantoue en 1459 marque une étape essentielle pour Mantegna, qui y restera peintre officiel jusqu'à sa mort. Ses premiers travaux mantouans sont mal connus. On date souvent de cette époque le Saint Sébastien de Vienne (K. M.), signé en grec, dominé par des préoccupations d'espace et de perspective dans la représentation du sol en damier, qui font écho à Piero della Francesca ; Roberto Longhi, soulignant la calligraphie raffinée du Saint Sébastien, le plaçait plus tard, v. 1470 ; des liens avec Filarete ont été suggérés. Trois gravures : Déposition de la croix, Mise au tombeau, Descente aux limbes, sont peut-être des témoignages de la décoration de la chapelle du château aujourd'hui, détruite. Certains ont vu dans le " triptyque " des Offices (Ascension, Adoration des mages, Circoncision), qui ne serait qu'un assemblage factice, les vestiges d'une œuvre très admirée par Vasari dans cette chapelle lorsqu'il séjourna à Mantoue en 1565 et qui correspondrait à une œuvre citée en 1464.

En 1463 et 1464, Mantegna dirigeait les chantiers de Cavriana et de Goito, résidences ducales, et il aurait fait également un cycle homérique dans le palais de Revire. Il entretenait alors des rapports étroits avec les humanistes, notamment Felice Feliciano ; c'est dans cette période que se situe le curieux voyage archéologique qu'il fit sur le lac de Garde, dont le but était la recherche d'inscriptions et de vestiges antiques, très révélateur des intérêts constants de l'artiste.

La " Chambre des époux "

Deux courts séjours en Toscane sont attestés en 1466 et 1467 ; le Triptyque des Offices pourrait avoir été fait pour un membre de la famille des Médicis à ce moment. L'œuvre capitale de cette époque confuse est la Chambre des époux (Camera degli sposi) au château de Mantoue, dont le thème semble être une véritable glorification de la famille régnante. La décoration de la pièce, à peu près cubique, a été conçue à la façon d'un pavillon ouvert sur la nature, avec, au centre, un oculus en trompe-l'œil et, sur les murs latéraux, des scènes de la vie de cour, encadrées par de lourdes tentures. La chronologie de cette œuvre absolument originale reste floue, les travaux ayant duré, selon les historiens, de quatre à dix ans, mais étant, en tout cas, achevés en 1474. Mantegna inaugurait là tout un système décoratif nouveau, sans rien de commun avec les antécédents toscans, et annonçait un type de perspective illusionniste qui devait impressionner Bramante et Corrège et dont devait tirer parti Vinci. Les peintures, qui multiplient les portraits, célèbrent la vie de cour, comme en d'autres cycles contemporains de l'Italie du Nord (Ferrare, palais Schifanoia), mais en utilisant un répertoire cohérent et complet de pilastres et de médaillons à l'antique et en créant un décor illusionniste étendu à l'ensemble de la salle, dominée par l'étonnant oculus en trompe-l'œil où sont figurés des personnages se penchant à une balustrade, motif qui devait connaître par la suite un immense succès.

1480-1490

Protégé par les Gonzague, doté par eux d'une maison, l'artiste, qui se trouve à la tête d'un atelier actif, exécute des cartons de tapisseries, des coffres de mariage (cassoni), des modèles d'orfèvrerie aussi bien que l'étonnant Christ mort de la Brera, vu en raccourci, qui, selon Félibien, fit partie de la galerie de peinture de Mazarin à Rome, le Saint Sébastien donné à l'église d'Aigueperse à l'occasion du mariage d'un Bourbon (1481, auj. au Louvre), des portraits, la Madone aux anges (Brera), la Présentation au Temple (Berlin, musées de Berlin), où se cristallisent les liens entre Mantegna et Giovanni Bellini, et des œuvres peintes avec une minutie qui n'exclut pas les plus subtils effets lumineux : la Vierge aux carrières (Offices), le Christ mort (Copenhague, S. M. f. K.).

Les " Triomphes de César "

La série des 9 grandes toiles, de même format, conservées à Hampton Court et représentant les Triomphes de César illustre la dernière phase de l'art mantegnesque. Ce sont des chefs-d'œuvre de reconstitution mythologique, d'une rare efficacité décorative. Renonçant aux couleurs froides qu'il utilise généralement, l'artiste opte pour un riche camaïeu, admirablement servi par la sûreté du dessin. En 1492, la série n'était pas encore achevée qu'on en répandait déjà les gravures : elle fut vendue à Charles Ier d'Angleterre au xviie s.

Dernière période

En 1489, Mantegna fait un séjour à Rome, où il travaille pour le pape Innocent III à la décoration de la petite chapelle du Belvédère, disparue. De retour à Mantoue en 1490, il est chargé par le nouveau couple princier, François et Isabelle d'Este, de nombreux travaux : décoration de la résidence de Marmirolo ; Madone de la victoire (1496, Louvre), qui commémore la victoire du duc sur les Français à Fornoue et se présente comme une " miniature colossale " (Camesasca) trop concertée ; Madone Trivulzio (1497, Milan, Castello Sforzesco), d'une harmonieuse composition, mais présentant, elle aussi, les signes d'un certain affaiblissement académique. Cette dernière période fut consacrée à la décoration du Studiolo, petite pièce située dans une tour du château et dans laquelle Isabelle souhaitait rassembler des peintures exécutées par les meilleurs artistes italiens vivants. Précédant Pérugin et Lorenzo Costa, Mantegna exécute le Parnasse, commandé en 1496 et mis en place en 1497, le Combat des Vices et des Vertus, mis en place face au Parnasse en 1502, et le Comus, achevé par Costa, tous trois entrés au Louvre grâce à l'acquisition qu'en fit Richelieu avant 1630. Plus significatifs sont sans doute les admirables monochromes à sujets bibliques, simulant des bas-reliefs, de la décennie 1490-1500 (musée de Cincinnati ; Dublin, N. G. ; Vienne, K. M. ; Louvre ; Londres, N. G.), traités avec une finesse et une précision étonnantes, où Mantegna se montre en pleine harmonie avec les idées de la Renaissance : il traduit là dans un langage illusoirement réaliste sa passion pour le mythe antique et sa vision inflexible de formes dures et sèches avec une clarté et une mesure toutes classiques. Parmi les meilleures de ses dernières compositions, on peut encore citer certaines Saintes Conversations (Dresde, Gg), l'Adoration des mages (Malibu, musée Getty) et la Vierge et l'Enfant entre saint Jean et sainte Madeleine (Londres, N. G.).

Le style de Mantegna

Si l'art de Mantegna semble avoir ses racines profondes dans le goût des " antiquailles " de son maître padouan, Squarcione, la présence à Padoue d'artistes toscans entre les années 1430 et 1460 (A. del Castagno, Paolo Uccello, Filippo Lippi, Donatello) joua un rôle déterminant dans l'élaboration du style d'Andrea ; Piero della Francesca séjourna en 1449 à Ferrare, et le Polyptyque de saint Luc, par ses couleurs claires, témoigne sans doute d'une rencontre des deux artistes. À Ferrare, Mantegna se trouve par ailleurs en contact avec des œuvres flamandes (Rogier Van der Weyden). Puis ce fut le tour des Vénitiens : les " carnets " de dessins du vieux Jacopo ne laissèrent certainement pas le jeune artiste indifférent, et les échanges avec Giovanni eurent pour conséquence un adoucissement de son art. À Mantoue même, Mantegna trouva un climat d'érudition archéologique peut-être livresque, mais sincère. Des séjours toscans, il semble avoir retenu l'œuvre et l'intérêt pour la gravure de B. Gozzoli. Sans doute était-il trop enraciné dans sa vision personnelle de l'Antiquité pour retirer un choc quelconque de son premier contact avec Rome (preuve en est l'unité stylistique de la série de Triomphes, exécutée avant et après le séjour romain). À la fin de sa vie, Mantegna semble s'être retiré sur lui-même, fermant son art à la nouvelle génération : Léonard, Giorgione, Michel-Ange et Raphaël.

L'œuvre graphique

Bien qu'essentielle, l'activité picturale de Mantegna reste difficile à définir en raison de la disparition de plusieurs cycles décoratifs et de la mauvaise conservation des peintures de chevalet. Reste le domaine graphique, où Mantegna excelle et où il se révèle souvent plus sincère dans ses recherches formelles. Au xviiie s., quelque 50 gravures étaient attribuées au maître ; on en connaît aujourd'hui 7, dont 6 citées par Vasari : 2 Bacchanales, 2 parties d'un Combat des dieux marins (v. 1470), Déposition, Madone à l'Enfant, proche du tableau du musée Poldi-Pezzoli de Milan (v. 1475), et Christ ressuscité entre saint André et saint Longinus (v. 1488). Parmi les œuvres les plus élevées de Mantegna, citons le dessin de la Judith (Offices, 1491), qui appartint à Vasari. On a également parlé de l'activité de miniaturiste de l'artiste, sans compter celles du sculpteur et de l'architecte incontestable qu'il était.

L'influence de Mantegna

Artiste solitaire qui échappe à toute classification d'école, créateur de tout un répertoire de médaillons antiques, de cortèges, de monstres, de motifs décoratifs et d'un monde souvent solennel, froid et cérébral où la tension intellectuelle se relâche rarement, mais d'une puissance qui touche parfois au tragique, Mantegna influença de façon irremplaçable l'art de l'Italie du Nord, de Padoue (Morone) à Venise (période " mantegnesque " de Vivarini ou de Giambellino), à Ferrare et jusque dans les Marches (Crivelli). Sur le plan de la technique picturale, il joua un rôle de pionnier : la plus ancienne peinture sur toile connue en Italie est la Sainte Euphémie de 1454, et Vasari note, à propos des Triomphes de César, que Mantegna, " ayant plus de facilités et d'expérience dans la peinture sur toile, obtint de faire cet ouvrage non à fresque mais sur toile ". Enfin, c'est en grande partie à travers lui et grâce à la diffusion de ses gravures que la Renaissance italienne pénétra en Allemagne (Dürer a fait deux voyages en Italie). Une importante exposition a été consacrée à Mantegna (New York, Metropolitan Museum of Arts ; Londres, Royal Academy) en 1992.