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Domenico Bigordi, dit Domenico Ghirlandaio

Christophe Colomb
Christophe Colomb

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre italien (Florence 1449  – id. 1494).

Vasari affirme, mais sans que son assertion soit confirmée par des documents, que Domenico doit son surnom à son père, orfèvre très habile à exécuter les guirlandes des coiffures des fillettes florentines. Également orfèvre, toujours d'après Vasari, il passa rapidement à la peinture sous la direction de Baldovinetti. Mais, dès les toutes premières œuvres qui lui sont unanimement attribuées — fresque avec Sainte Barbe, saint Jérôme et saint Antoine abbé dans la petite église paroissiale de Cercina, près de Florence (v. 1470) et fresque de l'église d'Ognissanti à Florence (la Madone de miséricorde avec la famille Vespucci et le Christ mort, 1473) —, il fait preuve d'un éclectisme hardi, se révélant un expérimentateur de tous les grands courants de la peinture florentine, de Verrocchio aux œuvres de la vieillesse de Lippi et même jusqu'à Masaccio. La clarté de la fresque de Cercina, qui rappelle la lumière de Baldovinetti, et les portraits qui sont figurés dans la fresque d'Ognissanti sont caractéristiques de ses premières recherches. En dépit des repeints, on peut déjà reconnaître dans ces portraits des membres de la grande bourgeoisie florentine un don d'observation attentive, qui lui vaudra d'être le maître le plus renommé et le plus recherché de la fin du xve s.

Son chef-d'œuvre de jeunesse est constitué par les deux fresques avec les Scènes de la vie de sainte Fina dans la collégiale de S. Gimignano, qu'il termina en 1475 aux côtés de Sebastiano Mainardi. Dans l'ordonnance de ces deux scènes, Ghirlandaio dévoile sa profonde maîtrise de narrateur : son récit est alerte et savamment composé (la mort de la sainte dans la chambre nue ; les funérailles se déroulant sur le fond des tours de S. Gimignano). Il y manifeste surtout sa faculté de saisir d'un trait réussi — bien que parfois superficiel — le caractère des personnages (assistants du convoi funèbre, distraits ou émus, attentifs ou souriants). Grâce à ces qualités, il devint le maître favori de la riche bourgeoisie banquière et marchande. Ghirlandaio exécute à fresque, en 1480, la Dernière Cène pour le réfectoire d'Ognissanti, et l'admirable Saint Jérôme à l'étude de l'église d'Ognissanti ainsi que quelques " pale " d'autel. Il se rend ensuite à Rome (1481) pour peindre, avec de nombreux aides, plusieurs fresques (l'Appel de saint Pierre et de saint André ; 12 Papes) à la chapelle Sixtine. À son retour à Florence, v. 1483, il peint deux " pale " d'autel : la Madone avec les saints Denis l'Aréopagite, Dominique, Clément et Thomas d'Aquin pour Monticelli (Offices) et la Madone avec les saints Michel, Juste, Zénobe et Raphaël pour l'église S. Giusto (Offices ; prédelle partagée entre la N. G. de Londres, l'Inst. of Arts de Detroit et le Metropolitan Museum). En même temps, il fait de nouveau œuvre de fresquiste en 1483, avec ses frères, au Palazzo Vecchio.

Dans ses retables, la matière picturale est lumineuse et compacte, et le rendu des détails attentif et analytique ; la composition, bien organisée, devient, autour des personnages centraux, de plus en plus complexe (par rapport au simple agencement de ses premières œuvres du même genre) ; le dessin est parfait. Ces qualités sont souvent affaiblies par les nombreuses interventions des aides dans les œuvres exécutées " en équipe " par l'atelier très actif du maître.

Ghirlandaio peint ses deux plus importants cycles de fresques pour les familles Sassetti et Tornabuoni : les Scènes de la vie de saint François dans la chapelle Sassetti à S. Trinità (1483-1485) et les Scènes de la vie de la Vierge, pour Giovanni Tornabuoni, dans le chœur de S. Maria Novella à Florence (1486-1490). Ces œuvres offrent l'immense intérêt d'être le reflet fidèle des coutumes florentines de la fin du xve s. : Ghirlandaio mêle la vie religieuse à la vie publique, la fait intervenir dans les palais, la campagne florentine ; ses personnages sont vêtus à la mode contemporaine et ont les traits de ses clients.

L'Adoration des bergers (1485), destinée à l'autel de la chapelle Sassetti à S. Trinità, est particulièrement significative dans l'œuvre de Ghirlandaio : on y décèle pour la première fois à Florence l'influence de la " pala " Portinari, de Hugo Van der Goes, récemment arrivée, influence surtout sensible dans le réalisme aigu des bergers.

Les principales œuvres de Ghirlandaio sont ensuite : le tondo de l'Adoration des mages (1487, Offices), la " pala " de l'Adoration des mages pour l'église de l'hôpital des Innocents (dont le contrat stipulait qu'elle devait être entièrement l'œuvre du maître et pour laquelle, cependant, l'intervention de nombreux aides est confirmée par des documents), la belle Visitation de S. Maria Maddalena dei Pazzi (1491, Louvre), qui fut, d'après Vasari, achevée par ses deux frères, Davide et Benedetto. Parmi ses portraits (outre les figures contemporaines de ses " pale " et de ses fresques traitées en portraits incisifs), on peut citer le Portrait de Giovanna Tornabuoni (1488, Madrid, fondation Thyssen – Bornemisza), celui du Vieillard avec un enfant (Louvre), celui dit de Francesco Sassetti avec son fils (Metropolitan Museum).

Ses frères Davide (Florence 1452 – id. 1525) et Benedetto (Florence 1458 – id. 1497) furent également miniaturistes et mosaïstes. Ils collaborèrent surtout aux diverses entreprises de leur aîné, assimilant parfaitement son style dans leurs œuvres communes mais révélant une incontestable faiblesse dans leurs travaux personnels. Des documents ont permis d'attribuer à Davide, dont l'activité à partir du xvie s. reste en grande partie inconnue, la Sainte Lucie avec un donateur de S. Maria Novella (1494). Benedetto est l'auteur de la Nativité de l'église d'Aigueperse, en Auvergne. On suppose qu'il peut avoir séjourné en France de 1485 à 1493 env. En tout cas, sa Nativité présente des affinités remarquables avec l'œuvre du Maître de Moulins, qui peuvent s'expliquer, si l'artiste ne s'est pas rendu en France, par une commune admiration pour Hugo Van der Goes.

Ridolfo (Florence 1483 – id. 1561) , fils de Domenico, fut aussi son élève. Inspiré parfois par le naturalisme de Piero di Cosimo (Montée au Calvaire, Londres, N. G.), il trahit surtout l'influence de Raphaël et de Fra Bartolomeo dans ses tableaux d'autel, aux harmonies très classiques (Adoration des bergers, 1510, musée de Budapest : Madona della Cintola, 1514-15, cathédrale de Prato), et dans ses portraits (Portrait de femme, 1509, Florence, Pitti ; Un orfèvre, v. 1512-1515, id.). La fragmentation même du décor de la Cappela dei Priori, au Palazzo Vecchio de Florence (1514), évoque de très près le parti adopté par Raphaël à la chambre de la Signature.