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Thomas Gainsborough

Thomas Gainsborough, Conversation dans un parc
Thomas Gainsborough, Conversation dans un parc

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre anglais (Sudbury, Suffolk, 1727  – Londres 1788).

Fils d'un drapier, il manifesta très tôt son talent de dessinateur et son penchant pour les paysages néerlandais qu'il avait dû voir dans le Suffolk et dans les salles de vente londoniennes. Il arriva à Londres pour la première fois en 1740, où il paraît s'être formé en fréquentant les ateliers d'artistes plutôt qu'en suivant un apprentissage régulier. Il reçut probablement des leçons d'Hubert Gravelot, professeur de dessin à la Saint Martin's Lane Academy, et subit également l'influence de l'associé de Gravelot, Francis Hayman, qui enseignait la peinture à cette même académie. On peut classer ses premières œuvres en deux catégories : d'une part les paysages influencés par les Néerlandais, surtout Jacob Ruisdael et Wynants, et enrichis par l'étude de la nature ; d'autre part les groupes de petits personnages, le plus souvent des couples, avec la nature pour cadre et rappelant les " Conversation Pieces " anglaises et le style rococo français vu à travers Gravelot et Hayman. Ces œuvres offrent un grand charme, non sans une certaine raideur due à un talent qui a encore quelque chose d'" amateur ". Parmi les exemples de ces tableaux, on peut citer : le Couple (v. 1746, Louvre), Cornard Wood (1748, Londres, N. G.) et Mr et Mrs Andrews (v. 1748, id.), dont l'arrière-plan de paysage est le plus naturaliste qu'un Anglais ait jamais peint avant Constable.

En 1746, Gainsborough épousa Margaret Burr, qui lui donna deux filles ; il les a représentées encore enfants, v. 1750, dans 3 œuvres charmantes, peintes à la manière d'esquisses (Londres, N. G. et V. A. M.). Il revint à Sudbury aux environs de 1748, s'installant peu après à Ipswich, ville voisine, où il vécut jusqu'à son départ pour Bath. En 1755, il exécuta sa première commande importante pour le duc de Bedford, 2 paysages qui devaient servir de dessus de cheminée : Paysan avec deux chevaux et Bûcheron courtisant une laitière (Woburn Abbey). Ce sont des idylles champêtres qui rappellent Boucher, mais qui dénotent aussi un esprit d'observation plein d'acuité et de sensibilité. Il exécuta à la même époque des portraits à mi-corps, grandeur nature, de personnages importants du Suffolk, qui témoignent d'un talent grandissant.

Lors de son installation à Bath, en 1759, il entra en contact avec les cercles élégants et s'adonna dès lors aux portraits en pied grandeur nature, qui constituèrent désormais la source principale de ses revenus. Il peignit des paysages pour son propre plaisir. Bien qu'il s'inspirât au départ de dessins d'après nature, il les composait selon sa propre imagination, prenant pour modèles des rochers, de la mousse, des morceaux de verre et des branches amenés dans son atelier. Ces paysages reflètent la vie campagnarde de l'époque, nullement la poésie classique, et sont animés d'un souffle pittoresque et champêtre ; leur style et leur facture dénotent l'influence du Rococo (Paysans allant au marché de bon matin, v. 1773, Londres, University of London, Royal Holloway College). Le style des portraits de Bath révèle une élégance et une assurance nouvellement acquises au contact des tableaux de Van Dyck, qu'il pouvait voir dans les demeures des environs. Plus encore que la plupart des peintres anglais, Gainsborough aimait à situer ses modèles dans le cadre d'un paysage ; contrairement à Reynolds, son rival, il préférait le costume contemporain au vêtement classique, détestait l'allégorie et n'avait jamais recours à des aides, semble-t-il, pour exécuter les draperies. Le costume, selon lui, faisait partie de la ressemblance du sujet, qu'il savait d'ailleurs rendre avec un rare bonheur. Les portraits de la période de Bath — palpitant d'une vie trop exquise pour être réelle, magnifiquement peints avec beaucoup d'aisance et des chatoiements de tissu, sophistiqués dans le style, mais familiers dans les poses — reflètent une société qui avait le culte de l'élégance et des manières, bien qu'elle ait été légèrement choquée par l'interprétation quelque peu désinvolte qu'en donnait Gainsborough. On le voit dans le portrait de Lady Alston (v. 1765, Louvre), de Mary, comtesse Howe (v. 1763-1764, Londres, Kenwood, Iveagh Bequest), du Duc et de la Duchesse de Montagu (1768, coll. Duke of Buccleuch), du fameux Blue Boy (" Master Jonathan Buttall ", 1770, San Marino, Californie, H. E. Huntington Art Gal.).

À partir de 1761, Gainsborough exposa à la Society of Artists, nouvellement créée à Londres ; en 1768, seul artiste vivant en province alors invité, il devint membre fondateur de la Royal Academy et envoya deux portraits et un paysage à la première exposition organisée par l'Académie en 1769. En 1774, il s'établit à Londres, louant une partie de Schomberg House, Pall Mall, où il vécut jusqu'à sa mort. Le style de sa période londonienne continue celui de Bath, plus large cependant, plus grandiose et parfois plus sombre (Mrs. Graham, 1777, Édimbourg, N. G. ; le hautboïste Johann Fischer, mari de la fille de l'artiste, 1780, Londres, Buckingham Palace). L'influence de Rubens se marqua également, surtout dans ses paysages (l'Abreuvoir, 1777, Londres, N. G.). Peu de temps après son installation à Londres, il expérimenta l'éclairage artificiel utilisé par P. J. de Loutherbourg, exécutant sous son influence une série de petits paysages sur verre (v. 1783) qui devaient être enchâssés dans une boîte et éclairés derrière par une chandelle. En 1781, il devint le protégé de George III et de la reine Charlotte (dont les portraits et ceux des membres de la famille royale sont à Windsor Castle), auprès de qui il succéda à Ramsay comme portraitiste favori. À partir de 1777, il fut soutenu dans la presse par le révérend Henry Bate (plus tard sir Henry Bate-Dudley). Mais la presse et le public furent en général déroutés par l'aspect inachevé de ses portraits et demeurèrent indifférents à ses paysages jusqu'à sa dernière période.

En 1784, il se brouilla finalement avec la Royal Academy, qui avait refusé de présenter ses toiles sous un jour favorable à leur brillante exécution. Dès lors, il organisa une exposition annuelle de ses œuvres à Schomberg House. Parmi les portraits de sa dernière période, on peut citer Mrs. " Perdita " Robinson (Londres, Wallace Coll.), Mrs. Siddons (Londres, N. G.), Mrs. Sheridan (1783, Washington, N. G.), Mr. and Mrs. Hallett (la " Promenade du matin ", 1785, Londres, N. G.).

Vers la fin de sa vie, Gainsborough s'essaya à de nouveaux genres avec les scènes imaginaires (" fancy pictures "), sorte de peinture de genre portraiturant un ou plusieurs personnages dans un cadre champêtre sous des titres comme la Jeune Porchère (1782, Castle Howard, Yorkshire, coll. George Howard) ou les Moissonneurs (1787, Metropolitan Museum). Ces scènes de la vie champêtre, réalisées avec pittoresque, furent les plus populaires de son œuvre à la fin de sa vie et même pour la génération postérieure. Vers la même époque, Gainsborough s'adonna à un nouveau genre, celui des marines. Il subit de nouvelles influences, entre autres celles de Murillo, de Watteau, de Gaspard Dughet (dans ses paysages de montagne) et de Snyders. À partir de 1772, son neveu, Gainsborough Dupont, fut le seul élève qu'on lui connût et qui continuât à peindre le portrait à la manière de son oncle, qui, par ailleurs, n'eut pratiquement pas d'influence après sa mort ; mais ses paysages, contrairement à ce qui s'était passé de son vivant, rencontrèrent un large succès.

Gainsborough, de caractère gai, impulsif, se révéla charmant écrivain dans sa correspondance. Il aimait la musique et préférait la compagnie d'acteurs ou de musiciens à celle d'hommes de lettres. En tant qu'artiste, il se fiait plus à sa spontanéité qu'à l'étude ou à la réflexion. Les sources de son inspiration étaient françaises, flamandes et néerlandaises plutôt que classiques ou italiennes ; à une époque où le voyage en Italie s'imposait à tout peintre de l'Europe du Nord, son attachement à l'Angleterre est révélateur. Il est le peintre anglais le plus proche de l'idéal français de la " sensibilité ". Le meilleur hommage qui lui ait été rendu reste le quatorzième Discours prononcé après sa mort par Reynolds, qui lui était en tout point opposé.

Une importante rétrospective a été consacrée à l'artiste (Londres, Tate Gal. 1980 ; Paris, Grand Palais, 1981).