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Jean Fouquet

Jean Fouquet, Construction du Temple de Jérusalem par ordre de Salomon
Jean Fouquet, Construction du Temple de Jérusalem par ordre de Salomon

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre français (Tours entre 1415 et 1420  – id. entre 1478 et 1481).

Le plus grand peintre français du xve s., célébré pendant cent ans, puis oublié jusqu'au siècle dernier, n'est connu que par de rares documents ; sa biographie repose sur des renseignements discontinus, allusifs, d'interprétation parfois embarrassante. Un seul ouvrage est attesté comme étant de la main de Fouquet par une inscription du temps, le manuscrit enluminé des Antiquités judaïques. À partir de là, son œuvre a été reconstitué par rapprochements stylistiques, et sa chronologie est difficile à établir avec certitude.

Documents

Sa carrière se reconstruit autour de quelques jalons documentaires. On l'a dit fils d'un prêtre et lui-même clerc : rien n'est moins sûr. On sait par divers témoignages qu'il fait, encore jeune, un voyage en Italie : entre 1444 et 1446, il peint à Rome le portrait du pape Eugène IV, qui suscite l'admiration des Italiens. Il n'est pas sûr qu'en 1448 il soit déjà de retour à Tours, comme on l'a cru. En 1461, il est chargé de s'occuper de l'effigie mortuaire de Charles VII et de préparer l'entrée solennelle de Louis XI à Tours. Le testament de l'archevêque Jean Bernard (1463) stipule la commande à Fouquet d'un retable de l'Assomption pour l'église de Candes (Indre-et-Loire). Fouquet reçoit le paiement, en 1470, de panneaux d'armoiries pour l'ordre de Saint-Michel, nouvellement créé, et, en 1472 et 1474, de deux livres d'heures pour Marie de Clèves et Philippe de Commines. Il présente en 1474 à Louis XI un " patron " pour son futur tombeau et porte en 1475 le titre de peintre du roi. En 1476, il participe à la décoration pour l'entrée à Tours du roi de Portugal Alphonse V. Il est mentionné comme encore vivant en 1478 et comme défunt en 1481. On sait en outre qu'il avait deux fils, Louis et François, peintres comme lui.

Œuvres de jeunesse

On ignore où et comment Fouquet s'est formé ; il semble s'être inspiré des recherches du Maître de Boucicaut, c'est-à-dire d'un milieu d'avant-garde d'esprit encore gothique ; il sera le premier peintre à faire pénétrer les idées de la Renaissance dans l'art français. Les tentatives pour retrouver ses œuvres de début dans l'enluminure ont échoué mais on attribue à ces années de jeunesse un Portrait du bouffon Gonella (Vienne, K. M.). Fouquet apparaîtrait brusquement comme un peintre considéré avec le portrait du pape Eugène IV et de deux de ses proches, peint à Rome v. 1446 (connu par une gravure du pape seul). L'importance de cette commande passée à un artiste étranger laisse à penser que Fouquet avait déjà fait ses preuves comme peintre officiel. Il paraît donc raisonnable de situer avant le voyage d'Italie le Portrait de Charles VII, roi de France (Louvre), dont la conception encore gothique, la disposition archaïque et le style exempt de toute influence italienne s'accordent mieux avec une date précoce. Ces deux premiers ouvrages montrent que Fouquet connaissait les portraits flamands contemporains, dont il adopte la présentation de trois quarts et imite le réalisme analytique ; mais, à l'interprétation vivante et sensible du portrait, il joint déjà le souci du volume arrondi et de l'autorité monumentale, qui sera le caractère fondamental de son esthétique et qu'il a dû acquérir, selon Focillon, au contact de la grande statuaire gothique française.

Le retour d'Italie : les " Heures d'Étienne Chevalier "

À son retour d'Italie, Fouquet s'installe à Tours, où il va désormais travailler pour la ville, la Cour et les fonctionnaires du royaume.

Les Heures d'Étienne Chevalier, trésorier de France, ont été peintes av. 1461, sans doute peu après son retour, car elles portent de façon éclatante la marque de son expérience italienne. Elles ont été démembrées : il en reste 47 feuillets dispersés (dont 40 au musée Condé de Chantilly et 2 au Louvre) ; la moitié d'entre eux présentent une disposition originale sur deux registres, celui du bas servant de complément anecdotique ou décoratif à l'histoire principale. D'Italie, Fouquet rapporte non seulement le nouveau répertoire ornemental de la Renaissance, mais surtout une passion, inédite en France, pour l'espace à trois dimensions et le jeu des volumes dans cet espace : il montre une compréhension en profondeur de l'art florentin de l'époque — celui de Masolino, de Masaccio, de Domenico Veneziano, de Fra Angelico —, dont il avait de grands exemples à Rome, mais qu'il a dû étudier aussi à Florence même. Ces recherches étaient conformes à ses propres préoccupations : il apprend en Italie la force de construction de la perspective linéaire — qu'il ne se souciera d'ailleurs pas d'appliquer scientifiquement — et des volumes simplifiés dans une composition strictement ordonnée. Mais ces découvertes intellectuelles ne contrecarrent pas son attachement aux qualités sensibles du réel ; il choisit comme décor des sites tourangeaux ou des monuments parisiens ; il tient à rendre l'exactitude du geste quotidien chez les personnages, l'atmosphère intime des intérieurs, la perspective aérienne des paysages. Ces caractères s'accentueront à mesure que s'atténuera la rigueur des souvenirs italiens. Les Heures d'Étienne Chevalier durent connaître une grande célébrité, de nombreux livres d'heures de Fouquet lui-même (New York, Pierpont Morgan Library), de son atelier ou d'artistes qui ont subi son influence comme Jean Colombe (Heures de Laval, Paris B. N.) en reprennent littéralement certaines compositions.

À la même époque, Fouquet peint, en tête des Heures de Simon de Varie datées 1455 (Malibu, Getty Museum, et La Haye, bibl. royale), 6 miniatures exceptionnelles, où il déploie l'appareil héraldique du destinataire avec une rare poésie, tout en témoignant à nouveau de ses dons aigus de portraitiste.

Les tableaux (v. 1450-1465)

De la même époque date le Diptyque de Melun, diptyque votif commandé par le même Étienne Chevalier pour l'église de sa ville natale et, selon la tradition, en mémoire d'Agnès Sorel († 1450), dont la Vierge reproduirait les traits (Étienne Chevalier avec saint Étienne, musées de Berlin ; la Vierge entourée d'anges, musée d'Anvers). Le cadre du diptyque était orné de médaillons d'émail doré : le Portrait de l'artiste (Louvre), premier autoportrait connu d'un peintre français, est sans doute l'un d'eux. La Pietà de Nouans (église de Nouans, Indre-et-Loire), grand retable d'autel, doit être contemporaine ; la date en est discutée, mais l'insistance sur l'aspect sculptural et lisse des volumes engage à placer la Pietà dans la même période que le Diptyque. Le portrait de Guillaume Jouvenel des Ursins, chancelier de France (Louvre), à la fois portrait au modelé sensible et, sur son fond doré et armorié, effigie symbolique de la réussite sociale, doit se situer v. 1465 d'après le style moins délibérément sculptural, l'âge et le costume du modèle (dessin préparatoire à Berlin, cabinet des Estampes).

Les miniatures (v. 1460-1475)

Le reste de l'œuvre de Fouquet se compose essentiellement de manuscrits enluminés, où l'atelier aide parfois le maître. Des cas des nobles hommes et femmes de Boccace (bibl. de Munich), copié en 1458 et peint pour Laurent Girard, contrôleur général des finances, a été exécuté avec la collaboration de l'atelier, sauf le grand frontispice représentant le lit de justice tenu à Vendôme en 1458, qui est l'un des chefs-d'œuvre de mise en page de Fouquet. Les Grandes Chroniques de France (Paris, B. N.) ne portent plus aucune indication de date ou de destinataire ; il s'agit peut-être d'un exemplaire copié pour Charles VII en 1459 ; le style de l'illustration situe l'ouvrage près du Boccace, autour de 1460 : petits tableaux historiques, souvent traités en deux épisodes juxtaposés, d'une atmosphère moins subtile que dans les Heures d'Étienne Chevalier, mais où s'affirme un sens de la majesté de l'histoire qui annonce les grandes œuvres de la fin de la carrière. Vers 1470, Fouquet peint pour Louis XI le frontispice des Statuts de l'ordre de Saint-Michel (Paris, B. N.), chef-d'œuvre de finesse dans le coloris au service d'un sentiment profond de la grandeur officielle. De la dernière partie de sa vie, entre 1465 et 1475, datent quatre pages d'une Histoire ancienne, de destinataire inconnu (Louvre), et sans doute plus tôt, les Antiquités judaïques (Paris, B. N.), manuscrit du duc de Berry laissé inachevé et que Fouquet termine pour Jacques d'Armagnac sans doute v. 1465. Fouquet peint là d'immenses tableaux d'histoire en miniature, réduisant l'échelle des personnages pour fondre les individus dans les foules et en peupler des paysages infinis ; des tons amortis, une atmosphère cendrée contribuent à élargir et à unifier les compositions. Dans ces dernières œuvres, à l'étude du caractère monumental de la figure humaine s'ajoute l'intérêt pour les mouvements de masse, qui donnent une ampleur inusitée à la narration des grands moments historiques : Fouquet est le seul peintre de son époque à avoir de l'histoire une vision épique, à la mesure de la grandeur de la Bible et de l'Antiquité.

De nombreuses autres miniatures — surtout de livres d'heures — sont attribuées à Fouquet ; de qualité moindre, d'esprit souvent différent, elles sont plutôt l'œuvre de son atelier ou d'artistes inconnus formés à son contact, peut-être de ses fils (Paris, B. N. ; San Marino, Huntington Library ; Sheffield, Art Gal. ; bibl. de La Haye, Vienne, Yale Univ.). Cependant, à part cette influence immédiate, perceptible dans la rondeur du volume, le modelé en hachures d'or, le choix du décor, le type de mise en page à double registre ou l'emprunt de compositions, Fouquet n'a pas eu de vrais disciples ni de continuateurs : la leçon de la Renaissance, dont il était en France le véritable précurseur, y était encore prématurée. Ses successeurs, Bourdichon ou Colombe, loin de comprendre le rythme large de compositions où s'équilibrent l'homme et la nature, ne gardent de son art qu'une image vidée de substance ; Fouquet reste le seul peintre classique du xve s. au nord des Alpes.