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Jan Josephs Van Goyen

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre néerlandais (Leyde 1596  – La Haye 1656).

Il s'initia de bonne heure à la peinture chez Coenraad Adriaens Schilperoort, Isaak Van Swanenburgh et Jan Arentsz de Man. Il travailla ensuite deux ans dans l'atelier d'un certain Willem Gerrits à Hoorn. De Van Swanenburgh nous connaissons des tableaux historiques qui n'ont rien de commun avec l'œuvre de son élève ; les autres maîtres avaient, à leur époque, une certaine renommée de paysagistes, mais, comme leur œuvre a disparu, il est impossible de savoir à quel point les traditions de l'école de Leyde ont influencé Van Goyen. Par contre, nous savons qu'il se rendit un an en France en 1615. Après son retour à Leyde, il travailla une année encore dans l'atelier d'Esaias Van de Velde à Haarlem, et cet apprentissage eut sur sa formation une importance capitale, dont témoignent ses premières peintures.

À partir de 1620 jusqu'à sa mort, il a daté tous ses très nombreux tableaux, ce qui permet de suivre de près l'évolution de son style. Entre 1620 et 1626, ses paysages se composent d'architectures et de groupes de personnages dispersés, peints en couleurs vives qui limitent des contours bruns (Vue de village, 1623, Brunswick, Herzog Anton Ulrich-Museum). Il est par là l'un des créateurs du paysage " réaliste " hollandais. Van Goyen a exécuté à cette époque de nombreux petits tableaux ronds sur un thème commun (l'Été et l'Hiver, les Quatre Saisons), suivant l'exemple des maîtres flamands de la seconde moitié du xvie s. On peut également mentionner l'influence de Jan Bruegel ; les paysages peints par ce dernier au début du xviie s. sont également animés de figures de genre et exécutés suivant une technique très voisine de celle de Van Goyen.

Entre 1625 et 1630 env., son style — en même temps que celui de Pieter Molyn et d'Esaias Van de Velde (ces maîtres se sont sûrement influencés sans cesse l'un l'autre à cette époque) — se modifie profondément. Le coloris varié est remplacé par la palette " monochrome " ; seuls sont utilisés le vert, le jaune, le brun et leurs nuances intermédiaires pour rendre le paysage comme les figures et les architectures qui le complètent. La composition devient également beaucoup plus simple : l'accent est mis désormais sur un seul groupe architectural, un seul bouquet d'arbres ou une seule dune, placés d'un côté du tableau ; les figures et les édifices, groupés le long d'une diagonale descendante, acquièrent ainsi une importance secondaire. Le tableau ne doit plus sa vivacité et sa variété à l'accumulation de détails pittoresques, mais à l'alternance de parties claires et obscures qui semblent inonder le paysage de grands mouvements onduleux et qui lui donnent en même temps un caractère dynamique et une certaine cohérence (Paysage de dunes avec ferme, 1632, musée de Hanovre). À partir de 1630, l'eau commence à jouer un rôle beaucoup plus important dans les paysages de Van Goyen. À cette époque, on retrouve dans l'œuvre de Salomon Van Ruysdael la même technique pour représenter les lacs et les fleuves hollandais, et les deux artistes se sont sans doute mutuellement inspirés. Van Goyen commence alors à acquérir une virtuosité toute personnelle grâce à des méthodes très simples ; l'accumulation de détails caractérisant les années 1620-1626 et le dynamisme encore maniériste de sa production v. 1630 font désormais place à une construction économe et claire du tableau. La partie inférieure de celui-ci, qui occupe souvent à peine un quart de la toile, est subdivisée en bandes superposées d'eau et de terre. Un rythme vivant est imprimé à ces bandes grâce à quelques accents subtils : petits bateaux avec leurs équipages, groupes de bétail et d'édifices peints avec maîtrise et souplesse. La touche du pinceau de Van Goyen reste toujours visible (comme chez Frans Hals), procédé qui lui permet d'animer sa peinture. Des théories de nuages — éléments caractéristiques du paysage hollandais — glissent dans le ciel, qui occupe souvent les trois quarts au moins de la toile, et renforcent encore l'effet majestueux de l'ensemble. La composition se simplifie peu à peu, et le peintre est amené dans les quinze dernières années de sa vie à créer des œuvres d'allure vraiment monumentale (les Deux Chênes, 1641, Rijksmuseum ; Vue sur le Rhin, 1646, musée d'Utrecht).

Le maître fit de nombreux croquis d'après nature ; av. 1625, il exécuta surtout des dessins à la plume, ensuite il utilisa de préférence le crayon. On connaît de sa main des centaines de dessins du même genre et même quelques carnets d'esquisses. Plusieurs pages portent une date et, dans un grand nombre de cas, on peut reconnaître l'endroit où ils ont été dessinés grâce aux édifices que l'on peut facilement identifier. Van Goyen composait ses tableaux chez lui, dans son atelier, en se référant à ces dessins. Car, malgré leur caractère " réaliste ", ces paysages ont été réinventés : il introduisait des silhouettes de villes, Leyde par exemple, dans un cadre qui n'était pas tout à fait conforme à la vérité topographique. Son réalisme propre se définit davantage par son talent d'évocation de l'atmosphère hollandaise avec ses eaux, ses ciels gris chargés d'humidité.

De son vivant, l'artiste fut sans aucun doute apprécié ; les nombreux imitateurs de son style en témoignent, ainsi que les deux commandes qu'il obtint : l'une du stadhouder Guillaume II et l'autre de la municipalité de La Haye. Vers 1631, le maître s'était fixé dans cette ville après un séjour à Leyde. À l'exception d'un court séjour à Haarlem, il vécut à La Haye jusqu'à sa mort et peignit en 1651, pour la municipalité, une immense Vue de La Haye. Il vendit nombre de ses œuvres, car dans maint document son nom est lié à des transactions commerciales. Ils indiquent qu'il investissait des sommes considérables dans l'achat de peintures, de maisons et de tulipes (les bulbes étaient à cette époque un article particulièrement précieux et donnaient lieu à des spéculations financières insensées).

Au xviiie s. et dans la première partie du xixe, Van Goyen tomba dans l'oubli ; on lui reprochait alors son coloris monotone et son manque de raffinement dans le détail. Il est, avec Frans Hals, un des peintres dont les qualités exceptionnelles ont été redécouvertes grâce à la vision impressionniste. L'artiste est représenté dans tous les musées hollandais et dans la plupart des grands musées d'Europe et des États-Unis. Ses dessins sont conservés notamment au Rijksmuseum, au musée de Hambourg, à Bruxelles (M. R. B. A.), à Dresde (cabinet des Estampes).