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Meister, c'est-à-dire Maître Francke

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre allemand (actif à Hambourg pendant la première moitié du xve s. ).

C'est un des représentants les plus originaux du Gothique international allemand. Il réinterprète les formes d'un style courtois dans le sens d'un expressionnisme religieux, où il traduit directement ses méditations sur la Passion ou la vie des saints.

On ne possède sur lui que très peu de documents : c'est un moine dominicain — ce qui explique que son nom ne figure sur aucun registre municipal — originaire de Zutphen en Gueldre, où il serait né v. 1380-1390 ; il peint pour la cathédrale de Münster 2 panneaux de la Vierge et de saint Jean-Baptiste, sans doute av. 1420 (détruits) ; en 1424, il passe contrat d'un retable pour l'église Saint-Jean de Hambourg avec la confrérie des Englandfahrer, retable conservé et qui a permis le regroupement stylistique du reste de son œuvre ; puis, sa célébrité se répandant autour de la Baltique dans les villes affiliées à la Hanse, il peint en 1429 un retable pour la confrérie des Têtes-Noires de Reval en Estonie (détruit).

Son œuvre se compose de 2 tableaux représentant l'Homme de douleur (musées de Leipzig et de Hambourg) et de 2 grands retables à volets : le Retable de sainte Barbe (musée d'Helsinki), sans doute exécuté pour la cathédrale du port hanséatique d'Åbo en Finlande, comporte un intérieur sculpté probablement dans l'atelier du peintre, ou sur ses dessins, et des doubles volets peints avec 8 scènes de la vie de sainte Barbe ; du Retable des " Englandfahrer ", dit " retable de saint Thomas Becket " (musée de Hambourg), incomplètement conservé, il subsiste un fragment du panneau central peint (Crucifixion) et, des doubles volets, 4 Scènes de la Passion sur fond d'or, 2 Scènes de l'enfance du Christ et 2 Scènes de l'histoire de saint Thomas Becket sur fond rouge étoilé.

On a considéré, depuis B. Martens (1929) et Stange (1938), le Retable de sainte Barbe comme un ouvrage des débuts du peintre, qui se serait formé au contact intime de la miniature française, dans un esprit ouvert au monde extérieur, et s'en serait détourné ensuite dans le Retable de saint Thomas pour se limiter à l'essentiel et exprimer, avec des moyens réduits, une vision subjective personnelle. Mais il convient de préférer une chronologie différente qui donne une plus juste idée d'un peintre médiéval évoluant vers le réalisme sous les diverses influences artistiques de son époque.

Il semble que son origine gueldroise ait été déterminante dans son œuvre : il trouvait là un répertoire iconographique particulier et surtout un climat d'expressionnisme mystique traduit artistiquement dans un récit simplifié et efficace. En outre, il subit en Gueldre l'influence du style gothique international franco-flamand, largement importé grâce à la duchesse Marie de Gueldre, princesse française ; il emprunte aux manuscrits des environs de 1410, connus directement ou par des recueils de modèles, des motifs de détail ou des formules de composition. Son goût de l'expressivité par les formes simples et d'un espace plat réduit au jeu des personnages le rapproche des premières œuvres des frères Limbourg (Belles Heures). En Westphalie, il apprend la version allemande du Gothique international, particulièrement devant le Retable de Wildungen de Conrad de Soest, à qui il emprunte la composition de sa Crucifixion et les types des visages, des mains et des plis. De cette époque datent l'Homme de douleur de Leipzig (v. 1420), le Retable de saint Thomas (1424), que l'ignorance de l'anatomie et du modelé, les plis fluides, la calligraphie, la composition sans profondeur obligent à placer tôt dans la carrière du peintre. Puis il perfectionne sa connaissance de la peinture occidentale ; le Retable de sainte Barbe (v. 1430-1435) et l'Homme de douleur de Hambourg (v. 1435-1440) montrent un goût nouveau pour le volume, le modelé, les plis gonflés et lourds, les paysages mieux structurés. La carrière de Francke se situe ainsi à mi-chemin du Gothique international tardif et du futur réalisme. Peintre régional, monacal et d'une inspiration toute personnelle, il n'a pas fait école ; cependant, plusieurs retables en Basse-Allemagne ou dans des villes hanséatiques rappellent ses formes, ses motifs, son mode de récit expressif et ramassé, et les prolongent, comme chez Johann Koerbecke, dans le courant réaliste au-delà du milieu du xve s.