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Laurent de La Hyre

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre français (Paris 1606  – id.  1656).

Son père, Étienne de La Hyre, peintre lui-même à ses débuts, lui inculque les premiers rudiments de son art. Cette éducation est complétée dans le milieu parisien de l'atelier de Georges Lallemant ainsi que par l'examen attentif des décorations du château de Fontainebleau (une œuvre de jeunesse comme la Tuile, Louvre, en témoigne). Il profita certainement des conseils de Quentin Varin, ami de sa famille et premier maître de Poussin aux Andelys.

Sa première grande commande, Visite du pape Nicolas V au tombeau de saint François (1630, Louvre), exécutée pour la chapelle Saint-François des Capucins du Marais, allie des traits maniéristes à une sensibilité déjà ordonnée et classique. Celle-ci se manifeste aussi dans une toile comme le Chien gardant sa proie (1632, musée d'Arras), cas unique dans la peinture française de ce temps d'un tel sujet dont l'école flamande fournit de nombreux exemples. La passion de l'artiste pour la chasse peut l'expliquer. L'exécution des 2 mays de Notre-Dame de Paris, Saint Pierre guérissant les malades de son ombre (1635, Notre-Dame de Paris) et la Conversion de saint Paul (1637, id.), consacre sa réputation. Le caractère baroque de cette dernière œuvre, dont l'éclairage dramatique n'est pas sans rappeler Vouet ou Blanchard, marque le terme de la première phase dans l'évolution de La Hyre.

À partir de 1640, il exécute des travaux de décoration (hôtels de Tallemant et de Montoron), dessine des cartons de tapisseries (série de la Vie de saint Étienne, pour Saint-Étienne-du-Mont à Paris, dessins au Louvre) et répond à la demande de nombreux amateurs pour des tableaux " de cabinet " ou à celles des ordres religieux commandant des retables pour les églises nouvellement édifiées. Il est aussi en 1648 l'un des douze fondateurs de l'Académie de peinture.

Ces activités multiples sont à l'image des intérêts nombreux d'un artiste éclectique, mélomane et attiré par les mathématiques et l'archéologie. Peintre représentatif du milieu parisien, il amorce une réaction contre la fougue de Vouet, épure ses compositions par un effort lucide vers l'élégance et la sérénité (la Vierge à l'Enfant, 1642, Louvre). Le paysage prend dans ses œuvres une place grandissante, étayée toujours par quelque motif d'architecture dans un souci de précision archéologique, comme en témoignent déjà la Naissance de Bacchus (1638, Ermitage) ou l'un des chefs-d'œuvre de sa maturité classique, Laban cherchant ses idoles dans les bagages de Jacob (1647, Louvre), où l'action s'insère dans un paysage calme et transparent. Le coloris clair, proche des tonalités de Gentileschi, soutient discrètement le drame sans violence de la Mort des enfants de Béthel (1653, musée d'Arras) ou de Moïse sauvé des eaux (Detroit, Inst. of Arts). Dans le Paysage au joueur de flûte (1647, musée de Montpellier) ou le Paysage aux baigneuses (1653, Louvre), les personnages s'estompent au profit du paysage, qui devient le sujet du tableau (Paysage, musée de Lille). Ses biographes anciens affirment d'ailleurs qu'à la fin de sa carrière La Hyre multiplie les petits paysages que se disputent les amateurs. La limpidité de la touche et la finesse de l'observation ont fait penser à l'influence du paysagiste Jacques Fouquières, formé à Anvers et établi à Paris à cette époque. Ce goût prononcé se manifeste aussi, au cours des années 1640, dans une série de gravures très fines d'une rare sensibilité et d'une grande sûreté d'exécution, qui comptent parmi les meilleures (Paris, B. N.).

Cependant, La Hyre peint jusqu'à la fin de sa vie des tableaux mythologiques ou antiques (Hersé et Mercure, 1649, musée d'Épinal ; Cornélie, musée de Budapest ; Baiser de la Paix et de la Justice, 1654, musée de Cleveland), d'amples et éloquentes compositions religieuses, telles que l'Apparition de Jésus aux trois Maries (Louvre), la Descente de croix (1655, musée de Rouen), l'Apparition du Christ à la Madeleine et les Disciples d'Emmaüs (1656, musée de Grenoble), très remarquables pour leur singulière puissance dramatique.

Il ne subsiste que des morceaux dispersés pour témoigner de son activité de décorateur qui semble avoir été plus importante qu'on ne le pensait jusqu'à une date récente : Les allégories des 7 Arts libéraux provenant de l'hôtel Tallemant en sont les spécimens les plus remarquables et les plus célèbres : l'Astronomie (1649, musée d'Orléans), la Géométrie (1649, coll. part.), la Musique (1649, Met. Mus.), avec ses deux Putti (Dijon, Mus. Magnin), l'Arithmétique (1650, Heino, Fond. Hannema de Stuers), la Grammaire (1650, Londres, N. G.), la Dialectique et la Rhétorique (1650, coll. part.). On connaît de nombreux dessins de l'artiste, à la sanguine (Saint Jean, Louvre) et à la pierre noire (les Trois Grâces, musée de Montpellier). Son influence, trop mésestimée, s'exerça sur la production normande. Il est l'un des meilleurs représentants de " l'atticisme parisien " et compte parmi les plus grands paysagistes du xviie s. Une importante rétrospective a eu lieu en 1989 (Grenoble, Rennes, Bordeaux).