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Orazio Lomi, dit Gentileschi

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre italien (Pise 1563  –Londres 1639).

De sa première éducation toscane auprès de son demi-frère Aurelio Lomi, maniériste tardif, il garda le goût des draperies raffinées, des formes nettes et de la couleur froide, et une certaine réserve vis-à-vis d'un réalisme trop populaire. C'est ainsi qu'à Rome, entre 1576-78 et 1621, il fut l'un des rares peut-être, avec Carlo Saraceni, à entrer en contact direct avec Caravage et l'un des premiers à assimiler la leçon de celui-ci, parallèlement à Borgianni et à Manfredi. Mais il ne montra toujours qu'un naturalisme modéré, s'inspirant des œuvres de jeunesse du maître, telles que le Repos pendant la fuite en Égypte ou la Madeleine (Rome, Gal. Doria-Pamphili), encore anecdotiques et colorées, baignées d'une lumière froide et restant de tradition lombarde. Il garda un fond de culture toscane, bien visible dans ses premières œuvres : la Circoncision (fresque, 1593, Rome, Sainte-Marie-Majeure), Saint Thadée (id., 1600, Saint-Jean-de-Latran) ou encore le Baptême du Christ de S. Maria della Pace, la Circoncision de l'église du Gesù d'Ancône (vers 1605) et l'Assomption de l'église des Cappuccini de Turin, d'un caravagisme mitigé. Autour de 1600, il travailla aussi à de vastes décorations, en collaboration avec Agostino Tassi, au palais du Quirinal et à la Loggetta du palais Rospigliosi à Montecavallo (1611-12). Des œuvres telles que Saint François et l'ange (Rome, G. N., Gal. Corsini et Madrid, Prado), David (Rome, Gal. Spada et Dublin, N. G. of Ireland), la Vierge et l'Enfant (Cambridge, Mass., Fogg Art Museum), Judith (Hartford, Wadsworth Atheneum), généralement datées de cette même période, marquent nettement un rapprochement avec les mises en page, le naturalisme et le luminisme de Caravage.

Il trouva un style tout à fait personnel lors de séjours dans les Marches (entre 1613-14 et 1616-19), décorant la chapelle du Crucifix (fresques avec des Scènes de la Passion) à la cathédrale de S. Venanzo à Fabriano et peignant des tableaux d'autel pour la même église (Crucifixion), pour S. Benedetto (Saint Charles Borromée) et pour S. Domenico (Madone du Rosaire). Il crée alors certaines de ses œuvres les plus subtiles : le Mariage mystique de sainte Catherine (Urbino, G. N.), la Vierge à l'Enfant avec sainte Claire et un ange (av. 1616, id.), peut-être aussi l'admirable Sainte Cécile avec Valère et Tiburce de la Brera. Puis, en 1621, il se rendit à Gênes, où il exécuta toute une série d'œuvres, pour la plupart auj. disparues (tels les fresques de la loggia de Sampierdarena achevées en 1624 et des tableaux pour les palais génois), dont il reste la Danaé du musée de Cleveland et l'Annonciation de l'église de S. Siro. L'Annonciation (Turin, Gal. Sabauda) exécutée en 1623 à Gênes pour Charles-Emmanuel de Savoie, courtoise et patricienne, toute en valeurs et en blancs lumineux, enveloppés d'une lumière diffuse, est une sorte de conclusion de l'activité de Gentileschi en Italie, contemporaine de la floraison du caravagisme " manfrédien " et " honthorstien " à Rome. Sans doute faut-il situer à la même période la poétique Joueuse de luth de Washington (N. G.), chef-d'œuvre de Gentileschi, version aristocratique des " musiques " populaires du Caravagisme. Après son passage à Gênes et peut-être un arrêt à Turin, Gentileschi se rend en France. Lors de son séjour à Paris (1624-25), il fut au service de Marie de Médicis, peignant pour le palais du Luxembourg de grandes allégories (telle la Félicité publique triomphante, Louvre) et une Diane (musée de Nantes) ; il exerça alors une influence directe sur les peintres français, parmi lesquels Jean Monier, Louis Le Nain, La Hyre et Philippe de Champaigne, et également sur les artistes hollandais venant visiter le Luxembourg, tels que J. G. Van Bronckhorst, qui transmit le caravagisme nuancé de Gentileschi à son élève Cesar Van Everdingen. Mis en compétition, à Paris, avec Rubens, qui peignait la Vie de Marie de Médicis au Luxembourg, et devant le succès que remportaient les peintures de G. Baglione, il préféra quitter Paris et accepta l'invitation à la cour de Charles Ier, à Londres, où il resta jusqu'à sa mort.

La période londonienne (1625-1639) est l'époque de grandes décorations pour le roi et le duc de Buckingham, auj. perdues (au palais de Greenwich, à Yorkhouse, à Somerset House, à Marlborough House), et des répétitions de thèmes déjà exploités en Italie ou en France, tels le Repos pendant la fuite en Égypte (1626, Vienne, K. M. ; Louvre ; Birmingham, City Museum), la Madeleine pénitente (Vienne, K. M.), Loth et ses filles (Ottawa, N. G. ; musées de Berlin). Une de ses dernières œuvres fut le Moïse sauvé des eaux, au Prado, peint pour Philippe IV d'Espagne en 1633 (réplique peinte pour Charles Ier, à (Londres, N. G., provenant de Castle Howard), scène de plein air dont le raffinement extrême pose le problème des relations entre Van Dyck, alors présent à Londres, et l'artiste. L'œuvre de Gentileschi n'a en fait rien de baroque, elle revêt plutôt un aspect postmaniériste, s'intéressant peu aux mouvements des formes vivantes, mais rendant la solidité des corps et la qualité des choses par un jeu de valeurs et de subtiles transitions de lumière. C'est la peinture de la nouvelle bourgeoisie, aussi éloignée de l'intellectualisme classique d'un Poussin que du naturalisme brutal des œuvres tardives de Caravage ; il est caractéristique qu'il faille se retourner vers la Hollande du milieu du xviie s., vers l'école d'Utrecht, Ter Borch et Vermeer pour lui trouver quelque équivalent. Par ses séjours en France et en Angleterre, par la nature même de sa peinture, Gentileschi a été l'un des principaux propagateurs du Caravagisme en Europe, dont il donnait une version adoucie.