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Charles Le Brun

Charles Le Brun
Charles Le Brun

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre français (Paris  1619- id. 1690).

La jeunesse

Fils d'un sculpteur, Le Brun fut un enfant prodige et bénéficia très tôt de la protection du chancelier Séguier. Entré dans l'atelier de Vouet v. 1634, après une première formation auprès de François Perrier qui le marque d'une façon durable, il assimile rapidement les différents styles à la mode. Il donne à la gravure des dessins qui attestent diverses manières et exécute des peintures pour Richelieu (Hercule et Diomède, 1641, musée de Nottingham ; esquisse à Bayonne, musée Bonnat) et, pour la Corporation des peintres, le Martyre de saint Jean l'Évangéliste (1642, Paris, Saint-Nicolas-du-Chardonnet).

En 1642, il se rend à Rome en compagnie de Poussin, qui continue à guider ses études dans la Ville éternelle. Il y étudia les antiques (pour une information documentaire autant que pour la plastique), Raphaël, les Carrache, Dominiquin et aussi, sans doute, l'œuvre décorative de Pierre de Cortone. Il peint alors Horatius Cocles (Londres, Dulwich College Picture Gal.), Mucius Scevola (musée de Mâcon), le Christ mort sur les genoux de la Vierge (Louvre). Contre le gré de Séguier, il quitte Rome et, après un bref séjour à Lyon (où il peint sans doute la Mort de Caton, musée d'Arras), revient à Paris en 1646, où, tout en bénéficiant encore de la protection du chancelier, il étend rapidement sa clientèle. À deux reprises, il exécute le may de Notre-Dame (la Crucifixion de saint André, 1647 ; esquisse à Northampton, coll. Spencer ; le Martyre de saint Étienne, 1651). La plupart des commandes qu'il reçut sous la régence d'Anne d'Autriche étaient celles de tableaux religieux ou de plafonds peints. Les premiers (le Repas chez Simon, Venise, Accademia ; le Christ servi par les anges, v. 1653, Louvre ; le Silence, 1655, id. ; le Benedicite, id. ; la Madeleine repentante, id.) se distinguent par leur dignité calme et la traduction magistrale des expressions ; les seconds (Hôtel de La Rivière, 1653, Paris, musée Carnavalet ; Psyché enlevée au ciel, petit cabinet du roi, Louvre, auj. détruit ; galerie d'Hercule à l'hôtel Lambert) font preuve d'une riche invention décorative et associent souvent la peinture au relief stuqué sur la voûte, mais les raccourcis excessivement accusés étant toujours évités.

Le Portrait du chancelier Séguier à cheval (Louvre), l'un des chefs-d'œuvre les plus justement populaires de l'artiste, doit dater de cette période (v. 1655).

L'œuvre maîtresse de Le Brun à cette époque est la décoration du château de Vaux-le-Vicomte pour Nicolas Fouquet (1658-1661) ; il eut ainsi l'occasion de déployer son talent à travers bâtiments et jardins, peignant murs et plafonds, et dessinant sculptures et tapisseries (qui furent exécutées à Maincy) ainsi que les projets des fêtes et des spectacles.

Le Brun au service de Louis XIV

À la même époque, il peignit pour Louis XIV la Tente de Darius (1660-61, Versailles), qui servit de manifeste à l'art académique, composition en frise, sobre et classique, dans laquelle les attitudes et les expressions des protagonistes illustrent l'action dramatique.

Le Brun n'eut pas à souffrir de la disgrâce de Fouquet, puisqu'il travailla pour Colbert et pour le roi, et son titre de premier peintre fut confirmé en 1664. Membre fondateur de l'Académie royale de peinture, il y occupa bientôt une place prépondérante. Lorsque Colbert demanda à l'Académie de codifier les règles de l'art, Le Brun en fut l'orateur le plus remarqué, soutenant que la peinture est un art qui s'adresse d'abord à l'intelligence, à l'encontre de ceux qui la jugent en fonction du plaisir de l'œil. Nommé directeur des Gobelins en 1663, il veilla à la formation des artisans, et le contrôle qu'il exerça sur la production des meubles et des tapisseries contribua à assurer l'unité du " style Louis XIV " à travers les résidences royales. Il donne les cartons pour les suites des Quatre Éléments, des Quatre Saisons, des Mois (ou des Maisons royales) et de l'Histoire du roi. La Tente de Darius fut suivie v. 1673 de 4 autres peintures inspirées par la geste d'Alexandre : l'Entrée à Babylone, le Passage du Granique, la Bataille d'Arbelles, Alexandre et Porus, et d'autres sujets furent également esquissés. Les toiles immenses (Louvre) qui servirent de cartons pour les tapisseries des Gobelins étaient probablement destinées à prendre place dans un cycle de peintures épiques, et c'est sans doute leur format, l'impossibilité de leur trouver un lieu d'exposition convenable qui empêchèrent la réalisation du projet initial. La galerie d'Apollon du Louvre, qui devait, dans l'intention de Le Brun, glorifier Louis XIV d'une manière plus franche, demeura également partiellement réalisée quand le roi abandonna Paris pour le nouveau palais de Versailles.

C'est à Versailles, avec l'escalier des Ambassadeurs (1674-1678, auj. détruit : exp. l'escalier des Ambassadeurs, château de Versailles en 1990), la galerie des Glaces (1679-1684 ; esquisses aux musées d'Auxerre, de Troyes, de Compiègne et de Versailles), les salons de la Paix et de la Guerre (1685-86) et la surveillance qu'il exerça sur la décoration des Grands Appartements et du château de Marly, que Le Brun donna la démonstration de son idéal artistique, glorifiant l'absolutisme — exemple qui devait être suivi par les rois et les cours dans toute l'Europe. Louvois ayant succédé à Colbert en 1683, Mignard, rival de Le Brun, bénéficia dès lors de la protection royale. Privé de commandes importantes, Le Brun passa les dernières années de sa vie à exécuter des peintures religieuses de moyen format : la Passion du Christ (Louvre, musées de Troyes et de Saint-Étienne), reprenant la tradition poussinesque de la méditation sur un thème narratif.

Le Brun instaura en France un style qui devait beaucoup au classicisme de Poussin et au baroque italien, et qui pouvait s'adapter aux différents impératifs de la peinture de plafond, de la tapisserie ou du tableau d'histoire. Son autoritarisme, qui lui fut souvent reproché, était une conséquence même de sa supériorité artistique. La gravure contribua à répandre son œuvre, qui, plus vigoureux par la beauté du trait que par la couleur, ne souffrit pas outre mesure de ce procédé de traduction. (Sébastien Le Clerc grava les Tapisseries du roi [1670], et Gérard Audran les peintures de l'Histoire d'Alexandre dans une série d'immenses gravures prodigieusement finies.) Son influence s'étendit bien au-delà des frontières de son pays et de son temps.

Les dessins

Outre les peintures de chevalet, les peintures murales et les tapisseries, l'œuvre de Le Brun comporte aussi une admirable suite de dessins exécutés tout au long de sa carrière, généralement des études préparatoires de détail ou d'ensemble pour les compositions qu'il peignit ou les travaux décoratifs ou ornementaux qu'il dirigea. Le Louvre ne conserve pas moins de 3 000 dessins dus à l'artiste et à certains de ses collaborateurs immédiats, trouvés chez Le Brun à sa mort et qui entrèrent alors dans la collection royale.

Des dessins importants de Le Brun se trouvent aussi dans les musées de Besançon, de Stockholm, d'Oxford (Ashmolean Museum) ainsi qu'à l'E. N. S. B. A. de Paris.

Les élèves de Le Brun

Le Brun eut tôt de nombreux collaborateurs qui travaillèrent à ses grandes entreprises décoratives et à l'exécution des cartons de tapisseries, d'abord pour Maincy, ensuite pour les Gobelins : parmi eux Baudrin Yvart, Louis Licherie, Verdier, Testelin, Houasse. À certains était dévolue une " spécialité " : à Van der Meulen les paysages, à Nicasius Bernaerts et Pieter Boël les animaux, à Monnoyer les fleurs et les feuillages, à Desportes les fruits. Si beaucoup de ses élèves suivirent fidèlement son enseignement (Verdier, Houasse, Licherie), d'autres, comme La Fosse, ou certains de ses collaborateurs, comme Jouvenet ou les Boullogne, se dégagèrent vite de son emprise pour affirmer leur personnalité propre ; le dogmatisme et le sectarisme de Le Brun professeur ont été en fait bien exagérés.