En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Barthélemy d'Eyck

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre et enlumineur français (actif en Anjou et en Provence entre 1440 et 1470).

Peintre en titre et valet de chambre puis valet tranchant de René d'Anjou, comte de Provence et roi de Sicile, et figurant régulièrement dans sa comptabilité de 1447 à 1469, Barthélemy d'Eyck occupait une position éminente à la cour d'Anjou-Provence. Il était originaire du diocèse de Liège (comme les Van Eyck, auxquels il était peut-être apparenté) et beau-fils et compatriote du brodeur en titre du roi René, Pierre du Billant. Quoique les documents ne fournissent aucune mention directe d'une de ses œuvres, sa familiarité avec son prince rend convaincante son identification avec l'enlumineur, fidèle traducteur des idées artistiques de René, connu sous le nom de Maître du Cœur d'amour épris ou Maître du Roi René, actif entre 1440 et 1470 : celui-ci illustra 3 des ouvrages écrits par René (le Cœur d'amour épris, Vienne, B. N. ; le Livre des tournois, Paris, B. N. ; le Mortifiement de Vaine plaisance, connu seulement aujourd'hui par des copies) et peignit 2 de ses livres d'heures (Paris, B. N. ; Londres, B. L.), ainsi que 2 ouvrages composés par un proche du bon roi, Louis de Beauvau : la Théséide traduite de Boccace (Vienne, B. L.) et le Pas d'armes de la bergère de Tarascon (Paris, B. N.). Toutes ces miniatures révèlent un artiste de formation flamande, directement inspiré de Van Eyck dans sa vision fouillée du monde réel et sa sensibilité au rendu des matières et de l'atmosphère, et de Campin dans son goût pour les formes robustes et les effets de lumière et d'ombre contrastés, mais influencé par l'interprétation provençale des formes, soumises à la vive lumière locale qui dégage les volumes et affirme la composition.

Le rapprochement de ces manuscrits enluminés avec le célèbre Triptyque de l'Annonciation peint pour le drapier aixois Pierre Corpici vers 1445 (Aix-en-Provence, église de la Madeleine ; Bruxelles, M. R. B. A ; Rotterdam, B. V. B.), qui manifeste la même influence des deux grands peintres flamands, a depuis longtemps conduit à conclure à l'identité du Maître du Roi René et du Maître d'Aix, un enlumineur et un peintre qui ne seraient donc que le seul Barthélemy d'Eyck.

Dans les dernières décennies, l'œuvre de l'artiste s'est vu considérablement augmenté dans son double champ d'exercice : dans le domaine de l'enluminure, on lui a rendu un admirable livre d'heures inachevé (New York, P. Morgan Library), exécuté à ses débuts en Provence vers 1445 en collaboration avec Enguerrand Quarton, le futur grand peintre avignonnais, qui apparaît justement en compagnie de Barthélemy dans un acte notarié passé à Aix en 1444. On lui a attribué les 9 feuillets dispersés de la Chronique Cockerell, peut-être son premier manuscrit connu, sans doute peint à Naples pendant le bref règne napolitain de René entre 1438 et 1442, ainsi que les additions novatrices apportées au calendrier des Très Riches Heures du duc de Berry. En peinture, on l'a reconnu pour l'auteur du mystérieux Portrait d'homme daté 1456 (Vaduz, coll. Liechtenstein) et, plus récemment, d'une grande Sainte Famille à la cheminée (Le Puy, cathédrale), peinte sur toile vers 1435 pour les Clarisses du Puy, et d'un petit panneau du Christ en croix découpé dans un retable, vers 1445 (Louvre). On peut aussi retrouver sa main comme cartonnier de vitraux, de sceaux et surtout de broderies, comme les admirables Scènes de la vie de saint Martin (Lyon, musée des Arts décoratifs ; Paris, Musée national du Moyen-Âge), tour de force sans doute réalisé par son beau-père Pierre du Billant. Le roi René tenait tant à ses ouvrages qu'il cherchait encore, après sa mort, à récupérer auprès de sa veuve les " portraitures " (ou dessins) laissées par son artiste de prédilection.