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Domenico Fetti ou Domenico Feti

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre italien (Rome v.  1589  – Venise 1623).

La première partie de sa courte carrière se déroula à Rome, où il avait été protégé par le cardinal Ferdinando Gonzaga, qui, devenu duc de Mantoue, l'appela à sa cour en 1614 et lui confia plusieurs commandes et la charge d'inspecteur de sa galerie. Envoyé par le duc à Venise, en 1621, pour acheter des tableaux, il s'y réfugia après un bref retour à Mantoue, en 1622, à la suite d'un incident avec un noble mantouan. Il mourut encore fort jeune, à Venise, le 4 avril de l'année suivante, victime de " fièvres malignes " ou, selon Baglione, des suites de " dérèglements ".

Il s'était formé à Rome, à l'école de Cigoli (l'Ecce Homo, aux Offices, en témoigne), mais, attiré par Caravage, il s'intéressa surtout à l'interprétation néo-vénitienne que Borgianni donnait du Caravagisme. Il sut deviner en Rubens (à Rome au début du siècle) non seulement le grand baroque, mais aussi l'admirateur des Vénitiens. Ces impulsions furent déterminantes pour l'orientation de Fetti, qui, bien que n'étant pas vénitien, sut s'intégrer à l'histoire de cette culture pendant son court séjour dans la république, assimilant l'héritage du xvie s. vénitien et contribuant au renouvellement de cette peinture au xviie s.

Il est difficile de suivre chronologiquement l'évolution du style du peintre pendant sa courte carrière, car ses œuvres — pas plus les grands tableaux religieux que ceux de petit format (Paraboles, qui ont fait sa renommée, et scènes mythologiques) — sont très rarement datées.

Dans la grande toile de la Multiplication du pain et des poissons (Mantoue, Palais ducal), probablement peinte à Mantoue à son retour de Venise en 1621, l'artiste montre sa connaissance de la grande peinture vénitienne du xvie s. et, particulièrement, de Tintoret, tandis que l'interprétation naturaliste du récit évangélique, avec des accents d'une réalité populaire caractéristique du xviie s., porte la marque du Caravagisme. Cependant, le système expressif de Fetti est incontestablement nouveau et indépendant de toute contrainte culturelle. Son pinceau vibrant, léger et son chromatisme savoureux et lumineux poursuivent l'évocation d'un univers poétique et fantasque qui s'inspire à la fois d'un réalisme pittoresque et des visions nées d'une imagination inquiète et presque romantique. C'est le monde de la pensive Mélancolie (Venise, Accademia ; réplique avec variante peinte au Louvre), tout à la fois triste et florissante dans la lumière livide, de l'arrogant David (id.) et des nombreuses et célèbres Paraboles, souvent reprises par son fils Pietro Fetti. Citons la Drachme perdue (Dresde, Gg), le Vigneron et le Fils prodigue (Dresde, Gg), le Bon Samaritain (musée de San Diego et Boston, M. F. A.), la Perle (Dresde, Gg). Il s'agit là d'un ensemble de chefs-d'œuvre ; le goût de l'anecdote savoureuse, à la manière des " peintres de genre " nordiques, rappelle la sensibilité de Bassano, mais annonce celle des Bamboccianti. Ces œuvres paraissent toutefois nourries d'un sentiment d'inquiétude, malgré le brio de la couleur, dont la clarté lumineuse suggère l'exemple de Véronèse. Certains épisodes d'un réalisme dramatique n'évoquent-ils pas Bruegel (les Aveugles de Dresde, Gg) ? Conçue selon la tradition vénitienne du xvie s., la Fuite en Égypte (Vienne, K. M.) présente des analogies avec l'art de Tintoret, la luminosité de Véronèse et, d'une façon toute nouvelle, avec la conception du paysage d'un Elsheimer. Les épisodes mythologiques du K. M. de Vienne (Andromède et Persée, Héro et Léandre, le Triomphe de Galatée), œuvres exquises et qui prouvent avec éclat le rôle essentiel que Fetti occupe non seulement sur la scène vénitienne, mais aussi sur celle, plus vaste, du Baroque italien, témoignent d'une veine plus élégiaque et d'une couleur plus rare qui annoncent le xviiie s. Une rétrospective lui a été consacrée à Fetti (Mantoue, Palais du Té) en 1996.