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Johannes Fyt ou Jan Fyt

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre flamand (Anvers 1611  – id.  1661).

Après Snyders, Daniel Seghers et Bruegel de Velours, Fyt est le principal représentant flamand de la peinture de fleurs et de natures mortes au xviie s. Moins décoratif et plus varié que Snyders tout en usant de formats moins considérables, plus attaché encore aux vertus d'un lyrisme proprement pictural, exécutant virtuose dans le maniement à la fois souple, ferme et précis des frottis, des valeureux contrastes d'ombre et de lumière, des tons brun chaud, illusionniste fascinant qui aime jouer sur les effets de la matérialité et de la plasticité sculpturale des choses, metteur en scène émouvant qui aime déployer la dramaturgie de ses motifs sur un fond de ciel nuageux et vibrant, Fyt apporte à ces motifs tout traditionnels que sont devenus le trophée de chasse, les amas de gibier surveillés par des chiens, le dessert, les festons de fleurs et de fruits, les basses-cours une instabilité et une générosité typiquement baroques, une sorte de pathos vigoureux et peu intellectuel à la Courbet (en cela, Fyt s'éloigne bien du rubénisme latent de Snyders, qui reste sensible à la leçon dynamique du grand peintre d'histoire). Mais d'une telle qualité de peintre que l'humilité presque monotone des sujets s'en trouve rehaussée jusqu'au grand art. Fyt, face à Snyders, a au moins la même importance que Van Dyck et Jordaens confrontés à Rubens. Aussi bien se rapproche-t-il davantage, notamment par son sens du clair-obscur, son refus des tons clairs et son réalisme illusionniste, des maîtres néerlandais (De Heem, Beyeren, Weenix) et préface-t-il nombre de peintres du xviiie s. français, tels que les grands animaliers. Desportes et Oudry, mais surtout un Chardin (à cet égard, on ne saurait trop insister sur une filiation directe Flandres-France par le truchement de cet élève de Fyt qui finit sa carrière à Paris, Pieter Boel, dont certains tableaux sont absolument " préchardinesques ").

D'abord élève à Anvers vers 1621-22 d'un certain Hans Van den Berch, Fyt entre ensuite dans l'atelier de Snyders, auquel il doit l'essentiel de sa formation et de son orientation artistique, même s'il se développe à partir des mêmes schémas en réaction contre l'opulent et sage Snyders aux ordonnances toujours clairement graphiques et aux harmonies de tons vifs, mais clairs. En 1629-30, Fyt, avec l'appui financier de Snyders, devient maître, puis voyage : on le trouve ainsi à Paris en 1633-1639 et ensuite en Italie, notamment à Venise et à Rome, où il semble s'être affilié à la Bent (sous les surnoms de Goudvink, Goedhart, Glaucus). En 1641, sa présence est documentée à Anvers, et il semble n'avoir guère quitté cette ville, où il se marie tardivement, en 1654. Son nom est souvent cité dans les archives anversoises à cause de nombreux procès intentés par lui. Célèbre et prisé dès son vivant, Fyt eut pourtant peu d'élèves, sinon de nombreux suiveurs et imitateurs : citons entre autres Jacques de Kerckhoven, Jeroom Pickaert et surtout Pieter Boel, le plus doué des épigones de Fyt avec David de Coninck ; dans cet ordre d'idées, un Allemand, peintre de chasses comme Ruthart, doit bien plus à Fyt qu'à Snyders. En revanche, à l'instar de tant de ses confrères flamands, Fyt a souvent collaboré avec des peintres de figures comme Erasmus Quellinus (œuvre de 1644 à Londres, Wallace Coll. ; autres exemples aux musées d'Anvers et de Berlin), Schut, Jordaens, Willeboirt Bosschaerts (tableaux de 1644 au musée de Dessau et de 1650 à Vienne, K. M.).

À travers une production relativement variée (parmi ses thèmes favoris, des aigles et des chiens de chasse toujours évoqués avec un réalisme insistant et littéral qui est bien typique de Fyt, sans oublier quelques vases de fleurs et des fruits, un peu plus rares : 3 exemples de 1660 dans les musées de Wörlitz et de Dessau et dans la coll. Buys à Rotterdam) et nombreuse (plus de 160 tableaux signés avec des dates échelonnées de 1641 à 1661 et au moins autant d'attribués avec certitude), il est difficile de discerner une nette évolution stylistique, qui n'est d'ailleurs guère le fait des peintres spécialistes de natures mortes et de fleurs. Fyt est bien sûr représenté dans la plupart des grands musées du monde (Vienne, Prado, Munich, Londres, Dresde, Milan, Saint-Pétersbourg, Paris, San Francisco, Budapest). Parmi ses chefs-d'œuvre et comme tableaux les plus caractéristiques, on citera le grand Repas d'aigles (musée d'Anvers), avec un large et efficace fond de paysage, l'opulente Charrette à chiens (Bruxelles, M. R. B. A.), le fastueux Paon mort (Rotterdam, B. V. B.), le Chat surveillant des oiseaux morts (Brera), d'un effet luministe et intime à la Chardin, le tumultueux Combat d'un coq et d'un dindon (Bruxelles, M. R. B. A.), d'une facture presque trop écrite. Mais, à côté de trop de toiles à grands spectacle et ramage, le meilleur exemple étant Fruits et animaux (Vienne, K. M.), la production de Fyt abonde en délicieuses petites natures à motif simple : un chat blotti, un lapin ou des oiseaux morts, des champignons (Bruxelles, M. R. B. A.), quelques fleurs laissées sur une tranche de pierre, sur un fond brun sombre chaud, dans un clair-obscur velouté, où s'annonce toute la quiétude poétique concentrée, toute la magie réaliste de Chardin (bons exemples au M. R. B. A. de Bruxelles et au Mauritshuis). À signaler encore une belle rareté avec l'étude de Deux Chevaux vus de face dans un paysage, à Brunswick (Herzog Anton Ulrich-Museum). Plus encore que le graveur très alerte doit être célébré aussi le dessinateur, surtout connu par la très belle série de nerveux dessins à la pierre noire et à la craie sur papier de couleur conservés à l'Ermitage (ainsi qu'une étude de Chien au musée d'Anvers, d'ailleurs de provenance russe elle aussi), d'une étourdissante technique picturale qui a parfois engendré de significatives confusions avec Oudry et qui affirme superbement le talent si librement indépendant et si tranché de Johannes Fyt.